Voir la fiche complète du film : La relève (John Huddles - 2013)

The Philosophers – Critique

La relève
Un film sur la fin du monde original dans son approche de la thématique avec une profonde réflexion sur les réactions des survivants. Abstrait, singulier, parfois larmoyant sur certaines séquences, mais qui mérite le détour si la lenteur du récit ne vous rebute pas.
Publié le 2 Juin 2014 par Dante_1984 · Voir la fiche de La relève

Les films sur la fin du monde pullulent autant que les menaces d’Armageddon nucléaire, climatique et autres dans notre quotidien. Un martèlement constant qui ne semble plus émouvoir grand monde, à tel point que cela fait partie du paysage. Une sorte de folklore moderne pour exorciser les peurs collectives sur un événement unique. Même si la date fatidique de 2012 s’éloigne de l’horizon, les producteurs poursuivent inlassablement l’exploitation de l’Apocalypse via des films catastrophes en majorité dispensables, corrects dans le meilleur des cas. Après 15 ans d’absence et deux métrages assez discrets, John Huddles choisit cette thématique porteuse pour son come-back. Un retour désespéré ou une volonté de tordre les préjugés ?


Quelle assiduité pour un dernier jour de cours !

Il faut reconnaître que les premières critiques sur The Philosophers sont loin d’être flatteuses et encourageantes. Justifiés par des arguments plus ou moins discutables, les avis exposent une relative déception, ainsi qu’une histoire pompeuse et prétentieuse pour les plus sévères. Malmené et ballotté par la tempête rageuse qui s’acharne sur lui, The Philosophers a du mal à se frayer un chemin dans les pays. Quelques sorties nationales, mais surtout un tour des festivals, il reste encore inédit dans l’hexagone pour une durée indéterminée. Pourquoi tant de haines ? Faut-il y voir le signe avant-coureur d’une catastrophe imminente ?

Le principal défaut du film si l’on ne se renseigne pas un minimum au préalable est sa lenteur. Ne vous attendez pas à un ersatz de 2012 ou des productions Syfy, nantis d’une action effrénée. Ici, tout repose sur un concept et une vision singulière de la fin du monde. Un professeur de philosophie propose un test sur les choix et les réactions de ses élèves dans le cas d’une guerre nucléaire. Jusque-là, rien de très marquant. Toutefois, cet exercice nécessite de faire marcher les neurones, car tout se déroule dans l’esprit des « cobayes » par une sorte d’extrapolation de l’inconscient. Dit comme cela, ça peut paraître abstrait et c’est là tout l’intérêt du film, susciter la réflexion plutôt que les muscles.


Le décor est planté.

Certes, ce procédé possède ses limites, mais il a le mérite d’offrir un point de vue autre que la confrontation imminente d’un cataclysme et d’arpenter des décombres et des centres-ville en désolation. Le rythme reste foncièrement lent, mais la progression connaît quelques heurts. Notamment, les fréquents retours dans la classe qui casse la tension. Au lieu d’avoir une continuité subtile au sein de l’intrigue et d’oublier que tout ce que nous percevons n’est qu’illusions, on nous rappelle constamment à la réalité. Pas vraiment adéquat en l’occurrence, la suite atténuera ce constat sans jamais toutefois le perdre de vue.

D’ailleurs, le suspense n’est pas vraiment de mise. On reste dans un traitement très didactique qui expose les choix, les comportements et les réactions de chacun, ainsi que les conséquences qui en découleront. La trame se scinde en trois parties distinctes (trois scénarios possibles, donc trois essais) qui partiront d’un postulat presque identique. Si certains éléments supplémentaires ne survenaient pas, l’intrigue tournerait rapidement en rond pour, au final, revenir au même. Seulement, les décisions sommaires (aux vagues relents eugénistes, voire racistes) disposent de plusieurs niveaux de lecture appréciables qui se dévoileront petit à petit.


Assidus, mais pas très attentifs...

Il en ressort une ligne directrice principalement contemplative et pessimiste sur le devenir de l’humanité. La mise en scène demeure statique avec des panoramas éclectiques : cratère d’un volcan, île déserte ou le temple de Prambanan qui évoque les ruines d’Angkor Vat. Un panel de paysages disparates aux charmes évidents propices à une vision de fin du monde presque poétique. On notera que la seule manifestation de cette dernière se trouve dans les explosions nucléaires qui ravagent le cadre. Pas de destructions, de séismes ou d’effondrements, on reste au stade de la possibilité pour donner lieu à ce curieux test de fin d’année.

Pour les protagonistes, on nous offre une classe assez diversifiées tant dans les valeurs culturelles, que dans les mœurs ou les motivations. Les personnages se prêtent au jeu avec entrain, avec des situations et des professions aux antipodes (du gestionnaire de fonds à l’agriculteur biologique) afin de pimenter l’exercice. Là encore, les évidences ne sont pas forcément les choix les plus logiques. En revanche, l’interprétation des acteurs oscille du mauvais au bon. Quelques seconds rôles ne trouvent pas vraiment leur place, tandis que ceux qui occupent le devant de la scène se montrent plus convaincants. En somme, un casting assez inégal qui s’appuie sur les têtes d’affiche.


Vive les grandes vacances... et la fin du monde.

Au final, The Philosophers déconcerte par son approche abstraite et décousue de la fin du monde. L’on retiendra son concept original qui aurait gagné à plus d’immersions en oubliant la réalité pour parfaire ses idées de départ. L’histoire ne sous-estime pas l’intelligence du spectateur (assez rare pour le souligner) et donne le change grâce à des réparties assez profondes si on les décortique sciemment. On regrettera simplement un rythme brinquebalant (même si volontairement lent), une interprétation en dent de scie, ainsi qu’un épilogue pompeux. Ce qui s’annonçait donc comme un teen-movie peu engageant, prend à contre-pieds les attentes de son public et surprend par la complexité sous-jacente de son intrigue (les choix à faire ne sont pas si faciles qu’ils paraissent de prime abord) et le voyage cérébral qu’il propose.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

Autres critiques

Le Piège

Le Piège

Des jeunes touristes, perdus dans un endroit désertique, trouvent refuge dans un ancien musée tenu par un vieil homme stoïque et mélancolique. Ils ont néanmoins perdu la trace de leur ami, tué quelques heures plus tôt dans une station service. Les années 70 voient émerger un nouveau sous-genre horrifique : le survival ! L'idée de base est simplissime : isoler quelques jeunes gens un peu ras...
Poltergeist

Poltergeist

Quatrième long-métrage tourné par Tobe Hooper pour le cinéma, Poltergeist représente un sommet dans la carrière du réalisateur de Massacre à la tronçonneuse . Produit et scénarisé par Steven Spielberg, Poltergeist marque une certaine rupture de ton avec les précédents films de son réalisateur, tout en restant dans le registre de l’horreur et de l’épouvante. L’action se déroule dans une banlieue...
Douce nuit - sanglante nuit

Douce nuit - sanglante nuit

Considéré comme l'un des slashers les plus controversés de l'histoire du cinéma en raison de sa violence explicite et de son détournement du symbole de Noël, cette Douce Nuit, Sanglante Nuit réalisée par Charles E. Sellier Jr. en 1984 a été interdite ou censurée dans de nombreux pays, et a même provoqué la colère de groupes religieux et d’associations de parents aux États-Unis...
Buried Alive : Enterrés Vivants

Buried Alive : Enterrés Vivants

Un étudiant fraîchement renvoyé de la faculté est bien décidé à mettre la main sur un trésor de famille caché dans un ranch perdu en plein désert. Il profite d'un week-end pour y emmener ses amis et dénicher enfin cette cachette, convoitée par le gardien du domaine, un homme solitaire et mystérieux. Spécialiste des effets spéciaux (il est le co-fondateur de la société KNB EFX , avec Nicotero et...
Nuits rouges du Bourreau de Jade, Les

Nuits rouges du Bourreau de Jade, Les

Attiré par l'Asie et plus particulièrement la Chine, le duo français Julien Carbon et Laurent Courtiaud ont tôt fait de quitter la France pour s'adonner à leur passion et offrir leur service sur des productions aux noms prestigieux : Tsui Hark, Johnnie To ou Wong Kar-Wai. Depuis une dizaine d'années, ils ont donc officiés en tant que scénaristes et assistants-réalisateurs. Lorsqu'ils créent leur...