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Sea Fever – Critique

Sea Fever

En s’appuyant sur une rigueur narrative évidente et une atmosphère soignée, Sea Fever s’avance comme un huis clos maritime maîtrisé. Toutefois, le film affiche quelques maladresses qui altèrent un constat plutôt positif. La faute à une trame attendue, des personnages aux réactions trop mesurées et, devant un tel contexte et sujet, à une paranoïa guère développée au fil du récit. Une œuvre ambitieuse, mais perfectible, qui mérite néanmoins le coup d’œil, ne serait-ce que pour s’éloigner de banales attaques « spectaculaires » par un traitement plus précautionneux.

Publié le 13 Mai 2021 par Dante_1984 · Voir la fiche de Sea Fever

Tout huis clos maritime se distingue par le paradoxe entre la promiscuité d’un navire et les étendues d’eau à perte de vue. Sous forme de thrillers, de récits fantastiques ou de films d’horreur, la survie est bien souvent au centre des enjeux narratifs. Pour cela, différents traitements sont possibles, comme un naufrage, l’irruption d’un vaisseau fantôme ou, en l’occurrence, l’assaut d’une créature inconnue. Aussi, il n’est pas rare que l’on puisse rapprocher ce type d’environnement et d’ambiance avec des incursions spatiales. Le contexte et le potentiel présentent de nombreuses similarités. Preuve en est avec Abyss de James Cameron qui concilie craintes et émerveillement.

 

Il s’agit d’ailleurs d’une des caractéristiques de Sea Fever. La première plongée sous-marine laisse augurer ce tiraillement des valeurs avec la découverte d’une espèce non identifiée et la menace qu’elle suscite, toute considération de gabarit écartée. En cela, le film de Neasa Hardiman parvient à retranscrire la fascination que l’on porte à l’océan tout en gardant à l’esprit sa froide hostilité à l’égard des hommes. On songe à la manifestation nocturne de phytoplanctons bioluminescents, puis à la découverte d’un navire « abandonné » avant que le récit n’aboutisse à un dénouement ponctué d’obsessions et d’enchantement, à la lisière d’allusions fantasmagoriques, voire surnaturelles.

Au même titre que la photographie, la mise en scène se révèle soignée. Elle explore les méandres du bateau avec suffisamment de variété pour ne pas ancrer la narration ou le spectateur dans une routine redondante. Il est relativement facile de se repérer avec une construction des espaces cohérente entre les chambres, le pont ou les lieux de vie commune. Malgré des moyens somme toute modérés, la qualité visuelle du film est indéniable. Cela vaut également pour les effets spéciaux particulièrement convaincants et le design de la créature (à mi-chemin entre les aliens d’Abyss et les monstres issus du panthéon lovecraftien). À aucun moment, on ne la verra dans son entièreté. Ce qui accentue sa connotation sibylline.

 

On apprécie aussi cette rigueur toute scientifique pour étayer l’étude de cette espèce. Cela passe par le comportement de prédation, ainsi que sa reproduction. Sous forme de parasites, les larves permettent alors de rendre l’infestation d’autant plus éprouvante. Il est dommage que cet aspect écarte toute paranoïa quant à la suspicion de contamination. Pour les protagonistes, la situation est majoritairement prise avec circonspection. Le contexte n’exacerbe qu’en de trop rares instants les relations au sein de l’équipage. De même, la modification du comportement des personnes infectées ne s’insinue guère dans la folie.

Il n’y a donc aucune ambiguïté en mesure de générer un sentiment d’oppression ou de méfiance réciproque. Il faut se contenter de quelques phrases insensées dans le contexte. L’amalgame avec la « fièvre des mers » n’est jamais exploré. Il en découle une approche passive de la part du spectateur. Le tout est bien amorcé, mais manque d’éléments immersifs pour parfaire l’expérience. Quant au côté superstitieux, comme la couleur de cheveux de la principale intéressée, il sert essentiellement de remplissage. Alternant des phases de contemplation à des séquences plus « dynamiques », la progression reste fluide, sans pour autant sortir d’une zone de confort déterminée à l’avance.

 

Au final, Sea Fever constitue une petite surprise qui n’est pas dénuée de qualités. Le film de Neasa Hardiman présente une réalisation soignée. L’atmosphère maritime s’équilibre entre une hostilité latente (sous la surface de l’eau) et un émerveillement propice au caractère mystérieux du cadre et de la créature. Le souci de cohérence dans le comportement animal et son existence même est également à mettre en avant. Il est d’autant plus dommageable que l’ensemble reste assez prévisible et n’approfondit pas suffisamment certains éléments essentiels, comme la psychose qui plane autour de l’infestation parasitaire. Il en découle un traitement linéaire qui ternit un bon a priori général.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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