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I, Frankenstein

Loin de l'histoire du roman original, ce film est l'adaptation d'une bande dessinée qui s'en inspire très librement. Le cadavre ambulant se retrouve ici au cœur d'un conflit opposant une armée de démons et une horde de gargouilles chargée de protéger l'Humanité.
Publié le 30 Juillet 2014 par OeilsansvisageVoir la fiche de I Frankenstein
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Contrairement à ce que son titre pourrait laisser entendre, I, Frankenstein n’est pas une énième adaptation du célèbre roman de Mary Shelley mais celle d’une bande dessinée qui s’en inspire. L’action se déroule après que la créature ait assassiné l’épouse de son maître et dérobée le manuscrit faisant état de ses expériences. Elle fuit vers les territoires du grand nord, poursuivie par son créateur qui finit par mourir de froid. La créature décide d’enterrer celui qui lui a donné la vie auprès de ses ancêtres et c’est alors qu’elle est attaquée par une horde de démons. La créature est sauvée in-extremis par des gargouilles, éternels ennemis des démons. A l’issu du combat, Frankenstein est capturé par les gargouilles qui le ramènent dans leur QG: une imposante cathédrale gothique située au sein d’une grande ville d’Europe du nord dont le nom n’est pas précisé. Notre héros apprend alors qu’il existe une guerre secrète sur terre, opposant les forces du bien et du mal et dont l’humanité est l’objet du conflit.


 

Frankenstein remis au goût du jour

En tant qu’être vivant sans âme humaine, Frankenstein est intégré à l’ordre des gargouilles dont la reine Leonore lui permet de devenir un membre. Il prend part à la lutte contre les forces du mal dirigées par le prince Naberius, un ange déchu tombé avec Satan mais connu de la société des hommes sous le nom de Charles Wessex, responsable d’un respectable institut de recherche scientifique. Œuvrant pour asservir l’humanité, Naberius voit en Frankenstein et son grimoire l’opportunité de faire aboutir son plan diabolique. Celui-ci consiste à insérer des âmes démoniaques dans les corps d’êtres humains décédés grâce à la technique dont la créature est le manifeste vivant. En se constituant une armée de démons, Naberius pourrait enfin vaincre l’ordre des gargouilles et prendre pleinement le contrôle de l’Humanité. Frankenstein se retrouve au cœur du conflit, ce qui va lui permettre de trouver sa place et de s’affirmer en tant qu’individu.

 

Les gargouilles, sentinelles de la société humaine

On est loin de l’univers de l’histoire originale avec cette guerre opposant gargouilles et démons. Pourtant la thématique de fond reste la même, à savoir la quête d’humanité de la créature de Frankenstein. A travers les rapports qu’il entretient avec ses compagnons d’armes, le héros prend conscience de sa nature particulière. Il doit lutter pour se faire une place aux côtés des gargouilles qui l’appellent «la chose»malgré la volonté de Leonore de lui donner le statut d’une personne à part entière. C’est aussi dans sa relation avec la scientifique en charge des recherches pour le compte de Naberius que Frankenstein se découvre une part de sentiments. Cela le rapproche de l’Humanité et lui permet d’affirmer son individualité, d’où le titre «Moi, Frankenstein».


 

Notre héros, toujours enthousiaste lorsqu'il s'agit de casser du démon

Mais I, Frankenstein est avant tout un film d’action musclé qui ne lésine pas sur les combats où s’affrontent violement gargouilles et démons. Ils prennent tous deux des formes humaines pour dissimuler leurs natures respectives mais il n’est pas rare que l’intensité de l’action amène les créatures à revêtir leur apparence monstrueuse. Cela donne lieu à des batailles épiques où les gargouilles s’envolent pour mieux dominer leurs adversaires avant de les anéantir dans des tourbillons de flammes. Les effets spéciaux numériques sont omniprésents et permettent de donner une apparence crédible à cet univers fantastique où monde réel et mythologie religieuse se rencontrent. Le budget confortable de plusieurs dizaines de millions de dollars a permis de donner une ampleur inespérée à la bande dessinée originale dont l’auteur, Kevin Grevioux, joue le rôle du bras droit de Naberius.


Le prince Naberius sur son trône avec l'auteur de la BD à droite

Pour appuyer le message du film construit sur la quête identitaire et spirituelle de la créature de Frankenstein, son apparence a été pensée pour la faire ressembler au maximum à un être humain. On est loin du monstre au crâne difforme qu’interprétait Boris Karloff dans le film de James Whale. Seules les nombreuses balafres qui recouvrent son corps rappellent qu’il est un assemblage fait de morceaux de cadavres. C’est Aaron Eckhart, vu en Double-Face dans The Dark Knight qui incarne la créature, à croire que les rôles de défigurés lui collent à la peau. En prenant les armes pour combattre l’armée de Naberius, Frankenstein est élevé au rang de super-héros chasseur de démons. La réappropriation du personnage original ici replacé dans un récit de guerre opposant le bien et le mal pourra en refroidir plus d’un mais elle a aussi le mérite d’une certaine cohérence narrative et esthétique bien que le tout laisse un arrière-goût de déjà-vu.


Kevin Grevioux en démon

Au final, I, Frankenstein est un divertissement comme il en sort beaucoup, pas mémorable mais de bonne facture. C’est un nanar à gros budget qui ravira les spectateurs avides de films d’action fantastique à la Underworld. S’il n’est pas à recommander aux fans de Frankenstein, le film pourra peut-être combler les nostalgiques de la série animée Gargoyles.


Frankenstein au cœur de l'affrontement

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