Voir la fiche complète du film : Le Silence des Ombres (Måns Mårlind, Björn Stein - 2010)

Le Silence des Ombres

Le silence des ombres offre deux niveaux d’analyse. Au premier coup d’œil, sans approfondir notre réflexion sur ce qu’impliquent les tenants et aboutissants du récit, on y décèle un thriller fantastique qui dispose d’une première heure maîtrisée où le suspense est au service de l’histoire pour notre plus grand bonheur. Toutefois, le second niveau d’analyse, qui prend toute son ampleur sur la dernière demi-heure, revêt des aspects bien moins glorieux pour le résultat final. Des propos dogmatiques radicaux qui suintent la suffisance. On déplore pareil traitement qui, sans ces maladresses évidentes, auraient pu donner lieu à un thriller intrigant et original compte tenu d’une entame prometteuse.
Publié le 26 Février 2011 par Dante_1984Voir la fiche de Le Silence des Ombres
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Cara, une brillante psychiatre qui possède une prédilection pour analyser les personnalités multiples, se voit confier par son père un cas des plus étonnants. David est assailli par les identités d'individus censés être assassinés il y a de cela de nombreuses années. Devant l’unique opportunité qui se présente à elle, Cara enquête sur David ainsi que son passé.

Mans Marlind et son acolyte Bjorn Stein réalisent avec Le silence des ombres leur premier film au pays du hamburger, délaissant au passage la froideur hivernale de la Suède. Pour ce projet, ce n’est autre que Michael Cooney, scénariste du génialissime Identity et du tout aussi cérébral Memories, qui s'occupe de la rédaction du récit. Nul doute qu’avec pareil bagage derrière lui, un nouveau scénario signé de son nom ne peut qu’attiser une impatience non feinte de notre part. En attendant, le quatrième volet d’Underworld pour 2012 (si tout se passe bien), le duo de réalisateur nous offrent alors un thriller fantastique à l’histoire intrigante.


Cara, brillante psychiatre au centre de toutes les attentions...

D’emblée, on met l’accent sur les troubles schizophréniques latents et l’incrédulité de Cara face à leur véracité. Profondément ancrée dans une démarche stricte et pragmatique, la psychiatre ne laisse place à aucune discussion en ce qui concerne des manipulateurs habiles, mais pleinement conscients de la gravité de leurs actes. En cela, l’on se dit que le thème principal du film ne réside pas dans les troubles de la personnalité multiple, mais sur la religion et la spiritualité. Quelle que soit la forme qu’elle puisse revêtir, la croyance est le vecteur fondamental de la vie et, a fortiori, le moteur de ladite histoire.


Un film qui embrume les esprits.

Une démarche qui n’est en rien gênante si ce n’est sur la tournure qu’elle prend au fil de l’avancement et plus encore lors du dénouement. Au lieu de conserver une certaine objectivité sur une thématique sujette à polémique (tout ce qui a trait à la religion se révèle très délicat à aborder avec un tant soit peu de recul), les deux cinéastes (et le scénariste ?) prennent parti pour une foi aveugle et irréfutable dans le catholicisme et ses préceptes. Comment parviennent-ils à cet état d’esprit qui jonche le film ? Tout simplement en rejetant toute forme de croyances « païennes » et, plus encore, les athées. Ils sont les seuls détenteurs de la vérité, tandis que les autres demeurent dans le mensonge.


Regarde-moi dans les yeux. Je te dirais qui tu es... ou pas !

De fait, le thriller qui tend plus en amont vers le fantastique possède un arrière-goût amer qui passe mal. Il aurait été très facile de conserver de la distance sur ce message qui suscitera moult controverses pour se concentrer davantage sur le scénario et les personnages. Au lieu de cela, le dernier quart d’heure prend des allures de sermon hautement improbables où la seule voix d’un prêche digne de l’inquisition envahit le film. En d’autres termes : « Convertissez-vous ou soyez damnés pour l’éternité. » Ce genre de procédé se veut des plus discutables sur la forme, mais également sur ce qu’il désire faire véhiculer au public. On pourrait interpréter leurs paroles comme une manière de mettre en avant notre libre arbitre, mais que si nous avons le malheur de faire le mauvais choix, il n’y aura point de salut pour notre âme.


David, Adam ou Wesley ?

Si l’on essaye de se départir de ce constat pour le moins affligeant et acerbe, on peut déceler dans Le silence des ombres un thriller plutôt classique de par des implications somme toute prévisibles, mais qui ménage un suspense suffisamment bien entretenu pour tenir en haleine le spectateur. Cependant, ne cherchons pas ici un scénario complexe et fascinant à la Identity. En effet, malgré une bonne entame, le récit s'enlise petit à petit vers des explications parfois discutables, parfois incertaines, voire douteuses. À défaut de pouvoir justifier le nœud de l’intrigue sur un plan rationnel, Le silence des ombres sombre dans le fantastique. En soi, ce n’est en rien préjudiciable, si l’on ne revenait pas à cette dérive (car il s’agit bien de cela) à l’idéologie puérile et impérieuse.


Charmant comité d’accueil.

Il en découle des moments qui passent du sympathique au grotesque où le simple fait de constater que le scénario parte en roue libre finit d’achever nos espoirs pour déceler en ce film le digne successeur d’Identity. Bien qu'il n’y ait aucun rapport entre les deux, on ne peut que regretter ce changement de registre pour Michael Cooney qui semble avoir rédigé son histoire à la va-vite sans prendre la peine de s’y impliquer ou de faire une relecture approfondie de son script. J’émets encore des doutes sur sa réelle volonté à condamner les incroyants pour en faire le bouc émissaire de son scénario, mais c’est ce qui s’en dégage principalement. Cela proviendrait-il des cinéastes ? La question demeure.


Le début des explications ? Pas vraiment.

En dehors de cela, on retrouve un Jonathan Rhys Meyer au sommet de son art qui enchaîne les performances à tour de bras en changeant constamment de personnalité. Le gentil gars timide, le rebelle rockeur, l’arrogant suffisant ou par la suite d’autres identités (je n'en citerai pas d’autres pour éviter de spoiler) qui finissent de convaincre qu’il était fait pour ce rôle ambivalent aux multiples facettes. Pour lui donner la réplique, on découvre une Julianne Moore égale à elle-même. C’est-à-dire impliquée sans en faire de trop pour crédibiliser son personnage. Les acteurs secondaires se révèlent assez intéressants, bien que sous-développés si l’on creuse la personnalité de chacun.


Un seul endroit pour éviter la damnation.

Bref, Le silence des ombres pâtit d’une réflexion trop acerbe et radicale sur la liberté de chacun à se forger sa propre conception de la vie. Le libre-arbitre certes, mais qui ne sert strictement à rien si vous osez braver les interdits et faire le mauvais choix. Dans ce cas, quelle est notre marge d’erreur ? Pis, sommes-nous véritablement libres de nos pensées et de nos actes ? En se confortant à la vision du film, nul doute qu’une bonne partie de l’humanité a déjà une place de réservée en enfer. Un final qui finit de plomber une ambiance réussit, ainsi qu’une réalisation somme toute acceptable. À découvrir simplement si vous êtes un fervent croyant ravi de voir les pauvres hères que nous sommes sombrés dans les flammes de l’enfer ou que vous préférez occulter ce qui fait l'essence même d’un film : les réflexions qui en découlent.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

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