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En eaux troubles – Critique

En Eaux Troubles

Un survival animalier qui profite d’une visibilité et de moyens conséquents. Malgré un scénario simple, la légèreté ambiante et les facilités propres aux blockbusters, The Meg s’avance comme un plaisir coupable et jouissif de voir enfin porté à l’écran un mégalodon digne de ce nom. Distrayant à plus d’un titre.

Publié le 14 Juillet 2019 par Dante_1984 · Voir la fiche de En Eaux Troubles

Vouloir produire un film de requins à l’heure actuelle peut relever du suicide artistique si l’on souhaite s’engouffrer dans la brèche abyssale laissée par Asylum, SyFy et consorts. Hormis Instinct de survie et 47 Meters Down, peu de bobines se sont révélées intéressantes ces cinq dernières années. En ce sens, une sortie sur grand écran est tout aussi surprenante qu’improbable. Si le projet d’adapter le roman de Steve Alten est en gestation depuis près de 20 ans, les multiples reports et réécritures de scénario en ont fait une arlésienne cinématographique. Véritable blockbuster estival, En Eaux troubles est-il un survival animalier notable ou ne profite-t-il que d’un confortable budget ?

Quand la petite fée rencontre le grand méchant requin...

En plus de quarante années de sharksploitation, les producteurs ont passé en revue les espèces les plus connues avec une prédilection évidente pour le grand requin blanc. La taille et le potentiel destructeur du mégalodon ont déjà fait les frais de productions relativement pathétiques telles que Killing Sharks ou Shark Attack3. Si l’idée n’est foncièrement novatrice, elle profite néanmoins d’un enrobage assez soigné, et ce, en dépit de la prévisibilité du scénario. Par ailleurs, le traitement ne s’en cache pas et privilégie une tonalité légère où les réparties humoristiques ne sont jamais très éloignées. Une manière de dédramatiser l’urgence des situations et de rester ancré dans le domaine du divertissement.

L’un des principaux atouts du présent métrage est de s’affranchir de la plupart des poncifs scénaristiques du genre. On oublie la petite ville côtière attaquée inopinément, les plages recouvertes de bikinis et de hors-d’œuvre en puissance. Certes, le trailer laisse augurer un massacre similaire au Piranha 3D d’Alexandre Aja. Toutefois, cet aspect n’occupe qu’une importance mineure. On se retrouve surtout dans un huis clos marin proche de Peur bleue dans l’exploration du cadre. Cela passe principalement par le complexe sous-marin pour la première partie. Dans ses fondamentaux, la chasse dans les eaux internationales rappelle bien sûr le chef d’œuvre de Spielberg, même s’il ne parvient pas à insuffler une tension identique.

L'instant bronzette en combi avant la chasse au meg

Pour ne rien gâcher, le requin est une réussite totale. Les proportions et la taille sont respectées, tandis que le rendu à l’écran est saisissant. On a même droit à quelques plans iconiques, comme Meiying face au mégalodon ou la tentative d’«avalement» de la cage. Les situations se suivent et ne se ressemblent pas, renouvelant ainsi le spectacle afin de préserver notre attention. Certains passages sont assez attendus ou plutôt cocasses, mais la violence des attaques et la mise en scène dépeignent la puissance du squale avec réalisme. Un point trop souvent négligé ou raté pour ne pas l’évoquer. Pour convenir à un large public, on notera néanmoins peu d’hémoglobine et un montage assez radical pour édulcorer le tout.

On remarquera toutefois certains écueils qui atténuent le bon a priori général. À commencer par une bande-son beaucoup trop en retrait. L’accompagnement sonore manque de répondant dans des moments charnières, tandis qu’un décalage de ton peut être observé avec certaines musiques. En dépit de sa prévisibilité, la trame profite de raccourcis assez faciles, tant d’un point de vue géographique que temporel. De même, l’humour évoqué plus haut reste sommaire et prête peu à sourire, car il est rarement porteur de fulgurances ou de subtilités dans l’approche des situations. Quant à la présence de Jason Statham, elle détonne, mais l’acteur s’adapte particulièrement bien au genre.

Et maintenant, qui est dans le bocal à poisson ?

Au final, En Eaux troubles peut être considéré comme un blockbuster assez conventionnel dans son traitement. On songe à cet humour au ras des pâquerettes, sa propension à l’esbroufe et à des réparties binaires, loin d’être finaudes. Il est néanmoins difficile de faire la fine bouche dans le domaine du survival animalier, a fortiori du film de requins. L’ensemble reste distrayant à plus d’un titre, le rythme ne faiblit pas et les situations profitent d’une certaine variété. En ces termes, le métrage de John Turtletaub ne laisse aucune place à l’ennui. Servi par des effets spéciaux de qualité et une approche correcte du sujet, En Eaux troubles s’appuie sur de modestes ambitions. Toutefois, ils les mènent à bien en usant d’un budget démesuré pour contenter le public et fournir un spectacle estival des plus appréciable.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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