Voir la fiche complète du film : Helix (David Slade - 2014)

Helix

Un huis clos glacial qui se permet de nombreuses largesses au fil de sa progression pour se détacher sensiblement de son sujet principal. Pas forcément original, mais sympathique à plus d’un titre si l’on évite les comparaisons référentielles tout en occultant quelques ficelles narratives discutables.
Publié le 1 Octobre 2014 par Dante_1984Voir la fiche de Helix
7

Malgré leur taille microscopique, les virus s’arrangent toujours pour menacer la planète entière. Thème récurrent dans les films catastrophe, ils alimentent avec constance les grands et petits écrans. Citons rapidement l’éphémère Burning zone ou le classique de Michael Crichton: La menace Andromède. Alors, quand Ronald D. Moore, amateur de science-fiction (Star Trek, Battlestar galactica), s’attaque à ces organismes hostiles, on peut se montrer tout à fait confiant sur le niveau qualitatif du produit final. Pourtant, le nouveau projet de SyFy est loin de faire l’unanimité; trop prévisible et inintéressantselon les plus sévères. Cette médiocre réputation se justifie-t-elle?

Il est vrai que l’amorce n’a rien de foncièrement originale: un mystérieux virus ravage une base scientifique en Arctique. Une équipe du CDC est envoyée sur place pour enquêter et enrayer l’épidémie. En un sens, le pitch de départ révèle des sentiments contradictoires concernant cette série. D’une part, l’on trouve l’intrigue classique et linéaire. D’autre part, la mise en scène et l’atmosphère se montrent efficaces et soignées à plus d’un titre. Qualités et défauts s’équilibrent à différents stades pour nous offrir une première fournée d’épisodes dont on ne sait que trop penser dans un premier temps.

Au bout du tunnel, il y a...

L’espace restreint se résume à un complexe scientifique qui semble s’étirer à l’infini sur et sous la glace de l’Arctique. Malgré l’aspect tentaculaire des couloirs, les niveaux qui se multiplient, il se dégage de ces lieux froids et austères un sentiment claustrophobique semblable à un piège mortel qui se referme lentement, mais sûrement sur le personnel de la base. Il n’y a qu’à constater la superficie de chambres individuelles pour s’en convaincre. Tout y est aménagé pour le travail et la recherche. Bien sûr, on est loin d’atteindre l’excellence d’un The thing, mais cet environnement reste propice à la paranoïa et aux comportements inopinés en pareilles circonstances.

Réactions pas toujours justifiées ou nécessaires qui étayent une caractérisation sans complaisance, comme si l’ensemble des protagonistes (à une ou deux exceptions prêtes) avait quelque chose à se reprocher. Nous ne sommes pas en présence d’un traitement purement manichéen, car le flou sur les motivations et la véritable personnalité des individus concernés contredit presque constamment l’image que l’on se faisait d’eux. Difficile de dénouer les valeurs de chacun pour avoir un tableau composé de blanc et de noir. On a droit à toute une gamme de gris qui reflète le passé et les expériences en dépit des idées reçues ou des fausses pistes disséminées çà et là.

On ouvre grand la bouche et on évite de vomir du sang noir.

Cela peut décontenancer, voire exaspérer, de jongler de la sorte si l’on apprécie les éléments qui s’imbriquent les uns aux autres. Il est vrai que cela entraîne parfois de menus contradictions ou incohérences si l’on pousse le vice de tout répertorier. Néanmoins, l’intrigue se veut suffisamment simpliste et linéaire dans ses fondements pour ne pas perdre le public. Si l’histoire se montre si prévisible, il n’en demeure pas moins que le suspense reste bien construit, malgré une seconde moitié qui s’écarte sensiblement de son sujet principal. Cela permet de ne pas avoir l’impression de tourner en rond, mais cette bifurcation vers le fantastique pur ne plaira pas forcément à tous.

D’ailleurs, les ultimes épisodes de cette première fournée parviennent avec difficulté à poser les bases pour la suite. Là où chaque épisode correspondait à un jour de contamination, on entrevoit furtivement les événements plus de 200 jours après. En dépit du côté abrupt d’un tel procédé, les aboutissants de l’intrigue tolèrent n’importe quelle largesse pour en arriver à ce stade. La saison2 sera-t-elle l’objet de ce blanc qui mérite de plus amples éclaircissements ou se contentera-t-elle d’avancer en oubliant les justifications nécessaires? Le doute est permis tant cette tournure se révèle étonnante et pas vraiment adéquate pour susciter l’attente et la curiosité chez le spectateur.

Des symptômes peu ragoûtants.

En ce qui concerne le virus et ses effets sur l’organisme humain, on oscille également entre le singulier et le déjà-vu. Le sang noir, la liquéfaction, l’alitement des contaminés perclus de veines apparentes ou les hallucinations sont des symptômes inédits (ou presque). En revanche, le second stade traduit un état d’agressivité extrême. L’altruisme et le comportement similaire à la cohésion des fourmis et des abeilles (ce qui trahit une intelligence et un but) se rapprochent davantage des zombies «nouvelle-génération» avec leurs courses effrénées et leur volonté à grossir leurs rangs. De là à songer à des films tels que 28 jours plus tard, il n’y a qu’un pas...

Au final, Helix multiplie les sentiments contradictoires à son égard. Entre une intrigue initiale linéaire au possible et néanmoins plaisante, un final emplit de doutes et de spéculations, cette première saison nous laisse une impression partagée à plus d’un titre. L’on sent la volonté de ne pas ennuyer le spectateur qui se laisse prendre au jeu d’un suspense agréable. Cependant, les choix narratifs s’avèrent pour le moins discutables pour l’avenir de la série qui perdra peut-être son public de départ pour en trouver un autre. Entre des personnages contradictoires et peu attachants (travaillés en ce sens pour souligner l’ambivalence de chacun), une approche en vase clos réussit, ainsi qu’un récit évoluant selon son bon vouloir, Helix ravira les amateurs de virus (langages parfois techniques), et ce, malgré un traitement chaotique.

Saison 2 : 3/10

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Le Piège
Des jeunes touristes, perdus dans un endroit désertique, trouvent refuge dans un ancien musée tenu par un vieil homme stoïque et mélancolique. Ils ont néanmoins perdu la trace de leur ami, tué quelques heures plus tôt dans une station service. Les années 70 voient émerger un nouveau sous-genre horrifique : le survival ! L'idée de base est simplissime : isoler quelques jeunes gens un peu ras...
Penance
Depuis Saw et Hostel , le torture-porn s’est largement démocratisé avec quelques sympathiques surprises ( The collector , Grotesque …), mais également pas mal d’étrons imbuvables ( Scar 3D , Broken …). En parallèle de cette évolution chaotique, le faux documentaire semble avoir suivi la même courbe avec une baisse qualitative encore plus flagrante. Aussi, le mélange des genres peut parfois...
Le Territoire des Loups
Après le déplorable remake de L'agence tout risques , le moins que l'on puisse dire c'est que le nouveau film de Joe Carnahan n'était pas attendu au tournant. L'on pouvait simplement espérer une erreur de parcours au vu de Narc et du sympathique (mais pas transcendant) Mise à prix . Le territoire des loups se propose donc de partager le calvaire d'un groupe de survivants...
The Cellar
**Attention, cette critiques contient quelques spoilers.** Quatre jeunes étudiants profitent de quelques jours de vacances pour aller se reposer à la campagne. Ils louent à une vieille dame excentrique un chalet isolé, le temps d'un week-end. Récompensé au Festival Insomnifest 2008 , The Cellar fait partie de cette colonie de films d'épouvante scandinaves qui investit depuis quelques années notre...
Krampus
La période des fêtes de fin d’années est souvent l’occasion de se retrouver, de laisser de côté les petits tracas du quotidien. L’entraide, le partage, la convivialité... Bref, autant de sentiments mielleux et hypocrites pour un «événement» qui démarre dès septembre et n’a d’autres buts que de pousser à son paroxysme un consumérisme déjà exacerbé. Une considération cynique? Plutôt réaliste qui...