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Le Lorax – Critique

Le Lorax

Une fable moralisatrice qui divertira les plus petits (comprenez, les moins de dix ans et encore), tandis que les autres s'ennuieront devant une succession de péripéties éculées et un message écologique puéril et niais. Un film d'animation parfois caricatural, mais surtout prévisible et pesant.

Publié le 6 Mai 2013 par Dante_1984 · Voir la fiche de Le Lorax

À Thneedville, tout est artificiel, même l'air ! Les arbres et la nature n'existent plus ; ce qui ne semble nullement gêner ses habitants. Ted, un ado comme les autres, se met en tête de trouver un arbre pour conquérir le coeur de la belle Audrey. Pour cela, il va devoir se rendre hors de la ville et rencontrer un bien curieux personnage : le gash-pilleur.

Le Lorax. Derrière cette appellation saugrenue se cache une créature au pelage orangé et à la moustache fournie. Il s'agit également d'une (très) courte histoire du Dr Seuss. Après les adaptations live du Grinch (moyen, voire médiocre) et celle du Chat chapeauté (pathétique), il semblait que l'imaginaire fantasmagorique du Dr Seuss soit voué à s'épanouir à travers la littérature et non au septième art. Pourtant, il est un domaine où ses récits étaient capables d'exploiter leur plein potentiel : le film d'animation. Horton en 2008 montre une certaine maîtrise dans la technique et éblouis les petits devant un moment de pur divertissement. Quatre années s'écoulent et le Lorax arrive sur grand écran et pas dans un costume d'acteurs ridicule...


Ouvre grand les yeux.

C'est en compagnie des habitants de Thneedville qui poussent la chansonnette que l'on découvre le métrage. Le visuel est criard et s'appuie sur une palette de couleurs vives. Dès lors, on comprend que Le Lorax flatte les pupilles des petites têtes blondes qui s'accaparent votre salon. En dépit de cela, les images de synthèse (les studios qui ont produit Moi, moche et méchant) ne sont pas d'une esthétique évidente. Les traits des protagonistes sont simplistes et rudimentaires, la ville est une succession de ruelles occupées par une architecture bigarrée et factice (qui sert le propos du film). On sent la fantasmagorie et l'invraisemblable derrière les graphismes, mais la technique n'est pas époustouflante.

Quant aux personnages, ils s'avèrent d'une banalité assez effarante. Certes, les physiques sont suffisamment dissemblables les uns des autres (le minuscule homme d'affaires, la grand-mère ou l'ermite), mais ils font clairement tache face à des arrière-plans où se mêlent des arbres au feuillage ébouriffé (ils évoquent une barbe à papa échevelée), une faune attendrissante et variée (les barbalous, les poissounets...), sans oublier Thneedville où tout fleure bon le faux, le plastique et le « pas frais ». Inutile de citer le duo de tête, Ted et Audrey, de merveilleux stéréotypes à l'allure très calibrée (l'ado lambda amoureux de la belle plante de son voisinage).


Une asperge au milieu d'une forêt de barbe à papa. Il ne manque plus que les marshmallows.

Le constat est identique pour leur caractère. Des caricatures ambulantes poussées à leur paroxysme sans souci de crédibilité au bon déroulement du récit. Les motivations divergent, mais s'avèrent très sommaires et prévisibles. La conservation des acquis, l'amour, le bien-être des citoyens... L'ensemble demeure naïf et niais à plus d'un titre et l'on ne se plaît guère à poursuivre l'aventure si ce n'est pour sa bestiole poilue et son ambiance bon-enfant. Cela nous amène au message porteur : l'écologie.

En effet, derrière les artifices de pacotilles qui jonchent le scénario, on nous dessert une leçon de savoir-vivre et de savoir-être aux relents moralisateurs. « Il faut prendre soin de la nature » « Économisons nos ressources » « Vivez en harmonie avec les autres » En soi, ce n'est pas gênant. On pourrait même saluer le souhait d'interpeller les générations en devenir sur l'état de notre planète. Toutefois, le ton employé est à la fois hautain (on a l'impression qu'une seule partie de la population doit faire des efforts, tandis que les autres - l'élite - se complaisent dans l'opulence, l'égoïsme et l'ignorance) et infantile.


Couper un arbre, c'est mal. Vilain !

Oui, le message s'adresse aux plus jeunes, mais résumer les problèmes que nous rencontrons à de menus contretemps qui peuvent être endigué de par la simple volonté des petites gens se veut confondante de naïveté. On dénigrera également une seconde moitié qui se fourvoie complètement dans un vain espoir et un final à la limite du puéril. Sans révéler les aboutissants, les subterfuges pour dévoiler les retournements de situations sont risibles et sans fondement. En d'autres termes, les intentions sont louables. Le résultat pour les exposer l'est beaucoup moins.

En ce qui concerne la fidélité à l'oeuvre originale, les inconditionnels du Dr Seuss risquent de tomber de haut. Étant donné la brièveté de l'histoire, les scénaristes se sont amusés à « gonfler » ce monde de séquences plus ou moins dispensables. Pour ne citer qu'un exemple, la place allouée aux flash-back réguliers du gash-pilleur a été créée pour les besoins du métrage. D'ailleurs, ce sera les rares occasions de voir le Lorax en pleine action. Un comble pour un film qui porte son nom ! Mis à part ces passages, la créature n'apparaît qu'un court instant lors du final.


Mec, c'est quoi ça ?

Dommage, surtout lorsque l'on s’amuse de ses réactions caractérielles face à la bêtise humaine et sa nonchalance naturelle. À ce titre, Le lorax tente de multiplier les gags et autres humours de bas étage sans jamais toucher le spectateur. Certes, les plus petits trouveront leur compte (et c'est bien là l'essentiel), mais les plus de dix ans auront du mal à se dérider devant la succession de clichés et d'astuces éculées qui défilent à l'écran. Un tour de magie est toujours plus intrigant et divertissant lorsqu'on ne le connaît pas.

Bref, Le lorax contentera un jeune public. Derrière un univers coloré, bigarré et complètement absurde, on dénotera une animation sommaire, un visuel criard et néanmoins peu enthousiasmant. Au-delà de ce constat purement technique, on pestera face à des personnages d'un classicisme presque navrant et surtout devant une morale louable bien que maladroite dans son agencement. Prévisible, naïf et paradoxalement creux (le message est tellement prégnant et évident au sein de l'intrigue qu'il en devient presque nul), le Lorax peut attendrir, divertir, mais ce sont là ses seules qualités. Qui plus est, le petit moustachu caractériel ne fait que de trop rares incursions pour prétendre à toucher le spectateur. Maladroit et réducteur.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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