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Une Hache pour la Lune de Miel – Critique

Une Hache pour la Lune de Miel

John Harrington semble être le plus heureux des hommes. Cependant, derrière un sourire de façade, se cache un dangereux tueur en série. Cette oeuvre, qui inaugure la dernière ligne droite de la carrière du cinéaste italien, dégage un certain charme.

Publié le 26 Juin 2012 par GORE MANIAC · Voir la fiche de Une Hache pour la Lune de Miel

Ayant repris avec succès la salon de haute couture de sa mère, John Harrington, jeune, riche et célèbre, semble être le plus heureux des hommes. Cependant, derrière un sourire de façade, se cache un dangereux tueur en série.

Après avoir délaissé le cinéma fantastique gothique de ses brillants débuts (Opération Peur, son dernier chef d'oeuvre en la matière, date de 1966), Mario Bava s'était davantage orienté vers un cinéma populaire.
Il avait ainsi dirigé une aventure de Diabolik, sorte de Fantômas à l'italienne, et une parodie de film d'espionnage, à l'heure où James Bond faisait déjà la une des salles obscures.

Créateur du giallo au cinéma dès le début des années 60, avec la Fille qui en Savait Trop, initiateur de ce qui allait devenir le slasher avec la Baie Sanglante, un an plus tard, Mario Bava renouait ici avec le film de terreur.

Dès la scène d'introduction, dans le train (qui inspirera peut être à Romero l'une des séquences les plus marquantes de Martin), Bava donne le ton, mais en s'amusant déjà à modifier les codes du giallo. En effet, si l'arme blanche est bien présente, le tueur opère à visage découvert. Son arme, un hachoir faisant également office de miroir de l'âme démente du criminel, diffère aussi du classique couteau.
Dès lors, il n'est pas étonnant que le sadique devienne le héros tourmenté de ce film, se rapprochant davantage du torturé Norman Bates que des précédents tueurs de l'histoire du Septième Art (le travestissement d'Harrington, lors du meurtre de son épouse).

Le méconnu Stephen Forsyth prête ses traits fins et angéliques à ce fétichiste des robes de mariée, visiblement impuissant, dominé le jour par son épouse acariâtre (l'excellente Laura Betti, que l'on reverra d'ailleurs dans la Baie Sanglante), bourreau nocturne de futures mariées.

Forsyth, avec son regard hypnotique puis halluciné, parvient à se faire prendre en pitié, tant son isolement semble aussi lourd que pathétique.
Dans ce cauchemar muet dont il est le constant prisonnier, Harrington se rapproche également de Frank Zito, le tueur du cultissime Maniac, lui aussi fétichiste des mannequins et dominé par sa mère durant son enfance.
Les troubles du héros remontent en effet à son enfance, depuis l'assassinat mystérieux de sa mère. Les meurtres qu'il commet semblent être le seul remède qu'il a trouvé afin de se remémorer en détail cette terrifiante nuit. Le meurtre n'est pas ici considéré comme un aboutissement, mais plutôt comme le choc nécessaire au réveil de sa mémoire endormie, qu'il tente aussi parfois de ressusciter en se réfugiant dans sa chambre d'enfant, devenant inquiétante devant l'objectif de Bava (thématique déjà explorée par le cinéaste dans le dernier sketch des Trois Visages de la Peur et dans Lisa et le Diable quelques années plus tard).

Les caractéristiques psychologiques du tueur, qui est pour une fois le personnage clé du métrage, sont ici savamment décryptées.
On peut donc penser que Bava venait de mettre en place ici les codes d'un autre sous-genre horrifique : le psycho-killer, prouvant définitivement son importance capitale dans l'univers du film d'épouvante.

Pourtant, contrairement à la Baie Sanglante, une Hache pour la Lune de Miel ne fait pas partie des films phares du cinéaste. La faute sans doute à quelques détails que nous allons tenter de dénicher désormais.

Tout d'abord, malgré quelques jeux de caméra réussis (notamment lors des séquences dans la salle des mannequins), Bava n'a pas utilisé de technique innovante dans ce film, une sobriété finalement assez cohérente vis à vis de l'apparente sérénité du tueur.

Ensuite, la bande originale, un peu kitsch, n'a rien de transcendant. Contrairement à Dario Argento, Bava n'aura jamais eu à disposition des Morricone et autres Goblin pour sublimer ses films, voire même pour les identifier en dehors du traditionnel canevas visuel.
Malgré sa touchante candeur, Dagmar Lassander est loin d'égaler l'effrayante beauté de Barbara Steele. Enfin, une Hache pour la Lune de Miel dégage parfois une certaine nonchalance qu'on ne retrouvait plus dans la Baie Sanglante, et l'épilogue manque sans doute un peu de folie pour sortir ce film du lot.

Cependant, cette oeuvre, qui inaugure la dernière ligne droite de la carrière du cinéaste italien, dégage un certain charme, tout en reprenant à merveille les thèmes fétiches de Bava.

GORE MANIAC
À propos de l’auteur : GORE MANIAC

J'essaie de partager ma passion pour un cinéma méconnu, mais qui mérite incontestablement qu'on s'y arrête !

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