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Pacific Rim

Pacific rim vibre d'une sincérité forte et impose une claque visuelle. Un film qui s'impose comme un rêve prenant.
Publié le 25 Juillet 2013 par AqMEVoir la fiche de Pacific Rim
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Robot
Il est assez intéressant de parler de la genèse de Pacific Rim avant d'entrer dans les détails du film. En effet, deux gros points sont intéressants concernant ce blockbuster, le fait que ce soit une ½uvre originale et le portrait de son réalisateur, Guillermo Del Toro. D'habitude, Hollywood prend très peu de risques avec les blockbusters, préférant lancer une suite de franchise qui fonctionne ou le remake d'un film culte ou encore prendre dans des livres ou autres supports des éléments pour en faire un film. Il suffit de regarder rapidement les dernières grosses sorties comme Star Trek Into Darkness qui est la suite d'une grosse franchise, Man of Steel qui part d'un comic et d'un super-héros mythique ou encore World War Z qui est tiré du livre du même nom écrit par Max Brooks. Pacific Rim est une ½uvre complètement originale, qui n'est pas tirée d'un bouquin et qui n'est pas une suite ou une préquelle et encore moins un remake. Alors il est vrai que l'on peut voir des références dans tous les sens (Evangelion, Robotech pour les animes Godzilla, Transformers pour les films), mais le scénario de base ainsi que l'idée du film est une création, ce qui est une chose assez rare pour être soulignée.

Ensuite, ce n'est pas n'importe qui derrière la caméra. Guillermo Del Toro l'a déjà montré maintes fois, c'est un génie. Mais c'est bien la première fois qu'il commande un énorme blockbuster avec un budget conséquent. Plus habitué aux films intimistes et fantastiques avec une forte puissance émotionnelle (Le Labyrinthe de Pan fait partie de mes films de chevet, mais on a aussi L'Échine du Diable ou Cronos), il a aussi fait quelques gros films, mais avec un budget moindre et pouvant y mettre sa patte (Blade 2, les deux Hellboy ou encore Mimic). Adulé par un groupuscule de plus en plus grand, le cinéaste demeure moins connu qu'un Michael Bay ou un Zack Snyder. Maintenant, qu'a-t-il fait avec Pacific Rim ? S'est-il fait bouffer par les grands producteurs d'Hollywood ou a-t-il réussi à faire quelque chose de grand et de fort ?


Le scénario ne comporte pas de surprises, au sens où effectivement, il s'agit d'une bataille entre des monstres surgis des profondeurs de l'océan et des hommes contrôlant des machines gigantesques. Mais ce n'est pas aussi simple. En effet, si le film se déroule principalement à une échelle gargantuesque, Guillermo Del Toro n'oublie pas les soucis à échelle humaine et les reporte parfaitement à la taille des robots. Pour que ces derniers puissent fonctionner, il faut que les deux pilotes se raccordent mentalement et acceptent de partager leurs souvenirs et leurs douleurs. Cela donnera bien évidemment lieu à une romance, mais au-delà de ça, on aura un vrai héroïsme et une grosse dose de mélancolie.

Bien entendu, cela reste assez peu travaillé, laissant la place aux combats gigantesques, mais on ressent tout de même quelques passages assez inhabituels pour un blockbuster. Par exemple, la scène du souvenir de la petite fille est très poignante et fait partie de ces fulgurances que seul un Del Toro peut fournir. On pourra aussi pester contre un manque de profondeur des personnages, mais ils représentent nos héros d'antan, de tous nos dessins animés que l'on a pu voir et aimer et en ce sens, le réalisateur ne les a pas trahis, n'en faisant pas des idiots excessifs essayant de faire rire comme on a pu le voir dans Transformers. Point de cynisme dans ce scénario, dans cette histoire, tout est au premier degré et on ressent vraiment un amour pour nos monstres de jeunesse, pour nos histoires surdimensionnées et un profond respect pour le spectateur et ses souvenirs de jeunesse.

La mise en scène est particulièrement efficace. Encore une fois, on reconnaît la patte de Del Toro notamment lors des séquences de combat, très rythmées, parfaitement chorégraphiées et lisibles. Choisissant ses plans avec parcimonie, on voit une concentration toute particulière sur les décors et l'ambiance du film. Les combats se déroulent de nuit, sous la pluie et rendent un ton apocalyptique majestueux. S'inspirant sûrement des scènes de combat de samouraïs se déroulant sous la pluie comme par exemple The Grandmaster de Wong Kar-Wai, les combats sont vraiment l'aspect le plus impressionnant du métrage. À côté de cela, on retrouve des décors bien plus chers à Del Toro, comme le marché aux os qui ressemble au marché des trolls dans Hellboy 2 et on voit vraiment cette esthétique si chère au cinéaste. Et que dire des zones dévastées, notamment lors de la scène de la petite fille, qui donnent un sentiment d'étouffement, de mort et de désolation.

Là encore, on est dans quelque chose de surprenant pour un film de cette envergure qui est censée montrer des combats de robots sans forcément forcer sur l'esthétisme des lieux (Transformers encore une fois), mais Del Toro donne une approche différente et belle, nous décollant la rétine sur chaque plan. On ressent aussi la touche du réalisateur dans le design des monstres, qui reste dans la même veine que ses précédentes ½uvres dont Hellboy. À la fois reptilien, empruntant aux squales ou aux crustacés, et avec les petites créatures insectoïdes (Del Toro est fasciné par les insectes depuis son enfance et notamment par leur perfection anatomique), on voit que le monsieur est passé par là, donnant un aspect bien spécifique aux monstres.


Et que dire des effets spéciaux et de la 3D ? Pour le premier point, c'est magistral ! La texture de peau des créatures est sublime, rendant le moindre monstre bien vivant. Mais au-delà de ça, les couleurs utilisées, comme ce bleu presque fluo, donnent un aspect extrêmement agressif aux bestioles. D'ailleurs cela rappelle un peu Attack the Block de Joe Cornish. Mais ce qui est le plus impressionnant, c'est que l'on a la sensation que ces bestioles sont bien réelles et ne sont pas des images de synthèse, tout comme les robots, les jaegers, qui sont impressionnants de gigantisme, mais qui restent crédibles. Au niveau de la 3D, c'est sûrement le premier film que je vois avec un tel niveau. Les effets de profondeur sont constants et nous poussent à entrer dans le métrage. Il y a peu d'éléments surgissants, mais les quelques trucs qui nous arrivent sont toujours opportuns et d'une beauté et d'une finesse incroyable.

Enfin, on peut parler des acteurs. Encore une chose surprenante pour un blockbuster, il n'y a pas de têtes d'affiche qui feront venir des millions de jeunes filles en fleur. Point de Brad Pitt, trop occupé à courir devant des zombies. Point de Tom Cruise, trop occupé à convertir des âmes égarées. Point de Bruce Willis, trop occupé à se remettre de son dernier Die Hard. Du coup, en tête d'affiche nous avons le très charismatique Idris Elba, qui tient un rôle important et à la hauteur de son image. Il est parfait dans son rôle et tient bien la baraque. Notre héros est Charlie Hunnam, personnage principal de la série extraordinaire Sons of Anarchy. Il est vrai qu'il est un peu candide, mais c'est son rôle qui veut ça et il représente nos héros d'enfance et donc, il doit se tenir comme tel. Rinko Kikuchi est aussi assez peu connue, malgré son rôle dans l'excellent Babel de Inarritu et le très mauvais Assault Girls de Mamoru Oshii. Enfin, on pourra apprécier la performance de Ron Perlman, l'acteur fétiche de Guillermo Del Toro, qui donne, avec les deux scientifiques, un élan d'humour qui est loin d'être potache et qui est même agréable.


Au final, Pacific Rim s'impose comme un rêve prenant forme pour tous les gamins que nous sommes restés. Au lieu d'exploiter nos souvenirs d'enfance, Guillermo Del Toro les honore et en fait un film pop corn parfait, tout en gardant une sincérité forte et imposant une claque visuelle. Quel film récent peut se targuer de faire vibrer autant, nous faisant passer du rire aux larmes, nous secouant dans nos sièges avec pourtant des robots géants et des kaijus ? Si Del Toro signe un gros film moins intimiste qu'à son habitude, il garde néanmoins son respect pour les spectateurs, pour la mémoire et pour tous les gosses que nous avons été et que nous restons encore le temps d'un film. Merci.

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