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Les Démons du Maïs – Critique

Les Démons du Maïs

Ni chef-d’œuvre, ni nanar, Children of the Corn demeure une œuvre charnière, à savoir l’un des premiers films à oser fusionner horreur religieuse et critique du puritanisme américain.

Publié le 21 Octobre 2025 par Geoffrey · Voir la fiche de Les Démons du Maïs

Avant de devenir une saga à rallonge culminant à onze films dont deux reboots oubliables (et joie, les trois premiers viennent de ressortir en coffret blu-ray chez Rimini Editions), Children of the Corn fut une courte nouvelle écrite à la fin des années 70 par un Stephen King en devenir. Publiée en 1977 dans le magazine érotique Penthouse (eh oui), l’histoire de ce couple perdu dans les champs du Nebraska annonçait déjà le mélange de drame conjugal et d’horreur surnaturelle qui ferait bientôt la marque de fabrique de l’écrivain.

Isaac qui remarque que tu n'as pas encore le coffret trilogie de chez Rimini Editions

Fraîchement mariés, Burton et Vicky partent s’installer dans le Nebraska, espérant y commencer une nouvelle vie paisible, loin de la frénésie urbaine. Mais les routes se ressemblent, et ils finissent par se perdre. Après des heures d’errance, le couple heurte un jeune garçon qui surgit d’un champ. En voulant signaler l’accident, ils se retrouvent dans la petite ville de Gatlin, bourgade figée dans le temps et visiblement déserte.

Rapidement, ils comprennent qu’elle est habitée par des enfants fanatisés, vivant sous les ordres d’un prophète au service d’une entité qu’ils nomment « Celui qui règne sur les sillons ». Et sa loi n’a rien de clément envers les adultes…

Avant de devenir long métrage, l’histoire fit l’objet d’un court-métrage confidentiel, Disciples of the Crow (1983), fidèle à la nouvelle, mais juridiquement bancal, au point d’être retiré des circuits VHS pour problèmes de droits. Cette même année, la New World Pictures acquiert les droits et confie le bébé à un jeune producteur de 26 ans, Donald P. Borchers. Tout le monde ou presque est débutant sur le projet, notamment le réalisateur Fritz Kiersch qui sort de la publicité et le jeune scénariste George Goldsmith, lequel réécrit le script de King en éliminant les 35 pages de disputes conjugales qui ouvraient le script rédigé par l'écrivain.

Le tournage s’effectue dans l’Iowa dans des conditions dantesques puisque les températures varient de 35° le jour à 5° la nuit, et le maïs jaunit si vite que la colorimétrie change d’une scène à l’autre.

Malgré ces difficultés, le film prend forme. Son budget, estimé entre 800 000 $ et 3 millions, permet de créer quelques effets spéciaux modestes, mais efficaces, et un cadre visuel singulier nimbé d’une chaleur étouffante, d’une lumière dorée et de champs à perte de vue.

Mais si Les Démons du Maïs est une modeste réussite dans son genre, elle le doit surtout à ses deux antagonistes. John Franklin, 25 ans au moment du tournage, incarne le prophète Isaac avec une autorité glaçante, tandis que sa petite taille (1,52 m) due à un déficit hormonal et son visage impassible lui confèrent une présence quasi biblique. À ses côtés, Courtney Gains, 18 ans, livre en Malachai une performance d’une intensité rare. Sa tignasse flamboyante, son regard halluciné et son rictus carnassier en font l’un des méchants les plus marquants du cinéma d’horreur d’exploitation des années 80. À eux deux, ils portent littéralement le film sur leurs épaules, reléguant les adultes au second plan.

En effet, face au duo terrible, Peter Horton, transparent en mari dépassé, et Linda Hamilton, tout juste avant Terminator, peinent à exister de manière convaincante. Ironie du sort, le personnage de cette dernière s’attarde sur une fillette prénommée Sarah à qui elle confie : « C’est un très joli prénom ». Cinq mois plus tard, James Cameron la transformera en l’une des Sarah les plus iconiques du cinéma.

Malgré une mise en scène hésitante (mais globalement de bonne facture) et un rythme parfois alangui, Kiersch parvient à créer une atmosphère poisseuse et inquiétante, renforcée par la superbe partition de Jonathan Elias, toute en chœurs d’enfants et nappes inquiétantes. Le film échoue cependant à reproduire la noirceur de la nouvelle, notamment dans son final trop démonstratif et mal truqué, d’autant plus à contresens qu’il se termine en happy end, contrairement au texte originel qui se clôturait dans un pessimisme absolu avec Vicky crucifiée et Burt englouti dans le maïs par une divinité païenne.

Malgré tout, le succès est au rendez-vous car le film de Fritz Kiersch rapporte près de 15 millions de dollars de recettes pour un investissement modeste, et donne naissance à une franchise inattendue puisqu’à partir de 1992, les suites vont proliférer sous la houlette de Dimension Films, adoptant le même modèle économique que Hellraiser : budgets réduits, tournages rapides, titres multiples… et qualité en chute libre.

Côté support, Les Démons du Maïs a connu une carrière vidéo aussi tortueuse que ses routes du Nebraska. Sorti en France sous divers titres (Horror Kid, Horror Kids, Les Enfants de l’Horreur), il faut attendre les années 2000 pour voir apparaître des éditions DVD correctes et 2025 pour que les trois premiers volets de la saga voient enfin le jour en blu-ray grâce à Rimini Editions qui a eu la bonne idée de les ressortir dans un coffret de très bonne facture.

Ni chef-d’œuvre, ni nanar, Children of the Corn demeure une œuvre charnière, à savoir l’un des premiers films à oser fusionner horreur religieuse et critique du puritanisme américain. Derrière ses faux raccords, ses acteurs inégaux et ses effets d’époque se cache une idée redoutable : la peur d’une jeunesse qui, livrée à elle-même, rejette l’ordre établi pour réinventer une société basée sur d’autres règles. Un thème toujours d’actualité, et qui justifie, encore aujourd’hui, que l’on se perde volontiers à nouveau dans les champs du Nebraska.

Geoffrey
À propos de l’auteur : Geoffrey

Comme d'autres (notamment Max et Dante_1984), je venais régulièrement sur Horreur.net en tant que lecteur, et après avoir envoyé quelques critiques à Laurent, le webmaster, j'ai pu intégrer le staff début 2006. Depuis, mes fonctions ont peu à peu pris de l'ampleur.

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