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Annihilation – Critique

Annihilation

Relativement fidèle au roman de Jeff VanderMeer, Annihilation préserve toute sa force évocatrice à travers une œuvre initiatique des plus singulière et insaisissable. Servi par une mise en scène très esthétique, le film d’Alex Garland privilégie des sensations toutes subjectives à une approche moins subtile. Entre science-fiction, horreur et récit philosophique, l’élitisme de façade dissimule plusieurs niveaux de lecture à découvrir selon ses attentes et son inclination à laisser une part de mystère irrésolu en fin de parcours.

Publié le 26 Avril 2020 par Dante_1984 · Voir la fiche de Annihilation

S’il n’est jamais évident d’adapter un livre à l’écran, certaines histoires relèvent de la gageure pour opérer la transition. Cela tient à leur complexité sous-jacente, à des procédés narratifs alambiqués ou tout simplement à une ambiance indéfinissable. Cela explique sans doute pourquoi, l’œuvre de Lovecraft a rarement marqué les mémoires dans le septième art. D’ailleurs, l’atmosphère du roman Annihilation intégrait quelques touches propres aux récits de l’auteur de Providence. Face à la tonalité sibylline du livre de Jeff VanderMeer et de l’aura qui s’en dégage, il paraissait improbable et vain de l’accorder à une vision cinématographique.

 

Un passage à la frontière psychédélique !

Au même titre que son pendant littéraire, l’incursion reste déconcertante à plus d’un titre. Cela passe par ce contexte contemporain et très pragmatique qui se heurte à la science-fiction. La découverte de la zone X et sa survenue « fortuite » suscite de nombreuses interrogations. Manifestation religieuse ? Invasion extraterrestre ? Phénomène naturel ? On craint pourtant dans un premier temps une simplification de l’intrigue, eu égard à la volonté de toucher un plus large public. Car l’aspect ineffable de cet évènement perturbateur contribue grandement à la qualité du récit. Hormis le process d’anonymisation des protagonistes, le film d’Alex Garland tente de rester au plus proche de son modèle.

L’incursion dans la zone X avance une certaine propension à la suggestion, quitte parfois à sombrer dans un style graphique psychédélique pour distinguer cette curieuse frontière. Dans une certaine mesure, le procédé évoque une bulle de savon géante, à la fois palpable et éphémère. La suite tend à s’insinuer dans le récit survivaliste. Le commando de femmes dispose de compétences complémentaires pour parer à toute situation ; du combat à l’analyse de leur environnement. Il y a une volonté d’entretenir la notion d’inconnu à travers des séquences qui tiennent autant du cauchemar que de l’onirisme.

 

Des humains végétalisés ou des végétaux humanisés ?

Le fait d’alterner entre les nuances d’une palette d’émotions dichotomiques concourt à accentuer la perte de repères. Il en découle une appréhension évidente sur les découvertes à venir. On songe à ce tableau macabre impensable au fond d’une piscine, à cette croissance végétale démesurée ou à la faune locale dont les spécificités biologiques relèvent de délires aberrants. Si le temps n’a jamais paru aussi relatif en ces contrées inhospitalières, c’est foncièrement à un autre monde que l’on se heurte. Un lieu qui s’est bâti sur les vestiges d’une civilisation qu’on devine agonisante. En effet, la zone X n’est pas un territoire clairement défini. Elle s’étend. D’où le sentiment d’urgence de mieux identifier la nature de la menace.

Annihilation se pare également de considérations philosophiques sur l’évolution de la vie et le sens que l’on octroie à son existence. En cela, les discours sont bien intégrés à l’intrigue et apportent de la profondeur à certaines séquences. Il est vrai que certains éléments paraissent abscons, eu égard à des réflexions qui s’attardent trop peu sur la portée des mots. À l’instar du livre, la redécouverte du métrage permet de distinguer de nouvelles approches, quitte parfois à décontenancer sur sa première vision. On apprécie également ce dénouement qui présente un deus ex machina nuancé, jouant sur une perception subjective et la malléabilité de la réalité.

 

Le phare du bout du monde

Au final, Annihiliation est une bonne adaptation du roman éponyme. Si l’on regrette quelques concessions sur le fond, le film d’Alex Garland instaure une atmosphère singulière qui lorgne vers la science-fiction et l’horreur. Sans sombrer dans des considérations apocalyptiques, il en émane une tonalité désespérée où l’excursion dans la zone X s’avance comme un récit initiatique éprouvant pour les protagonistes. Présentant de multiples visages, la menace se dissimule sous la forme d’une santé psychologique fragile, d’un environnement hostile ou même d’une réalité impossible qui se heurte à des valeurs élémentaires. Une œuvre originale et ambitieuse qui, malgré quelques atermoiements dispensables, n’en demeure pas moins une expérience aussi étrange qu’attrayante.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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