Voir la fiche complète du film : Inunaki : Le Village oublié (Takashi Shimizu - 2019)

Inunaki - Le village oublié – Critique

Inunaki : Le Village oublié

Un film d’épouvante qui renoue avec le succès des premières réalisations de Takashi Shimizu et des premières heures de la J-Horror. Inunaki – Le Village oublié privilégie une terreur graphique à l’approche psychologique coutumière du genre. Malsain à certains égards, le récit n’est pas sans rappeler les tourments de Forbidden Siren. On regrettera néanmoins une narration brouillonne et éparse qui atténue la qualité de l’ambiance dépeinte.

Publié le 5 Avril 2021 par Dante_1984 · Voir la fiche de Inunaki : Le Village oublié

Avec la saga The Grudge, Takashi Shimizu est et demeure l’une des grandes figures de la J-Horror. Au fil des années, l’engouement est pourtant moindre de la part du public. La faute à des productions opportunistes qui s’enchaînent et se ressemblent, ressassant inévitablement les mêmes enjeux et aboutissants liés à des malédictions d’outre-tombe. Le réalisateur lui-même n’a pas été épargné par cette perte qualitative. Preuve en est avec Réincarnation ou, plus récemment, Vol 7500. Certains de ses films sont également restés inédits dans nos contrées. Aussi, Inunaki ne suscite pas de grandes espérances et est parfaitement conscient du contexte dans lequel il s’immisce.

 

Afin d’instaurer une base d’immersion, et peut-être prendre à contrepied les attentes des spectateurs, l’entame s’avance comme un found-footage. Caméra à l’épaule, les deux protagonistes se lancent sur les traces d’une légende urbaine. À l’aide de plans rapprochés et d’un cadrage aléatoire, on s’insinue dans un endroit glauque et surprenant pour une chasse aux fantômes jugée « traditionnelle » de prime abord. Le tunnel renvoie alors à une sensation d’enfermement presque claustrophobique. Cela tient, entre autres, à l’absence de repères, l’obscurité permanente et cette impression d’être piégé avec cette impasse où se logent des baraquements brinquebalants.

Par la suite, on revient à une mise en scène plus classique. Dans un premier temps, l’histoire instaure le mystère qui entoure cette légende urbaine. La multiplication des points de vue tend à évoquer des liens étroits entre les différents intervenants. L’idée n’est pas de se focaliser sur les manifestations d’un spectre vengeur, mais de comprendre les phénomènes qui concernent la défunte population d’un village entier. Si ce n’est la résurgence d’un passé que l’on souhaite enterrer à jamais, l’approche psychologique s’appuie surtout sur cette folie latente qui guette certains personnages. Leur comportement tient alors à autant d’imprévisibilité que de bestialité.

 

Le traitement se montre donc plus explicite que The Grudge. Certes, la mise en condition reste soignée, mais l’on s’éloigne sensiblement des poncifs de la J-Horror pour se focaliser sur une aura plus malsaine. Si certaines incursions laissent à penser à l’auteur Junji Itō, le contexte et le passé du village évoquent surtout le travail de Keiichiro Toyama sur la saga de jeux horrifiques Forbidden Siren. On songe à ces attaques frontales dans le tunnel où l’on entrevoit tout d’abord des nuées de membres avant de dépeindre des spectres aux gestes incertains, à la silhouette floue, presque évanescente. Sans être saisissants, les assauts figurent quelques frissons bien sentis.

Pourtant, on dénotera des approximations évidentes quant au déroulement des faits et au scénario. L’évocation de différentes théories sous-tend autant d’enjeux qui, associés les uns aux autres, rendent la lecture de plusieurs séquences assez brouillonnes. C’est notamment le cas des victimes assimilées aux habitants du village, de l’hostilité exprimée vis-à-vis de certains intervenants et des réactions contraires pour d’autres. De même, le curieux amalgame temporel lors du dénouement a de quoi décontenancer, tout comme cette explication trop évasive sur l’héritage génétique qui affuble les descendants des villageois d’Inunaki. Le fait de s’y étendre plus que de rigueur atténue la bonne appréciation globale.

 

Au final, Inunaki – Le Village oublié s’avance comme une incursion convaincante dans le domaine de la J-Horror. Sans pour autant s’en affranchir, le film de Takashi Shimizu s’éloigne sensiblement des poncifs qu’il a contribué à instaurer dans le genre pour se focaliser sur une légende urbaine aux relents malsains. En dépit d’une narration confuse qui peine à approfondir une piste plutôt qu’une autre, le métrage se distingue par son atmosphère oppressante et ses manifestations paranormales, tout aussi efficaces que bien amenées. On apprécie également l’exploration du cadre, parfaitement intégré dans son environnement, ainsi que la gestion de la lumière et de la photographie pour magnifier le folklore nippon.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

Autres critiques

Bait 3D

Bait 3D

Il est difficile de se renouveler quand on parle de requins au cinéma sans en faire un film d'horreur moisi. Les productions Asylum sont là pour en attester avec leurs pléthores de films aux squales pixélisés ou ayant subi des mutations dégueulasses. Néanmoins, tous ces films de requins que l'on trouve médiocres ne le seraient peut-être pas si Les Dents de la Mer n'avait pas existé...
La pluie du diable

La pluie du diable

Bien souvent, les productions sur le satanisme sont l’expression de fantasmes issus de l’imaginaire collectif. Des histoires telles que L’exorciste joue de surréalisme pour dépeindre le mal de manière explicite. On ne reviendra pas sur le statut de chef-d’œuvre mérité et incontournable de l’adaptation de William Friedkin. Tout aussi culte, Rosemary’s Baby se...
Boogiepop phantom

Boogiepop phantom

À Tokyo, des étudiants disparaissent mystérieusement dans les rues de la ville. Les bruits de couloir abondent sur le Boogiepop, le dieu de la mort, qui serait responsable desdites disparitions. Si ces quelques lignes résument grosso modo le point de départ de Boogiepop phantom, il sera d'autant plus difficile de poursuivre sur la suite de l'histoire. À cela, une raison particulière : il n'y a...
Tentacules

Tentacules

Ocean Beach est la station balnéaire typique des films américains, c’est-à-dire tranquille et familiale. Mais tout bascule lorsqu’un bébé et un marin disparaissent. Quelques heures plus tard, leurs corps sont retrouvés atrocement mutilés. L’enquête mettra à jour l’existence d’une créature gigantesque et monstrueuse, cachée au fond de l’océan… Il fait...
Lovely Bones

Lovely Bones

La jeune Susie Salmon est assassinée par l’un de ses voisins. Alors que la police enquête et que ses parents se retrouvent désemparés, elle observe la vie s’écoulait sans elle depuis l’entre-deux monde, un endroit à mi-chemin entre la Terre et le Paradis. Le visage de l’innocence même Il aura fallu quatre longues années pour que Peter Jackson revienne derrière la caméra...