Voir la fiche complète du film : L'Echine du Diable (Guillermo Del Toro - 2001)

L'Echine du Diable

Un film d'auteur maîtrisé, plutôt calme, mais distillant une atmosphère intéressante...
Publié le 1 Janvier 2008 par JulienVoir la fiche de L'Echine du Diable
10
Fantôme

1930, dans une Espagne alors en pleine guerre civile, Carlos, une jeune garçon d'une douzaine d'année, est abandonnée dans un orphelinat par son tuteur. La directrice, Carmen, ainsi qu'un professeur, Casares, vont accueillir le jeune Carlos malgré le manque évident de place. Carlos va vite faire la connaissance des autres garçons.
Dès la première nuit, Carlos est le témoin de phénomènes étranges. Il entend la voix d'un enfant soupirer dans la cave de l'orphelinat. Carlos va découvrir que cet enfant n'est autre que le fantôme de Santi, un jeune garçon disparut quelques années plus tôt dans d'étranges circonstances. Avec l'aide de Jaime, un garçon hostile, il va tenter de découvrir la vérité et faire face à Jacinto, le gardien brutal de l'orphelinat...

Un film d'auteur époustouflant

Guillermo Del Toro est décidément un réalisateur singulier. A la vision de ce film, L'Echine du Diable, on a du mal à croire qu'il est aussi le réalisateur du survolté Blade 2 ! Et pourtant...
Sur un scénario somme toute assez classique (un fantôme qui va aider ses anciens camarades à démasquer son meurtrier), Del Toro dresse un tableau terriblement réaliste de l'Espagne des années 30. La guerre civile qui fait rage alors en Espagne est transcendée au sein même de l'orphelinat où les enfants subissent la violence au quotidien. Cette violence, si bien retranscrite à l'écran, est celle-là même que Del Toro a subit quand il était lui-même dans un orphelinat. Film autobiographique ? En tout cas, Del Toro a mis en image ses souvenirs d'enfance douloureux et c'est au travers des yeux du jeune Carlos que nous découvrons la réalité.

Car c'est surtout grâce aux personnages du film, que l'Echine du Diable tire toute sa force évocatrice. Le spectateur découvre en même temps que Carlos, le quotidien de l'orphelinat. Passionné de bandes-dessinées (il évoque même le compte de Monte Cristo, un projet qui tient très à coeur à Del Toro), Carlos va faire découvrir à ses nouveaux camarades sa passion. Jaime, un orphelin un peu plus vieux que les autres, lui aussi passionné de bandes-dessinées, qui, malgré sa froideur, son caractère, cache derrière cette apparence un garçon sensible (il est amoureux en secret de Conchita, une jeune fille travaillant dans l'orphelinat qui n'a d'yeux que pour le beau Jacinto). Ce dernier personnage, Jacinto, représente une véritable figure du mal (cupide, brutal, dénué de toute compassion). Il est celui qui inspire la peur, la crainte, chez les enfants de l'orphelinat. Il est comme tous les personnages "blessé". Il a été abandonné par sa mère. La directrice Carmen a une jambe en moins, le professeur Casares est un vieil homme romantique impuissant, les enfants sont tous pour la plupart orphelins. Tous ces personnages portent leurs blessures secrètes en eux. Tous ces éléments renforcent le sentiment de "réalité" qui se dégage du film après sa première vision.

L'Echine du Diable renferme bien d'autres trésors que ces personnages attachants. Une réalisation soignée, des effets spéciaux discrets mais terriblement efficaces (Santi le fantôme a un design remarquable et très original), des sous-intrigues intéressantes ainsi qu'une ambiance sublime... Tout concourt dans ce film pour le rendre indispensable à tout passionné de films fantastiques. Et fantastique, ce film l'est assurément !

Je n'en dirais pas plus sur ce film. Ce serait gâché tout le plaisir procuré par la vision de ce film, véritable chef d'œuvre du cinéma fantastique de ces dernières années.

A noter que ce film a obtenu deux prix au Festival de Gérardmer 2002 : le Prix du Jury et le Prix de la Critique Internationale. Deux prix amplement mérités pour cette petite perle du cinéma fantastique qui témoigne de la vitalité du cinéma fantastique en Espagne ! Pourvu que ça dure !

Autres critiques

Une nuit en enfer
Longtemps dénigrées par le monde du cinéma, les séries sont parvenues à un statut de reconnaissance telle que des acteurs et réalisateurs de renoms n’ont pas hésité à franchir le pas du petit écran. David Fincher pour House of cards , Woody Harrelson et Matthew McConaughey pour True detective … Les exemples ne manquent pas. Intarissables explorateurs de l’entourloupe, les producteurs se sont...
The Pact
Les fantômes et les maisons hantées sont un thème récurrent dans le domaine du cinéma horrifique. Depuis 1906, avec la venue du premier film de maison hantée, qui se nomme sobrement La Maison Hantée, film muet franco-espagnol de 6 minutes, les entités ectoplasmiques ont toujours fasciné et effrayé. Utilisé à toutes les sauces et sur tous les continents, le fantôme constitue une peur de ce qui n...
Blood Snow
Blood Snow ... Quel titre d'une banalité affligeante alors que le Necrosis originel a tout de même une autre gueule. Vous me direz que ça ne change rien au contenu du film (et vous aurez raison) mais il n'empêche que cette manie de remplacer les titres anglophones par d'autres également en Anglais afin d'assurer l'exploitation en France est agaçante. Bref, après ce petit coup de gueule salvateur...
Amityville
Si les remakes ont toujours fait partie du modèle hollywoodien, les années 2000 ont connu un recyclage effréné de productions emblématiques. Après le succès mérité du Massacre à la tronçonneuse de Marcus Nispel, le cinéma de genre a particulièrement été impacté. Bien que sa notoriété soit restée dans les mémoires pour les affaires DeFeo et Lutz, le cas Amityville a été progressivement dénaturé au...
Berberian Sound Studio
Monteur de documentaires réputé, Gilderoy (Toby Jones) débarque en Italie pour finaliser le montage sonore du dernier film fantastique de Giancarlo Santini. Dès son arrivée, cet anglais timide ne se sent pas à son aise face à ses interlocuteurs et vis à vis du film sur lequel il va devoir travailler, évocation d'un procès de sorcières. Dans une interview, le réalisateur Peter Strickland affirmait...