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Hannibal – Critique

Hannibal

Une série à l'approche principalement psychologique où se dégage une ambiance oppressante et violente. Pas de quoi révolutionner le genre, mais suffisamment maîtrisé et immersif pour se plonger dans l'univers dérangé des serial-killers.

Publié le 1 Février 2014 par Dante_1984 · Voir la fiche de Hannibal

Si l'on demande à des lecteurs ou des cinéphiles de citer des tueurs en série qui les ont frappés, il y a de fortes chances pour qu'Hannibal Lecter figure dans leur top 5 auprès de Charles Manson et consorts. Tout comme Sherlock Holmes, il marque la culture populaire d'une empreinte au fer rouge. Un constat qui perdura dans le temps au point peut-être de le confondre avec de réels sociopathes. Mais n'oublions qu'il s'agit d'un personnage de fiction, sorte d'amalgame d'Ed Gein, Ted Bundy et Edmund Kemper. Du roman Dragon rouge en 1981 en passant par les adaptations cinématographiques, le docteur Lecter est une figure emblématique du mal. Aussi, tenter de redonner un second souffle à la franchise via une transposition télévisée n'est pas sans obstacle ni crainte. Retrouvons-nous l'ambiance des films ou sommes-nous en présence d'un produit formaté ?


On l'emballe ou on le mange ?

Avant d'aboutir à la présente série, les créateurs souhaitaient une préquelle au Silence des agneaux pour suivre la jeune Clarice Starling fraîchement sorti de Quantico. Le projet étant avorté, la copie a été revue pour nous offrir une nouvelle adaptation de Dragon rouge, enfin presque. En effet, l'on conserve surtout les grandes lignes du début du roman. L'intrigue se concentre sur la relation entre Will Graham et Hannibal Lecter. Ce dernier, psychiatre émérite, aide Will à coincer de dangereux psychopathes. L'on goûtera l’'ironie de la situation. La plupart des épisodes peuvent être visionnés indépendamment. Hormis quelques exceptions, les investigations se suivent assez facilement. Le fil rouge (à savoir la traque de la pie-grièche et la manière dont les protagonistes abordent sa résolution) reste assez ténu dans l'ensemble et permet surtout quelques interactions bien senties.

Il est vrai que l'on pourrait reprocher à certaines enquêtes de trouver des chemins de traverse alambiqués ou téléphonés pour conclure dans les 40 minutes (ce qui est tout de même très limité pour découvrir le coupable). À cela, l'on remarquera que le vocabulaire médico-légal, ainsi que celui concernant les méthodes du FBI (comme le profilage) demeurent très compréhensible, voire simpliste à certains égards. Les échanges sont parfois délicieux (notamment pendant les repas) et, de temps à autre, passables et sans relief. Toutefois, l'atmosphère reste très glauque et pesante. Les meurtres sont d'une rare sauvagerie et font preuve d'une recherche toute particulière dans la construction des scènes de crimes. Entre le totem sur la plage, les anges (en référence au sacrifice de l'aigle de sang), les victimes utilisées sous forme d'engrais, on a droit à la manifestation des esprits les plus dérangés.


Dans l'esprit d'un tueur en série...

Des âmes torturées qui n'empêchent aucunement d'être d'une intelligence redoutable. Il faut donc faire appel à un profileur digne de ce nom pour parvenir à les coincer. L'on continue sur la volonté de se démarquer d'autres séries qui jouent dans le même registre (par exemple, Esprits criminels). Au lieu de nous immerger sous une flopée de dialogues interminables et, reconnaissons-le, plutôt abstraits, le principal atout de la mise en scène réside à faire revivre le crime sous les yeux du tueur dans la peau de Will Graham. Vous saisissez ? Autrement dit, l'empathie du profileur se projette à rebours dans la tête du serial-killer pour comprendre sa psyché et retracer les étapes avant la mort de la victime. Tant l'effet visuel que psychologique se révèle maîtrisé et percutant. D'ailleurs, le fait que Will commette à nouveau les meurtres tend à jouer sur sa perception (et la nôtre). On est donc loin d'un concept purement manichéen où le noir est facilement discernable du blanc.

L'image d'Hannibal Lecter est quasiment indissociable de celle d'Anthony Hopkins. Aussi, il fallait trouver un successeur à la mesure de l'illustre acteur. En ce sens, le choix de Mads Mikkelsen est le plus judicieux. Outre son charisme, la qualité de son interprétation tout en retenue et qui cache néanmoins un impitoyable sociopathe respecte le personnage, mais lui offre également un trait plus humain dans son quotidien, soucieux et manipulateur de ses proches. L'acteur danois joue à merveille de cette ambiguïté. Pour lui donner le change, Hugh Dancy incarne un Will Graham assez asocial et torturé. L'on trouvera la présence bienvenue de Laurence Fishburne dans le rôle de Jack Crawford. Au niveau des guest-stars, l'on notera la participation de Gillian Anderson ou même celle de Lance Henriksen.


Vous avez demandé le 911 ? Ne quittez pas, nous allons donner suite à votre appel.

Au final, Hannibal se révèle une série télévisée à l'atmosphère soignée. Glauque et angoissante, il s'en dégage une violence peu commune dans les actes, même si l'on verra rarement les auteurs à l'½uvre. L'approche est volontairement psychologique afin de faire fonctionner l'imagination du spectateur dans un souci de rendre encore plus abominable le calvaire des victimes. À cela, le casting se montre talentueux et impliqué malgré quelques échanges faciles et des conclusions d'épisodes parfois un peu trop précipitées. Il reste tout de même que cette première saison offre une nouvelle jeunesse au mythe d'Hannibal Lecter sans pour autant révolutionner le personnage ou rivaliser avec Le silence des agneaux.

Saison 2 : Après une première saison glauque à souhait, la nouvelle version de Dragon rouge reprend logiquement l’histoire là où elle s’était arrêtée. Néanmoins, il est bon de noter que la traque des tueurs en série amorcée précédemment laisse une place conséquente aux relations entre les protagonistes pour s’attarder davantage sur l’aspect psychologique. Cette évolution fait la part belle aux délires abstraits et aux interrogations existentielles en oubliant parfois de faire progresser la trame principale. Toutefois, l’ambiance, ainsi que l’interprétation générale, est conservée pour offrir une adaptation libre assez convaincante dans laquelle l’étrangeté rime avec efficacité. Pas forcément l’orientation à laquelle on s’attendait, mais assez immersive et hypnotique pour capter l’intérêt du spectateur. (7/10)

Saison 3 : 6/10

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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