Inferno – Critique
Inferno est un film globalement réussi, imparfait mais courageux.
Le cinéma du belge Brandon Gotto a toujours cherché depuis ses débuts à explorer les tourments intérieurs de ses protagonistes, de la relation père-fille de L’enfer n’est pas loin au deuil qui frappe le couple de Gravidam en passant par les sentiments amoureux d’Iris. Même Pandæmonium, son film de possession démoniaque qui a connu un joli succès sur YouTube et sur les plateformes de streaming, se déroulait selon cette logique.
Inferno ne déroge pas à la règle.
Gotto nous propose cette fois ce qui est sans nul doute sa création la plus ambitieuse et la plus sombre à ce jour car inspirée librement des terribles affaires Dutroux et (surtout) Fourniret qui ont secoué la Belgique à la fin des années 90.

Mathilde Cordier, une jeune inspectrice de la brigade criminelle au passé marqué par des abus, est mise à pied suite à une intervention qui dérape. Alors que de jeunes mineures disparaissent, Mathilde, en marge de la loi, va mener sa propre enquête et suivre la piste d'un dénommé François Renard...

Inferno est une œuvre qui s’attaque de front à la noirceur humaine sous toutes ses formes. Inspiré par les crimes monstrueux de Marc Dutroux et Michel Fourniret, le film cherche moins à divertir qu’à confronter le spectateur à l’inacceptable. C’est une démarche ambitieuse, d’autant plus qu’elle s’appuie sur un budget très très modeste, et qui mérite donc d’être saluée, car le résultat final ne transpire ni l’amateurisme ni le manque de moyens.
L’une des grandes réussites du film réside dans son atmosphère et sa capacité à installer des scènes de tension fortes. Dès les premières minutes, on sent une lourdeur poisseuse, une oppression qui colle aux personnages et ne les lâche pas. L’enquête solitaire de Mathilde, suspendue de ses fonctions mais motivée par ses propres démons, est portée par une interprétation crédible de Margaux Colarusso. Face à elle, Michel Angely donne corps avec talent au terrible François Renard, tandis que sa femme passive (mais pas tant que ça) s’anime sous les traits d’une Annick Cornette toute en intériorité.

On sent également une volonté d’authenticité dans le traitement moral. Inferno ne se contente pas de montrer l’horreur, il veut la questionner. Le film rappelle qu’il ne s’agit pas de frissonner pour le plaisir, mais de regarder là où l’on préfère détourner les yeux, dans les bas-fonds des villes sinistrées par le chômage et le manque de repères moraux. À ce titre, il se distingue de certaines productions qui sombrent facilement dans le sensationnalisme. Vous ne verrez ni sang ni viol dans Inferno (ou si peu), Brandon Gotto préférant jouer sur l’efficacité du hors-champ.
Cependant, si Inferno impressionne par certains aspects, surtout pour une production à si petit budget, il n’est pas exempt de faiblesses, principalement au niveau de son écriture. Le scénario souffre en effet de choix discutables. Certains rebondissements semblent forcer le trait, comme cette scène de cannibalisme façon Détour Mortel qui tranche radicalement avec le réalisme cru du reste du film. Cette incursion plus extrême paraît détonner, voire casser l’unité de ton, et on peut légitimement se demander si ce moment sert réellement le propos ou s’il n’est pas plutôt un effet de manche gratuit, d’autant plus que l’histoire n’en fera rien d’autre qu’une scène-choc.

On pourra également pointer du doigt la naïveté dont fait preuve le personnage de Mathilde, laquelle se jette à bras ouverts dans les filets dudit Renard, ainsi qu’une révélation liant Mathilde à ses agresseurs qui ne sert qu’à accentuer le côté monstrueux de ces derniers alors qu’elle aurait pu servir de point-pivot à un basculement psychologique. Dommage. Ces quelques points auraient mérité d’être éclaircis/approfondis.
De la même façon, si le personnage de Mathilde bénéficie d’un traitement solide, certains aspects de son traumatisme ou certains personnages secondaires auraient gagné à être davantage développés pour éviter le cliché (les collègues harceleurs, notamment) et apporter un peu plus de profondeur.

Il n’en reste pas moins qu’Inferno est un film globalement réussi, imparfait mais courageux. Là où il fait mouche, c’est dans la création d’une atmosphère pesante et dans l’interprétation convaincante de ses comédiens. Là où il trébuche, c’est dans sa tendance à sous-développer certains éléments ou, au contraire, à pousser certains effets trop loin, au risque de rompre le fragile pacte de réalisme établi avec le spectateur. Gageons que Brandon Gotto saura éliminer ces dernières scories de son cinéma pour nous proposer une prochaine œuvre inattaquable.



























![28 Ans Plus Tard [4K Ultra HD Boîtier SteelBook limité] 28 Ans Plus Tard [4K Ultra HD Boîtier SteelBook limité]](https://www.horreur.net/sites/default/files/styles/vertical-petit/public/upload/28ansplustard_bduhd.jpg?itok=vn_bkDqH)













































