Voir la fiche complète du film : 8 MM : Huit Millimètres (Joel Schumacher - 1999)

8 MM : Huit Millimètres

Le mythe du snuff movie a toujours fait parler de lui, engendrant bon nombre de questions et de curiosités. Descente aux enfers pour Nicolas Cage devant la caméra du Schumacher version Chute Libre.
Publié le 1 Janvier 2008 par GORE MANIACVoir la fiche de 8 MM : Huit Millimètres
10

Tom Welles (Nicolas Cage), détective privé à l'indéniable sang-froid, est engagé par une riche veuve pour enquêter sur un film appartenant à son défunt mari, filmant un snuff movie, afin de savoir s'il s'agit d'un véritable meurtre, ou d'une supercherie.

Légende urbaine la plus décriée, le snuff movie consisterait à filmer un vrai meurtre en temps réel. L'industrie cinématographique a rarement exploré cette thématique trop dérangeante, qui associerait les deux genres cinématographiques les plus souvent décriés pour leur caractère malsain : l'horreur trash et le film X hardcore. Témoin Muet (1997), et le meilleur épisode de la série des Masters of Horror (le glauque Cigarette Burns de John Carpenter) sont les deux exemples les plus réussis de cette immersion dans le snuff film, avec ce 8mm.

Cinéaste de commande (on lui doit les troisièmes et quatrièmes volets de la saga des Batman), Joel Schumacher sait parfois offrir un rôle en or à certains de ses comédiens. Michael Douglas, dans son exceptionnelle Chute Libre (le meilleur film de Schumacher) et, à un degré moindre, Jim Carrey, dans Le Nombre 23, avaient trouvé des rôles forts et intenses d'hommes perdus, dépassés par les événements, et poussés dans leurs derniers retranchements de manière subite et inattendue.

Dans 8mm, c'est le lisse Nicolas Cage qui dispose donc enfin d'un personnage double, qui découvre un univers qu'il ne pouvait pas concevoir, et qui finira par se muer entre une sorte de justicier de l'oubli, défendant bec et ongles la mémoire d'une disparue rejetée par le microcosme hollywoodien. Schumacher évite avec 8mm le piège de la surenchère visuelle et du voyeurisme. Le thème du snuff est avant tout la base d'une observation sans fard de l'autre facette de l'industrie du Septième Art, celle du sexe et de la violence gratuite.

Nicolas Cage, mari et père de famille posé et comblé, endosse avec vigueur et talent ce rôle ambigu, celui d'un homme sain plongeant malgré lui dans un univers troublant mais bien réel, duquel il ne sortira pas indemne. Autour de Cage, d'excellents seconds rôles (Gandolfini, Phoenix, Stormare, Keener) apportent une dimension réaliste supplémentaire à cette enquête sordide qui descend progressivement dans les abysses du vice et du Mal à l'état pur. Le héros, tentera vainement de décrypter les raisons de ce drame, avant de comprendre que certaines actions ne peuvent avoir d'explication rationnelle (aucune excuse ne sera trouvée aux tortionnaires déviants de ce film, contrairement à beaucoup de métrages offrant un aspect séduisant au tueur, à l'instar d'un Hannibal Lecter par exemple). Ainsi, l'auto-défense finale se justifie. En digne héritier d'un Charles Bronson, Cage fera donc office de bourreau dans un épilogue aussi noir que le ciel abritant le duel final entre Welles et Machine, tueur S-M cagoulé rendu encore plus écoeurant par son humanité pitoyable, scène achevée dans un lieu symbolique (un cimetière), point d'orgue d'une mise en abîme vertigineuse de la bestialité de l'être humain.

Oeuvrant entre polar et horreur, sur fond de sexe et de violence, 8mm ne doit pas être interprété comme un long-métrage opportuniste surfant sur un sujet attirant car déviant, mais comme la vision la plus réaliste et crédible possible sur la part la plus obscure de l'industrie du cinéma, qui se fait ici l'écho de notre société, repoussant chaque jour les limites de l'indicible, aidée en cela par la technologie qu'elle a enfanté. Certains reprocheront peut être à Shumacher sa difficulté à aller jusqu'au bout de l'idée même de ce film, et de paraître parfois trop sobre, voire trop timoré (un tel sujet aurait probablement mérité une mise en scène davantage heurtée, à la limite de la folie, façon David Lynch), mais le cinéaste propose une oeuvre maîtrisée et interprétée avec justesse par des acteurs de qualité.

A signaler que ce film a l'objet d'une suite sans le moindre rapport, en 2005, davantage située dans la veine d'un téléfilm érotico-policier.

A propos de l'auteur : GORE MANIAC
Portrait de GORE MANIAC

J'essaie de partager ma passion pour un cinéma méconnu, mais qui mérite incontestablement qu'on s'y arrête !

Autres critiques

Trailer Park of Terror
On a tous des références. Dire le contraire serait mentir, car on a tous en tête des histoires faisant références à des films, des livres, voir même à des musiques qui nous parlent. Et bien souvent, quand on réalise un film ou que l'on écrit un livre, on a plusieurs auteurs ou réalisateurs en mémoire, en référence, et parfois même quelques films dont on s'inspire plus ou moins librement...
REC 3: Genesis
Le territoire ibérique est devenu en très peu de temps le nouveau pays des films d'horreur. La faute, ou plutôt grâce à Jaume Balaguero et son compagnon de caméra Paco Plaza. En effet, en seulement deux ou trois films, les deux compères ont conquis le monde de la terreur et ont rejoint le panthéon des cinéastes à suivre de très près. En effet, après un Fragile de la part de Balaguero, qui montre...
Warm Bodies : Renaissance
R est un zombie parmi tant d'autres dans un monde qui n'a plus rien à offrir que de longues journées d'errance entrecoupées de petits casse-croûtes cannibales. Enfin, c'était jusqu'à ce qu'il rencontre Julie. Après s'être fait remarquer avec le slasher Tous les garçons aiment Mandy Lane (un peu trop surestimé à mon goût), Jonathan Levine semblait avoir déserté le...
La fureur du yéti
Figure emblématique de la cryptozoologie, le yéti a tôt fait d’investir les salles obscures. Du Redoutable homme des neiges de Val Guest aux dernières facéties des produits par SyFy et consorts, celui qu’on surnomme «l’abominable homme des neiges» ne cesse de faire les beaux (ou plutôt les mauvais) jours du cinéma de genre. Contrairement à d’autres créatures...
Le redoutable homme des neiges
Pour le cinéma de genre, les années1950 sont marquées par de nombreuses productions de science-fiction. Entre les préoccupations scientifiques d’une vie extraterrestre et une parabole avec l’envahisseur communiste en période de guerre froide, les métrages de ce style se sont multipliés. Cela a notamment laissé le champ libre aux initiatives horrifiques qui, quelque peu en retrait...