Voir la fiche complète du film : La Nuit de Tous les Mystères (William Castle - 1959)

La nuit de tous les mystères

Un bijou d’atmosphère qui, au travers d’un scénario abouti et subtil, n’a rien perdu de son aura au fil des décennies. Un classique du film de maison hantée qui emprunte quelques éléments à l’œuvre d’Agatha Christie pour ajouter aux frissons, un suspense de rigueur.
Publié le 26 Mars 2017 par Dante_1984Voir la fiche de La Nuit de Tous les Mystères
8
Fantôme

Bien connu pour sa prolifique carrière émaillée de séries B horrifiques aux qualités inégales, William Castle signe avec La nuit de tous les mystères un fleuron du film d’épouvante. Encore peu démocratisée à la fin des années1950, la thématique de la maison hantée pose ici les bases et les ficelles dont s’inspireront en partie d’autres cinéastes. Le statut de précurseur revient néanmoins à des productions avant-gardistes plus anciennes, notamment La maison de la mort ou même The Bat. Pour autant, le film de William Castle a fait date pour de nombreuses raisons, notamment pour son scénario intelligent qui concilie les genres dans un huis clos qui n’a rien perdu de son attrait.

Un hôte de marque

Entame étonnante, la présentation des protagonistes s’adresse directement aux spectateurs avec cris, voix off et visages détachés dans l’obscurité à l’appui. On connaît la propension de William Castle pour manipuler l’expérience cinématographique afin de mieux interagir avec son public. On commence donc par un aperçu des différents intervenants. Ce point de vue subjectif nous convie à titre personnel, comme si l’on faisait partie intégrante du groupe. À la manière des discours enjôleurs des fêtes foraines et autres foires, c’est une mise en bouche désuète et toutefois faite de promesses et de frissons au regard des événements qui s’ensuivront.

Un rien surannée, l’approche n’en demeure pas moins singulière pour se plonger dans une histoire de fantômes qui n’en est pas vraiment une. Au premier abord, l’intrigue propose une vision traditionnelle de la maison hantée. Le contexte, le cadre et la réalisation concourent à placer les protagonistes dans une atmosphère particulière. Le passé des lieux, le témoignage d’un des invités et l’excentricité des hôtes vont en ce sens. Cela suscite un décalage entre la réalité (pour chacun d’entre eux, les motivations se résument à un mercantilisme de bas étage) et la suggestion du paranormal. Ce dernier se manifeste par des apparitions, des portes qui claquent et une menace omnipotente qui plane sur chacune des têtes présentes, semblable à une épée de Damoclès.

Ca jette un flou !

À ce titre, la gestion de l’espace offre un huis clos particulièrement réussi et oppressant. Le faste de la décoration et la taille exubérante de certaines pièces précèdent à des endroits étroits, sombres et humides tels que la cave dont la symbolique se hisse au-delà du simple isolement. Les couloirs, eux, dégagent un sentiment de claustrophobie particulièrement prégnant. Dans cette succession d’impressions contradictoires, les protagonistes évoluent en ces murs sans jamais parvenir à s’affranchir de l’inéluctabilité de leur sort. À la perte de repères constante s’ajoute le contraste. Contraste entre un intérieur rétro et une architecture moderne. Contraste des personnalités qui se heurtent.

Or, si cet aspect remplit son office et fait depuis, figure de classique, il n’est qu’une facette d’une histoire bien plus complexe et subtile qu’escomptée. Les non-dits et les faux-semblants sont prétextes à un jeu de manipulations que ne renierait pas Agatha Christie. La contrainte temporelle, le huis clos et, bien entendu, la véritable teneur de cette équipée nocturne développent un suspense plutôt inattendu en de telles circonstances. Sur la forme, la séquence finale a mal vieilli. La faute à une apparition presque grotesque. Pour autant, l’intention dissimulée derrière les actes et les propos n’a rien perdu de sa force. Elle encourage même à redécouvrir l’histoire pour en saisir toute la finesse.

Ca lui pendait au nez...

Au final, La nuit de tous les mystères est sans doute le film le plus populaire de son géniteur. Soutenu par le charismatique Vincent Price, ce huis clos qu’on pourrait qualifier de Dix petits nègres façon ghost-story, profite d’une atmosphère efficace et, surtout, d’une intrigue surprenante; mettant à mal les relations conjugales par la vénalité des uns, la possessivité des autres. Malgré sa faible durée (l’épilogue aurait gagné à être moins précipité) et quelques aspects vieillissants dans les «apparitions spectrales», le film de William Castle demeure un classique intemporel.

N.B. Si la version noir et blanc confère un cachet unique au film, sa version colorisée a bénéficié d’un excellent travail de restauration pour restituer les couleurs d’antan sans paraître artificielle ou grossière.

 

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

The Hills run red
Un slasher/survival en milieu forestier, ça vous dit? Comment ça, non? Mais si allez, je vous promets que celui-ci vaut le détour. Tout d'abord, sachez que le film jouit d'une très bonne réputation grâce à un buzz sur le net et à quelques apparitions réussies en festival. Ce Direct-to-dvd produit par Dark Castle et distribué par la Warner permet au réalisateur Dave Parker ( Les Morts...
La Maison de la Mort
Suite à un violent orage qui menace d'engloutir leur véhicule, un couple et leur ami trouvent refuge dans une étrange maison, perdue en pleine campagne. Rejoints par deux autres voyageurs, ils vont être confrontés à de terribles événements. Révélé un an plus tôt par son premier Frankenstein , le réalisateur James Whale retrouve Boris Karloff dans un nouveau film d'épouvante. Cependant, le lien...
Scary Movie 4
On prend les mêmes que le 3 et on recommence (encore!). Alors que le premier épisode parodiait intelligemment des classiques du slasher, la série des Scary movie s'est depuis enfoncée dans le détournement frénétique des blockbusters ayant récemment bien fonctionnés au box-office. Et la seule chose qui la différencie encore de navets comme Big Movie , Spartatouille ou autre ânerie du genre, ce...
Yéti : Le géant d'un autre monde
Les années 1970 sont particulièrement friandes des créatures mythiques qui ornent le tableau de chasse fantasmé des cryptozoologues. Le sasquatch, le bigfoot ou même l’abominable homme des neiges ont eu droit à quelques métrages plus ou moins dispensables. C’est notamment le cas de Sasquatch, the Legend of Bigfoot , Snowbeast ou encore Screams of a Winter Night . Il est en revanche un...
Stripped Naked
Lorsque Cassie danseuse exotique tombe sur une transaction de drogue qui tourne mal : elle vole l'argent et la drogue pensant qu'elle a maintenant les fonds nécessaires pour réaliser son rêve et aller reconstruire une nouvelle vie à Paris. Mais attendre trois jours pour obtenir son passeport s'avère plus difficile qu’elle le pensait quand tout le monde qu'elle connaît : son...