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Le Fantôme de l'Opéra – Critique

Le Fantôme de l'Opéra

En 1877, à l'Opéra Garnier, Christine, doublure de la célèbre Carlotta, attire l'attention d'un mystérieux personnage. Pour ce qui est de cette adaptation de Leroux, force est de constater qu'elle ne retiendra ni l'attention de l'amoureux du roman, ni celle des fans d'Argento.

Publié le 22 Octobre 2012 par GORE MANIAC · Voir la fiche de Le Fantôme de l'Opéra

**Attention, cette chronique contient des spoilers.**

En 1877, à l'Opéra Garnier de Paris, Christine, jeune cantatrice, doublure de la célèbre Carlotta, attire l'attention d'un mystérieux personnage, tandis que d'étranges disparitions ont lieu dans l'établissement.

Près de dix ans après Opera, Dario Argento renoue avec un univers musical et scénique cher aux italiens, en proposant une nouvelle adaptation de l'un des romans phares de Gaston Leroux. Associé au scénariste attitré de Roman Polanski, Gerard Brach, s'attachant les services d'Ennio Morricone pour la bande originale, Argento disposait d'arguments de poids pour redorer quelque peu son blason, après une dernière décennie délicate.

Hormis Stendhal Syndrome, habile thriller trop méconnu, il est vrai que la carrière du Maître incontesté du giallo semble s'essouffler depuis Phenomena, puis un passage manqué par la case américaine (Trauma).

En adaptant un roman populaire, il pense probablement choisir la manière la plus efficace et la moins risquée pour renouer avec le succès, surtout que sa fille, Asia, révélation de son précédent film, devient une tête d'affiche fort délectable. Toutefois, entre la version classique de la Hammer, l'adaptation rock de Brian de Palma, et les nombreuses autres versions, ce roman n'a rien d'une découverte, et Argento a plus de pression que ce que l'on peut croire en reprenant un tel classique.
Sa principale innovation est de supprimer l'aspect visuel horrifique du fantôme. Campé par Julian Sands, acteur anglais à l'aise dans les rôles gothiques (il jouait le vampire désoeuvré dans le tristounet Tale of a Vampire), ce fantôme là a tout du prince charmant pour la cantatrice. Même dans le final, il fait acte de bonté en se sacrifiant pour sa muse.

Il faut reconnaître que ce parti pris s'avère assez peu payant, au bout du compte. Certes, cet être élevé parmi les rats n'a rien d'un enfant de coeur. Toutefois, il ne présente rien de surnaturel, dénaturant énormément le héros du roman, à l'inverse d'une série B de Dwight Little des années 80, dans laquelle Robert Freddy Englund avait réussi un exercice de style absolument remarquable.
La tiédeur de Sands, et de l'ensemble du casting, nuit donc beaucoup au crédit de ce projet, malgré le soin apporté aux costumes et aux décors. Argento se perd aussi dans des séquences pour le moins fadasses (conf les scènes sur le toit de l'opéra et celle avec la machine inventée par le tueur de rats), donnant de nouveaux arguments à ceux indiquant le cinéaste sur le déclin.

Heureusement, Argento peut compter sur le charme sombre de sa fille pour illuminer certaines scènes. L'oeil du réalisateur pour jouer les voyeurs en dénudant joliment sa fille donnerait des sueurs froides à bien des psychiatres, mais fascinera nombre de cinéphiles. Cette relation trouble souvent dépeinte s'en ressent peut être sur le soin apporté au métrage par Argento, et surtout ne peut faire oublier les difficultés du cinéaste à poser sa griffe bien particulière sur ce type de travail d'adaptation.
En effet, l'ensemble manque de folie et de cruauté, et ne parvient jamais à se transcender, laissant le spectateur sur sa fin, même si érotisme et gore légers y font acte de présence.

Loin d'égaler les meilleures versions du roman, ce Fantôme de l'Opera ne relancera pas la carrière du cinéaste qui, après une trilogie père-fille lancée avec Trauma, retrouvera ses marques avec l'excellent Non ho Sonno, dans lequel il renoue avec le giallo et avec son groupe fétiche des Goblin.
Pour ce qui est de cette adaptation de Leroux, force est de constater qu'elle ne retiendra ni l'attention de l'amoureux du roman, ni celle des fans d'Argento, celui-ci semblant s'être laissé fourvoyer dans un travail de commande qui ne lui sied guère, probablement à l'instar du déjà fortement critiqué Dracula 3D, dernier film en date du duo père-fille.

GORE MANIAC
À propos de l’auteur : GORE MANIAC

J'essaie de partager ma passion pour un cinéma méconnu, mais qui mérite incontestablement qu'on s'y arrête !

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