Voir la fiche complète du film : Frankenstein (Bernard Rose - 2015)

Frankenstein – Critique

Frankenstein

Une adaptation contemporaine de Frankenstein qui n’a pas grand-chose à voir avec le chef d’œuvre de Mary Shelley si ce n’est sa créature. Pour le reste, on assiste à une errance lénifiante dans les bas-fonds de Los Angeles sans grand intérêt. Au regard de son modèle littéraire, une vision anecdotique et austère.

Publié le 1 Juillet 2016 par Dante_1984 · Voir la fiche de Frankenstein

Au même titre que Dracula de Bram Stoker, Frankenstein est un véritable mythe fondateur du genre fantastique. Ses thèmes, entre autres le progrès scientifique ou l’appréhension de la mort, demeurent toujours d’actualité et s’adaptent aux époques si bien que l’œuvre de Mary Shelley traverse le temps sans prendre une ride. Le cinéma a tôt fait d’accaparer un tel potentiel pour le transposer encore et encore pour le grand et le petit écran. Des incursions qui donnaient quelques-unes des plus belles perles gothiques de la Hammer, mais également des étrons pas même dignes d’un pastiche à l’ambiance délurée. Cette nouvelle adaptation se révèle-t-elle intéressante et respectueuse ou ne marquera-t-elle guère les mémoires?

Bernard Rose est un réalisateur capable du meilleur (l’excellent Candyman), comme du pire (le lamentable Sx Tape). Dans le cas présent, il délaisse une vision fidèle de son modèle littéraire, comme avait pu le faire Kenneth Brannagh, pour transposer l’intrigue à une époque contemporaine. La démarche est audacieuse, la prise de risque évidente, mais le résultat reste à vérifier. Marcus Nispel avait déjà tenté pareille entreprise avec son téléfilm Frankenstein en 2004. Il en ressortait un traitement décalé, mais guère reluisant tant son histoire n’avait plus grand-chose à voir avec le roman originel. Et les choses paraissent similaires avec le présent métrage.

L’intrigue se contente de s’approprier uniquement la base, à savoir le monstre (rebaptisé Adam) et un Viktor Frankenstein des plus transparents. Ainsi, la relation qui unit le créateur et la création n’existe pas. Les liens qui les rapprochent et les conflits qui les séparent ne sont guère une préoccupation pour ce qui va suivre. Constat identique sur les motivations qui entourent l’expérience. Les propos sur la survivance par-delà la mort, sur ce qui définit l’essence même de la vie, sur l’irresponsabilité du progrès scientifique en certaines circonstances, toutes ces thématiques brillent par leur absence. Dès lors, le film sombre dans une vacuité dont il ne ressortira plus.

Après un démarrage aussi poussif que la douloureuse naissance d’Adam, l’on assistera à une errance. Une très longue errance narrative qui ne raconte rien ou presque. La découverte d’un environnement en vase clos qui précède à une évasion vers le monde et toute son hostilité qui le caractérise. Entre temps, Adam fait l’apprentissage des gestes, de la parole et des comportements à adopter avec les autres, même si ce dernier point reste assez confus dans son développement. Avec la voix off d’Adam qui suscite pas mal d’incohérences par la suite (et notamment lors du dénouement), les séquences se suivent et se ressemblent dans la plus totale indifférence.

Avec ces platitudes absconses et sa progression lénifiante, il émane une volonté «auteurisante» d’enclaver l’histoire dans un cercle vicieux de faits, de rencontres et de conséquences sans lendemain. Même la différence d’Adam n’évoque guère d’empathie tant on se contente d’aligner ses réactions et celles des autres intervenants sur un fil conducteur à la linéarité confondante. Comprenez que le déroulement demeure prévisible de but en blanc, et ce, malgré l’inconstance rythmique du métrage et les contradictions qu’ils véhiculent. Il en découle une piètre tentative de moderniser Frankenstein avec, non pas un manque de moyens flagrant, mais trop peu de bonnes idées pour offrir une vision innovante, à tout le moins censée et cohérente.

Modeste de par ses ambitions, le Frankenstein de Bernard Rose reste tout aussi timoré dans son ensemble. En soi, la libre adaptation n’est pas un mal. Toutefois, cette version est dépourvue d’un traitement de fond plausible. Le réalisateur (également scénariste) se contente de régurgiter un accouchement douloureux dans un monde qui n’accepte guère la différence. En dehors d’un discours sur la marginalisation de l’individu, l’intrigue n’offre rien de consistant. Progression saccadée et entrecoupée par de trop nombreuses longueurs narratives, personnages fades et peu développés, relations des protagonistes jetées aux oubliettes... Il en ressort une impression bancale et mitigée. Ce même sentiment que le métrage manque cruellement de finitions, d’originalité et d’un semblant d’atmosphère pour en faire un objet intéressant. Dispensable.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

Autres critiques

Dolan's Cadillac

Dolan's Cadillac

Stephen King et le cinéma c'est une longue histoire d'amour, néanmoins pavée d'innombrables échecs. Pour quelques réussites ( Shining , Misery , La Ligne Verte ,...), combien de navets/nanards ont-ils été réalisés à partir des écrits du maître de l'horreur? Le problème, c'est que ses romans sont trop denses pour être bien retranscrits tandis que ses nouvelles sont souvent trop...
Carver

Carver

**Attention, cette critique contient des spoilers** Deux frères rejoignent un couple d'amis pour un week-end à la campagne avant de reprendre les cours à l'université. En chemin, ils font la connaissance d'un barman qui leur propose de nettoyer sa grange en échange de quelques consommations gratuites le soir même. Ils acceptent, et découvrent sur place des films d'horreur qu'...
Tucker & Dale fightent le mal

Tucker & Dale fightent le mal

Depuis plusieurs mois déjà, Tucker & Dale Fightent le Mal , réalisé par Eli Craig et écrit en collaboration avec Morgan Jurgenson , fait le buzz sur la Toile. Il faut dire qu'avec un titre pareil et une affiche bien dans le ton, il est impossible de ne pas se sentir intrigué par ce film qui fleure bon la déconne, la tripaille et la parodie de genre. Un exercice ambitieux, bien souvent...
47 meters down

47 meters down

Derrière un nom aussi barbare que la «sharksploitation» se dissimule un sujet bien malmené au fil des décennies, plus particulièrement à partir des années2010 et des bestioles hybrides, possédées ou mutantes qui investissent les DTV. On pensait le genre définitivement enterré dans les affres du bis et du nanar. Toutefois, en 2016, Instinct de survie parvenait pourtant à offrir un...
Sharks - L'Attaque du Requin à Deux Têtes

Sharks - L'Attaque du Requin à Deux Têtes

Asylum et les requins, c'est une grande histoire d'amour. Depuis le premier opus de sa mythique saga Mega Shark et sa nullité abyssale, la firme d'aliénés a vite compris les intérêts de ce filon décidément très porteur. Leurs productions sont d'une telle diversité ignominieuse que les requins sont une manne toute trouvée pour poursuivre leur périple à travers les méandres de la...