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Les Sévices de Dracula – Critique

Les Sévices de Dracula

Deux jumelles orphelines quittent Venise pour rejoindre leur oncle dans une petite ville d'Europe de l'Est en proie à la terreur. Racé et rythmé, Twins of Evil sait conserver les points forts de ces mythiques prédécesseurs, tout en embrassant la nouvelle vague érotico-fantastique de son époque.

Publié le 27 Février 2014 par GORE MANIAC · Voir la fiche de Les Sévices de Dracula

Deux jumelles orphelines, Frieda et Maria, quittent Venise pour rejoindre leur oncle Gustav dans une petite ville d'Europe de l'Est en proie à la terreur.
Elles découvrent rapidement que Gustav est à la tête d'un groupe de fanatiques pourchassant sans relâche de belles jeunes femmes accusées de sorcellerie.

Au début des années 70, la Hammer tentait de redonner un second souffle à ses sagas phares, afin de rivaliser avec une nouvelle forme d'horreur (émergence du gore aux Etats-Unis avec les films de H.G. Lewis et les débuts de George Romero).
Ainsi, le personnage de Dracula, usé jusqu'à la moelle par le studio, cède sa place à de nouveaux vampires.

Adapté de la nouvelle de Sheridan Le Fanu, Vampire Lovers (1970) proposait de suivre les odieux crimes commis par une femme vampire dénommée Carmilla. Le succès du film conforta les producteurs dans le lancement d'une nouvelle série. Toutefois, sa suite, Lust for a Vampire (1971), ne rencontra pas le succès escompté. Le studio décida cependant de commander un nouveau script au scénariste Tudor Gates. Twins of Evil (1971) s'éloigne néanmoins très nettement des deux précédents épisodes.

Tout d'abord, le personnage de Carmilla ne sert ici que de prétexte à la transformation du comte Karnstein en vampire. Ensuite, plus que jamais, la Hammer joue la carte de l'érotisme, en omettant cependant le caractère saphique de l'oeuvre de Le Fanu. Enfin, malgré son titre, Twins of Evil privilégie les personnages masculins aux héroïnes. Plus dénudées que jamais, celles-ci sont en effet davantage des victimes (certaines consentantes) de la cruauté des deux adversaires principaux, Gustav et Karnstein.

Au générique, seuls le scénariste et le compositeur sont présents au casting des trois films. Présent dans un rôle secondaire dans Vampire Lovers, Peter Cushing s'offre cette fois-ci la part du lion. En dévot illuminé, il prêche la parole divine par le feu, quitte à brûler des innocentes et à s'en prendre à sa propre famille. Le comédien y trouve sans conteste l'un de ses meilleurs rôles, mais laisse le beau rôle au jeune David Warbeck.
En effet, le personnage de Gustav, même s'il agit dans l'intérêt du Bien, utilise des méthodes radicales qui le rapproche davantage de celui qu'il combat que de ceux qu'il protège.
Cette ambiguïté des sentiments est parfaitement illustrée par les jumelles Gellhorn. Les personnages des jumelles constituent d'ailleurs l'élément le plus original du film, car c'est vers elles que convergent le Bien et le Mal, qui n'ont jamais été aussi proches l'un de l'autre. Suite au manque de succès du second film, les distributeurs français tentèrent d'attirer les spectateurs en salles en sortant Twins of Evil sous le titre Les Sevices de Dracula (on préfèrera la version canadienne, sobrement intitulée Les Jumelles Diaboliques).
En ersatz de Dracula, le comte Karnstein souffre parfois d'un léger manque de charisme. Mais Damien Thomas apporte un charme légèrement suranné et quasi enfantin à ce dandy ténébreux et joueur.
Alors débutant dans la réalisation, John Hough s'acquitte de sa tâche avec talent. La mise en scène ne souffre d'aucun temps mort, tandis que le cinéaste s'avère ingénieux lorsqu'il s'agit de suggérer les délicieuses formes de ses actrices (toutes très belles, seconds rôles compris), ou en accentuant les scènes du massacre final à l'aide d'effets spéciaux sanguinolents, prouvant que le dernier volet de la trilogie Karnstein, à l'instar de Vampire Lovers, sait se montrer novateur en terme de contenu, malgré un scénario assez simpliste.

Un quatrième volet, prévu initialement, ne verra finalement jamais le jour, la décennie 1970 devant être fatale à la célèbre firme britannique.
Racé et rythmé, à défaut de faire partie des classiques de la Hammer, Twins of Evil sait conserver les points forts de ces mythiques prédécesseurs, tout en embrassant la nouvelle vague érotico-fantastique de son époque.

GORE MANIAC
À propos de l’auteur : GORE MANIAC

J'essaie de partager ma passion pour un cinéma méconnu, mais qui mérite incontestablement qu'on s'y arrête !

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