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Seoul Station – Critique

Seoul station

Un film d’animation tourné vers l’approche sociétale qu’offre le thème du zombie. Lent dans sa mise en place, Seoul Station se démarque par ses propos acerbes et son atmosphère d’un pessimisme rarement égalé. Son regard misanthrope porté sur notre époque, ses préjugés et ses dérives débouchent sur une œuvre lucide et quelque peu surprenante dans son dénouement.

Publié le 9 Octobre 2017 par Dante_1984 · Voir la fiche de Seoul station

À bien des égards, le cinéma asiatique se définit par son originalité. Son côté audacieux se solde parfois par des délires assumés ou de sombres fresques sociales. En cela, la Corée du Sud excelle dans la critique de ses propres travers, souvent par le biais de polar âpre et sans concessions. Moins connus et moins bien distribués que les productions japonaises, les films d’animation coréens dénotent par un style graphique plus réaliste. Le média est aussi un formidable outil pour dénoncer les déviances du régime sans hypocrisie aucune. Pourtant, les films de zombies «made in Asia» s’approprient trop souvent les codes de la comédie horrifique. Comme le démontre Sars War ou Zombie Ass, ils sont majoritairement un prétexte à un bon défouloir plutôt qu’à une réflexion sociétale.

La tête des mauvais jours ?

Associé à la thématique éculée des morts-vivants, également connue pour ses prises de position radicales, Seoul Station s’appuie sur le divertissement de façade pour mieux exprimer ses messages sous-jacents. Ce qui s’annonce comme une modeste initiative peut être considérée comme l’antithèse du Dernier train pour Busan, réalisé par le même cinéaste. L’approche dramatique et volontairement contemplative se substitue au côté spectaculaire et débridé de sa précédente production. Aussi, il n’est guère étonnant de constater une entame excessivement longue. Certes, cela n’enlève rien à la qualité générale, mais l’exposition des faits privilégie le développement du contexte et non de l’intrigue.

Sur ce point, Seoul Station se montre particulièrement brut de décoffrage. La marginalisation de l’individu s’exprime surtout dans l’exclusion et l’indifférence de ses contemporains. Les préjugés sont le liant du rejet social. Ici, ils sont mis en exergue à la moindre occasion. Les séquences tiennent pour lieu d’une dénonciation acerbe et sans langue de bois. Entre les apparences ébranlées et le conformisme d’une société consumériste et suffisante, le discours se veut aussi percutant que pertinent. De plus, l’intrigue joue également sur les idées reçues pour mieux manipuler son public. Il en ressort des révélations finales assez surprenantes qui tendent à inverser les rôles, à tout le moins révéler le véritable visage des différents intervenants.

C'était pourtant pas le Black Friday !

En ce qui concerne la progression en elle-même, l’évolution respecte les codes du genre pour exposer les prémices d’une apocalypse Z. Au quotidien se bousculent les premières attaques des contaminés. On délaisse définitivement l’aspect pataud des zombies pour se concentrer sur une menace plus véloce. Le nombre de cadavres ambulants oblige à une exploration urbaine poussée (bien entendu, synonyme de fuite) qui joue de variété. Des toits de Séoul aux tunnels du métro, en passant par des ruelles exiguës ou des impasses... L’ensemble n’est guère linéaire et se paye le luxe d’offrir deux points de vue parallèle pour éviter tout effet de lassitude ou de prévisibilité avec une optique restreinte.

Il est vrai que le style graphique ne sera pas du goût de tout le monde. Les traits parfois grossiers, parfois exagérés jusqu’à la caricature, dénotent avec le réalisme souhaité. Malheureusement, les expressions faciales ne sont pas toujours réussies et les émotions les plus délicates à retranscrire (la détresse ou la tristesse, par exemple) tiennent du pathétique, voire du ridicule en certaines circonstances. Les animations, elles, sont inégales. La rapidité des zombies n’est pas en question, mais plutôt la manière dont les personnages vivants se meuvent. Des gestes raides et une démarche flottante les caractérisent avec une troublante similarité.

Et à l'autre bout du tunnel...

S’il n’est pas dépourvu de quelques écueils purement visuels, Seoul Station n’en demeure pas moins une œuvre intelligente et engagée. Sous couvert d’un film de zombies efficace et respectueux du genre, on découvre un drame social sur la place qu’occupe tout un chacun au sein de la société. La dépersonnalisation de l’individu se justifie surtout par son éducation et son formatage. La survie en une telle situation n’étant que le prétexte à son expression dans sa forme la plus dépouillée. L’enrobage peut paraître néanmoins perfectible. En effet, la progression calquée sur un schéma strict se résume à fuir et survivre sans autre horizon que le prochain angle de rue. Pour autant, l’habileté de son intrigue et de ses propos fait de Seoul Station un métrage ambitieux où l’ambiance nihiliste ajoute au désespoir général.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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