Voir la fiche complète du film : La Stratégie Ender (Gavin Hood - 2013)

La Stratégie Ender

Une adaptation correcte du roman d'Orson Scott Card.
Publié le 18 Mai 2014 par GeoffreyVoir la fiche de La Stratégie Ender
8
Extra-Terrestre

Adapté du formidable roman d'Orson Scott Card, la Stratégie Ender narre la trajectoire peu commune d'un apprenti soldat malmené par ses camarades : le jeune et surdoué Ender Wiggin, considéré comme une mauviette à cause de sa frêle constitution alors qu'il a, en réalité, du mal à refréner ses accès de violence.
On pouvait craindre qu'une telle histoire, passée à la moulinette bien-pensante d'Hollywood, soit quelque peu vidée de sa substance, mais même si Gavin Hood a dû faire de nombreuses coupes pour que le premier tome tienne en deux heures, dans l'ensemble, le script a été rédigé avec respect vis-à-vis du matériau d'origine.

Cela étant, on ne pourra tout de même que regretter un certain manque de profondeur en ce qui concerne les personnages secondaires et l'influence qu'ils exercent sur Ender. Ses relations avec sa famille ont ainsi été réduites au strict minimum. Un choix compréhensible pour des raisons de durée, mais qui simplifie un récit dont la complexité psychologique était justement le point fort. De fait, on se retrouve au final avec un canevas classique (un marginal est propulsé sauveur du monde) dont l'originalité repose sur le fait que le héros est cette fois censé mener une guerre "préventive", c'est-à-dire que l'humanité se retrouve dans la position de l'agresseur.

Mine de rien, ça change pas mal de choses.

Publié en 1985, le premier tome du Cycle d'Ender (qui en compte quatre) possède de nombreux points communs avec Étoiles, garde-à-vous !, le roman de Robert A. Heinlein dont Paul Verhoeven s’est inspiré pour son excellent Starship Troopers.
Malheureusement, Gavin Hood n'a pas le talent du Hollandais violent. Du coup, sa Stratégie Ender ne soutient à aucun moment la comparaison avec Starship Troopers, que ce soit au niveau de l'intelligence du scénario ou de l'intensité visuelle.
Reste néanmoins un spectacle tout à fait appréciable et plusieurs séquences bien troussées qui valent le détour.

Au rayon des points forts, on notera des effets spéciaux très réussis, un combat final prenant et de jeunes acteurs en pleine possession de leurs moyens.

Du côté des défauts, outre les décors (j'y reviendrai), ce sont surtout les stratégies employées par Ender qui déçoivent. Personnellement, je n'ai pas eu l'impression qu'elles requéraient une intelligence supérieure à la normale pour être mises en oeuvre. Du coup, les adultes qui s'extasient devant le "génie" d'Ender passent parfois pour des imbéciles. Déjà que les pauvres Harrison Ford et Ben Kingsley ne sont pas gâtés par des personnages indignes de leurs qualités d'acteurs...

Heureusement, le jeune casting s'en tire bien mieux grâce à des rôles mieux écrits, Asa Butterfield en tête. Le garçon que l'on avait déjà pu apprécier dans Hugo Cabret livre une prestation très correcte et son charisme magnétique joue clairement en sa faveur, mais il convient de noter que son interprétation d'Ender manque parfois un peu de nuances. Il réussit cependant l'exploit de porter le film sur ses épaules.
A ses côtés, Abigail Breslin, fait le boulot, ainsi que l'excellent Moises Arias en antagoniste de choix. Je ne citerai pas l'ensemble du cast, mais sachez qu'aucun des jeunes acteurs ne dépareille dans le lot.

Un autre défaut, surprenant celui-là, ce sont les décors intérieurs qui tranchent avec les superbes extérieurs et paraissent parfois étrangement cheaps. Difficile de dire à qui revient la faute (Gavin Hood ? Le décorateur ? Le concepteur graphique ?), mais le résultat est là : on a de temps en temps l'impression d'être devant une série du style Cosmos 1999 ou les vieux Star Trek. Certes, cela peut conférer un certain charme rétro à l'ensemble, mais dans une production de cette importance, cela ne manque pas d'étonner, surtout, je le répète, que les effets spéciaux sont impeccables.

J'ai l'air de descendre le film, mais en réalité ses défauts sont grandement compensés par ses qualités. Il est juste regrettable qu'avec un tel matériau de base, La Stratégie Ender de Gavin Hood ne soit "que" un bon film. On rêve de ce qu'un cinéaste de la trempe de Verhoeven aurait pu en faire.
Cela étant, vous pouvez l'ajouter sans problème à votre liste des films de SF à voir.

A propos de l'auteur : Geoffrey
Portrait de Geoffrey

Comme d'autres (notamment Max et Dante_1984), je venais régulièrement sur Horreur.net en tant que lecteur, et après avoir envoyé quelques critiques à Laurent, le webmaster, j'ai pu intégrer le staff début 2006. Depuis, mes fonctions ont peu à peu pris de l'ampleur.

Autres critiques

Carver
**Attention, cette critique contient des spoilers** Deux frères rejoignent un couple d'amis pour un week-end à la campagne avant de reprendre les cours à l'université. En chemin, ils font la connaissance d'un barman qui leur propose de nettoyer sa grange en échange de quelques consommations gratuites le soir même. Ils acceptent, et découvrent sur place des films d'horreur qu'...
Big Legend
Qu’il s’agisse du sasquatch ou du bigfoot, la créature des bois fait les jours heureux des cryptozoologues et des séries B, souvent officiant dans le survival animalier. Depuis les années1970 et le surestimé The Legend of Boggy Creek , elle est l’objet d’une surexploitation cinématographique qui a donné peu d’incursions notables. Cela sans compter les tentatives peu...
Sin Ciy 2
A Sin City, les années passent, mais rien ne change. Cependant, l'heure de la revanche a sonné pour Nancy, Dwight et Johnny. En 2005, Sin City révolutionnait le Septième Art avec des graphismes bluffants restituant à merveille les comics de Frank Miller. Près de dix ans plus tard, sa suite se frayait enfin un chemin jusqu'aux salles obscures. Les fans de Sin City attendaient avec impatience ce...
Train
Le Torture-Porn c'est un peu comme le slasher : en général les scénarios sont bidons et uniquement prétextes à nous présenter un enchaînement de scènes-chocs. Quand c'est bien fait ça nous donne Hostel ou Saw 3 (ce dernier étant également le summum du scénario-prétexte au service de la violence graphique) mais pour ces rares réussites, combien d'erzatzs mal foutus avons-nous vus...
L'emprise des ténèbres
La réputation de Wes Craven s’est forgée au cours des années 1970 et 1980, notamment grâce à La colline a des yeux , mais surtout avec Les griffes de la nuit . Entre temps, le réalisateur propose également des téléfilms plus ou moins anecdotiques, comme Invitation en enfer et L’été de la peur . Aussi, on ne peut que saluer ses efforts pour avoir transcendé le genre horrifique sur...
La Stratégie Ender
Réalisateur:
Sortie France:
Durée:
7.5
Moyenne : 7.5 (4 votes)

Thématiques