Gamera – Critique
Si Gamera ne parvient jamais à égaler la puissance symbolique du Godzilla de 1954, il ne se réduit pas pour autant à un simple plagiat opportuniste.
En 1965, la société Daiei, jusque-là réputée pour ses drames historiques et ses films d’auteur, décide d’entrer sur le terrain du kaiju eiga dominé par la Toho depuis le succès de Godzilla. Ainsi naît Gamera, également connu sous son titre original Daikaiju Gamera. Le contexte industriel est essentiel pour comprendre le film : au début des années 60, la fréquentation des salles chute face à la montée de la télévision. Les productions ambitieuses et prestigieuses deviennent risquées économiquement. La Daiei s’oriente alors vers des franchises populaires capables d’attirer le public, comme Zatoichi, et cherche un équivalent dans le domaine du film de monstre géant.

Le point de départ est presque programmatique : un avion militaire transportant des armes nucléaires s’écrase dans l’Arctique, provoquant une explosion qui réveille une créature antédiluvienne prisonnière des glaces. Gamera émerge de l’océan et commence à ravager les villes japonaises. On ne va pas se mentir, tout cela rappelle fortement le Godzilla originel.
Toutefois, une nuance importante distingue les deux œuvres. Là où Godzilla incarnait frontalement l’angoisse atomique dans un Japon marqué par Hiroshima et Nagasaki, Gamera n’est pas présenté comme une mutation radioactive. Il est une entité mythologique, parfois liée dans le récit à l’Atlantide, dont les pouvoirs préexistent à l’explosion. Le nucléaire agit comme déclencheur, non comme cause intrinsèque.

Le film adopte une tonalité moins sombre que son modèle, bien qu’il ne soit pas dénué de violence. Certaines séquences montrent explicitement des destructions meurtrières, notamment un plan frappant où des silhouettes humaines disparaissent dans un effet négatif de pellicule. Pourtant, l’atmosphère générale reste plus accessible, presque ambivalente. Le comportement même de Gamera participe à cette ambiguïté. Capable d’anéantir des infrastructures entières sans état d’âme, il prend pourtant le temps de sauver un enfant. Cette schizophrénie dramatique, oscillant entre destructeur et protecteur, deviendra une caractéristique durable du personnage.
Sur le plan formel, Gamera est le dernier grand kaiju tourné en noir et blanc avant la généralisation de la couleur dans le genre. Ce choix esthétique, qu’il soit économique ou artistique, joue en faveur du film. Il atténue la visibilité des maquettes et des effets spéciaux parfois rudimentaires, conférant aux destructions une texture plus crédible.
Les miniatures urbaines, déjà construites pour un projet abandonné de film de rats géants, sont ici recyclées avec efficacité. Les séquences de destruction possèdent une énergie brute qui compense les limites techniques.
L’une des trouvailles les plus mémorables reste la capacité de Gamera à voler en se rétractant dans sa carapace, tournoyant comme une soucoupe volante. L’idée peut sembler saugrenue, voire risible pour un regard occidental, mais elle donne au monstre une singularité immédiate face à ses concurrents. Cette aptitude spectaculaire renforce aussi la dimension ludique du film, accentuant son éloignement progressif du registre strictement tragique inauguré par Godzilla.

Le dénouement, impliquant une solution technologique extrême pour expulser Gamera hors de la Terre, s’inscrit dans la tradition des conclusions extravagantes du genre.
Kitsch, improbable, mais spectaculaire, il illustre parfaitement l’équilibre que le film tente de maintenir entre sérieux scientifique et fantaisie assumée.

Si Gamera ne parvient jamais à égaler la puissance symbolique du Godzilla de 1954, il ne se réduit pas pour autant à un simple plagiat opportuniste, et soixante ans après la naissance de la créature, l’éditeur français Roboto Films choisit de lui rendre hommage en proposnt un coffret intitulé GAMERA – Les années Showa – Partie 1, rassemblant les trois premiers opus dans une édition UHD 4K Dolby Vision. Il s’agit d’une restauration supervisée par Shinji Higuchi et Shunichi Ogura, réalisée au Japon pour le 60e anniversaire de la franchise. Le coffret, présenté dans un rigide élégant au design signé Kevin West, comprend trois digipacks, un livret de 60 pages, dix cartes postales et un poster. Le livret contient notamment un essai de Jordan Guichaux au titre évocateur "Gamera : création du concurrent idéal" ainsi que des photos de tournage.
Côté suppléments vidéo, on trouve une présentation de chaque film par Fabien Mauro et une interview des superviseurs de la restauration. Techniquement, les disques proposent la version originale sous-titrée en français, en 2160p au format 2.35:1 (le premier film en noir et blanc, les deux suivants en couleurs) avec une piste DTS-HD Master Audio 2.0. L’apport de la restauration 4K se révèle particulièrement frappant : stabilité de l’image, finesse des détails, contrastes mieux maîtrisés et disparition d’un certain voile granuleux observé sur d’anciennes éditions étrangères. Un must pour les amateurs, donc.



























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