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Aux Yeux des Vivants – Critique

Aux Yeux des Vivants

Troisième long métrage d’Alexandre Bustillo et Julien Maury, Aux Yeux des vivants est un hommage à certains films transgressifs du cinéma américain des années 1970 : La Colline a des Yeux et Massacre à la Tronçonneuse.

Publié le 7 Novembre 2014 par Oeilsansvisage · Voir la fiche de Aux Yeux des Vivants

Passé quasiment inaperçu lors de sa sortie en salle à cause d’une distribution restreinte, Aux Yeux des Vivants est le troisième long-métrage du duo de réalisateurs formé par Alexandre Bustillo et Julien Maury. Après deux premiers essais réussis et originaux, A l’intérieur (2007) et Livide (2011), dans lesquels les cinéastes imposaient leurs styles avec talent, respectivement à travers le gore et le film de vampire, Aux Yeux des Vivants apparaît comme un hommage à certains films américains des années 1970.

C’est le dernier jour de classe pour trois gamins de la campagne qui décident alors de sécher les dernières heures qui leurs restent à tirer avant les grandes vacances. Cherchant un mauvais coup à faire pour tromper leur ennui, ils s’introduisent chez un vieux fermier du coin pour mettre le feu à sa grange et se venger de la raclé qu’il a infligé à l’un d’entre eux. Ils échouent de peu et en fuyant à travers champs, ils tombent sur un ancien studio de cinéma laissé à l’abandon nommé « Black Woods ». Poussés par leur curiosité et leur soif d’aventure, les trois jeunes héros se mettent en tête d’explorer les lieux. A leur grande surprise, ils découvrent une femme ligotée et bâillonnée dans le coffre d’une voiture. Ne sachant pas quoi faire face à cette situation, ils paniquent et partent se cacher immédiatement lorsqu’ils entendent quelqu’un s’approcher. Ils surprennent une imposante silhouette portant un masque, ouvrir le coffre et emporter la femme dans la crypte de l’église de « Black Woods ».

Prenant leur courage à deux mains, les gamins décident de suivre cette inquiétante procession. Ils s’engouffrent dans le sous-terrain où sont descendus le croque mitaine et sa proie mais ils rebroussent vite chemin, apeurés par ce qu’ils découvrent. Ils fuient ces lieux maudits mais sont rapidement arrêtés par les gendarmes du coin, lancés à leur poursuite après l’incendie raté. Ils expliquent ce qu’ils ont vu, mais malgré une brève inspection des lieux par les flics, les fauteurs de trouble ne sont pas pris au sérieu et sont remis à leurs parents. De leur côté, les habitants de « Black Woods » se mettent en tête d’éliminer ces témoins gênant qui pourraient nuire à leur entreprise diabolique. Une nuit de terreur et de vengeance se met en place.

Ce qui est original dans Aux Yeux des Vivants, c’est le fait que les héros sont des enfants. Cela ne change pas grand-chose au déroulement du récit par rapport à s’ils avaient été adolescents par exemple, si ce n’est que la baby-sitter n’est plus le personnage principal (Halloween) mais un personnage secondaire - ce qui provoque un changement de point de vue mais pas d’inversion fondamentale. En revanche, ce qui amène une nouvelle dimension dans la mise en scène de la violence, c’est le fait que des enfants la subissent, parfois jusqu’à en mourir. Même si ces meurtres ne sont pas toujours représentés directement mais suggérés, ils n’en restent pas moins troublant. Aux Yeux des Vivants n’est pas le premier film à montrer des morts d’enfants et il fait justement référence à un autre film à l’avoir fait bien avant lui : c’est la famille de dégénérés qui renvoie à celle de La Colline a des Yeux. Comme dans le film de Wes Craven, le mal provient d’une altération, cette fois issue d’un produit chimique et non de radiations, qui provoque la monstruosité d’un enfant devenu un dangereux prédateur. La ressemblance physique entre ce personnage et Pluton de La Colline a des Yeux ne laisse aucun doute sur ce point. La référence au film de Wes Craven est combinée à une deuxième qui renvoie à un autre film de la même époque : Massacre à la Tronçonneuse. En effet, « Black Woods », le village abandonné où vit la famille criminelle de Aux Yeux des Vivants, a l’apparence d’un village de l’ouest américain avec ses maisons en bois, sa vieille église et le portique d’entrée typique des ranchs texans. De plus, le tueur porte un masque de clown en caoutchouc déchiqueté qui lui donne une allure comparable à celle de Leatherface.

Au-delà de ces références cinéphiliques aux classiques du genre de prédilection des deux cinéastes, on retrouve également une part d’autoréférentialité à leur propre œuvre. C’est notamment à travers la séquence de l’intrusion du tueur dans la maison du troisième enfant que ressurgit la chasse en huit-clos d’A l’intérieur. Cette grande maison isolée, à l’architecture contemporaine et aux intérieurs blancs, est l’occasion pour les cinéastes de rejouer le jeu du chat et de la souris de leur premier film. C’est aussi lors de la séquence d’ouverture que les deux personnages principaux d’A l’intérieur reprennent corps à travers celui interprété par Béatrice Dalle, possédée par son rôle, qui livre là une performance mémorable par son intensité. Elle est cette fois le bourreau et la victime en même temps, c’est-à-dire que, pour mettre un terme à sa grossesse monstrueuse, elle s’éventre avec un couteau de cuisine après avoir tenté d’assassiner son propre enfant.


La violence inouïe de cet acte est emblématique de la maîtrise dont font preuve les deux cinéastes : les nombreux meurtres du film alternent entre représentation frontale et suggestion. L’alternance entre ces deux modes d’expressions est justifiée par le déroulement narratif qui nécessite tantôt une violence brute de décoffrage, tantôt une mise en scène plus subtile de l’horreur. La réalisation est très soignée et démontre une nouvelle fois la capacité du duo à raconter des histoires dans lesquelles on se laisse porter. Mention spéciale à la bande originale qui remplit très bien son rôle.

En abordant des thématiques difficiles tout en se faisant plaisir à rendre hommage aux films qui ont formés leur jeunesse, Alexandre Bustillo et Julien Maury parviennent à donner naissance à un film qui touche à beaucoup de choses très différentes, jusqu’au clin d’œil à The Goonies (les enfants héros, le bateau pirate!). On pourrait à la rigueur, faire le reproche aux deux français de trop vouloir coller au modèle américain, par exemple avec les plaques de G.I. que le père de la famille des méchants porte autour du cou ou la sirène du véhicule de gendarmerie qui sonne comme celle des voitures de police américaines. Cependant, il faut croire que ces détails participent à la dimension référentielle du film qui a fait mouche auprès des producteurs américains, puisque Alexandre Bustillo et Julien Maury sont annoncés pour la réalisation d’une préquelle de Massacre à la Tronçonneuse !

Oeilsansvisage
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