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White Zombie – Critique

Les Morts-Vivants

Porté par le charisme de Bela Lugosi, le premier film de zombies de l’histoire demeure un classique qui tient toute sa singularité dans son traitement à double connotation. En parallèle de son ambiance horrifique et de l’aspect surnaturel du mort-vivant, White Zombie interpelle déjà sur la condition de l’homme et sa malléabilité face au système capitaliste. Une parabole explicite pour un discours avant-gardiste à contre-courant d’un consumérisme effréné. Dommage que cette production réalisée indépendamment des majors de l’époque fut passablement oubliée.

Publié le 20 Avril 2020 par Dante_1984 · Voir la fiche de Les Morts-Vivants

Au début des années 1930, le cinéma parlant n’en est encore qu’à ses balbutiements. Pour bon nombre d’acteurs, la transition avec le muet est difficile, voire catastrophique. Cette période coïncide avec l’un des axes charnières pour l’épouvante et l’horreur avec l’adaptation de figures littéraires mythiques. On songe aux monstres de la Universal avec Dracula et Frankenstein. En parallèle, on retrouve également d’autres films d’époque tels que Freaks ou Masques de cire. Aussi, White Zombie semble quelque peu tombé en désuétude au fil des décennies. Passablement oublié, voire mésestimé, il n’en demeure pas moins le premier film connu pour mettre en scène des morts-vivants.

 

Avant que la figure mythique de Romero n’envahisse l’imaginaire collectif, le zombie est une créature issue des rites vaudous et des croyances haïtiennes. L’idée s’inspire d’un ouvrage (The Magic Island), comme le fera plus tard L’Emprise des ténèbres avec le récit de Wade Davis, Le Serpent et l’arc-en-ciel. Pour rappel, cette image du zombie « vaudou » délaisse la connotation de mortalité pour mieux se focaliser sur la malléabilité de l’esprit humain. Contrairement au film de Wes Craven, White Zombie n’approfondit pas forcément cet aspect du sujet, du moins dans un premier temps. L’intrigue suggère sciemment de nombreux doutes qui se traduisent par des allusions aux surnaturels.

On songe à cette scène d’ouverture où l’on enterre un mort sous une route. À ces ombres qui se jouent des perspectives et du cadre ; qu’il s’agisse d’un environnement naturel ou de l’intérieur d’une bâtisse. Les histoires et les rumeurs véhiculées par les résidents évoquent aussi une culture ancrée dans le paranormal. Par ailleurs, certains échanges sont suffisamment elliptiques pour intriguer et laisser vagabonder l’imagination des « touristes » et, par extension, celle du public. Cette sollicitation du spectateur se retrouve à diverses reprises au fil du récit. Cela passe notamment par cette musique qui, dans la majorité des scènes, est également perçue par les intervenants.

 

Mais il s’agit surtout de l’écrasante présence de Bela Lugosi qui accroît ce sentiment d’immersion. Son regard hypnotique est complémentaire à son jeu théâtral et sa gestuelle maniérée à dessein. Cette invitation tend à justifier le plaisir coupable que l’on retire à la manipulation. Au-delà d’une satisfaction toute personnelle propre à apaiser une convoitise amoureuse, elle est un objet d’asservissement. Les explications concernant les sortilèges sont éludées. Cela vaut également pour le passif des premières victimes, comme pour mieux souligner leur inhumanité. Les postures sont raides, les mouvements lents et maladroits. Un comportement semblable à du somnambulisme.

Ce cauchemar éveillé se pare néanmoins d’une dimension sociétale à travers l’exploitation de l’individu pour des travaux harassants. Dès lors, la dépersonnalisation constatée auparavant devient un prétexte pour utiliser cette main-d’œuvre providentielle sans éthique aucune. La scène dans l’usine est particulièrement représentative de cet état de fait. Preuve en est avec la chute accidentelle d’un de ces pauvres hères qui sombre dans le broyeur dans l’indifférence la plus totale. Là encore, on retrouve un fonctionnement mécanique, dépourvu d’une volonté propre. On distingue même un cruel paradoxe entre l’errance d’une vie sans but et un labeur à la portée illusoire. Il en ressort une résonnance singulière après le krach boursier de 1929.

 

S’il n’a pas bénéficié de la postérité d’autres productions des années 1930, White Zombie n’en reste pas moins une pièce essentielle du cinéma d’horreur. Il se révèle un film intéressant à plus d’un titre puisqu’il amalgame parfaitement l’aspect surnaturel du sujet à des considérations plus pragmatiques. Bien avant les critiques politico-sociales de Georges Romero, le film de Victor Halperin interpelle sur les préoccupations de son époque à travers la fiction. À savoir : les dérives du capitalisme et l’exploitation des masses au profit d’une élite minoritaire. On apprécie également la tonalité gothique de certains plans qui vient contraster avec le folklore de la culture haïtienne. Une œuvre éloquente qui aurait gagné à devenir référentielle avec le temps, eu égard à sa modernité.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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