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Possédée – Critique

Possédée
En dépit d’une mise en scène soignée, Possédée se fait succéder quelques fulgurances à des séquences nettement plus dispensables. Un film d'exorcisme inégal et parfois long.
Publié le 23 Juillet 2013 par Dante_1984 · Voir la fiche de Possédée
Lorsque l'on songe aux films de possédés et autres exorcismes, un seul titre nous vient à l'esprit. Le mythe fondateur de William Friedkin qui a inspiré tous ceux qui le suivront. Il est le précurseur comme le fut Les dents de la mer pour le survival animalier. Aussi, marcher sur les plates bandes d'un chef d'½uvre comme L'Exorciste ne se fait pas sans heurt (surtout si l'on cite ledit film comme « son digne successeur »). Même s'il faut rester assez distant vis-à-vis des trailers, celui de Possédée s'avérait pourtant prometteur. Mais ne vendons pas la peau de l'esprit avant de l'avoir exorcisé et regardons ce que nous avons dans la boîte…


Faudrait peut-être signer une pétition contre les logements insalubres pour démons...

Affublé du toujours très vendeur (et très inquiétant ?) « Inspiré d'une histoire vraie », le film d'Ole Bornedal ne se fait pas prier pour démarrer sur les chapeaux de roue. D'emblée, on ne laisse aucun doute sur la nature de la boîte maudite et de ses pouvoirs maléfiques. La séquence d'introduction se révèle à la fois violente, tout en nuance en distillant des chuchotements lancinants. Les bases sont posées sur un socle solide. On comprend que Possédée n'aura rien de bien original à offrir, mais, on l'espère, continuera à magnifier les poncifs du genre de fort belle manière.

En effet, côté réalisation, Possédée est un modèle de sobriété. On salue la photographie sombre à souhait qui tire pleinement parti de la pénombre, mais aussi des endroits plus lumineux, tel que l'hôpital en saturant les couleurs. Les effets spéciaux sont également au rendez-vous. Qu'il s'agisse des images de synthèse parfaitement incrustées dans le cadre ou du maquillage de la jeune Emily, l'illusion fonctionne. Le budget confortable aidant, on voit une grande application de la part de l'équipe pour nous offrir un visuel léché. De ce côté, le film remplit son office.


Indigestion d'esprit.

Malheureusement, il n'est pas exempt de défaut. Sans jamais trouver un point d'attache, l'histoire oscille entre la montée crescendo de la possession (inhérente au genre) et à une exposition d'un quotidien morne. Dès lors, on est contraint de jongler entre des séquences pour le moins saisissantes (les doigts dans la bouche, les insectes, l'exorcisme...) et des passages creux narrant la vie brisée d'une famille en instance de séparation. Cela aurait pu ajouter de l'épaisseur à l'intrigue si seulement on ne s'était pas attardé jusqu'à la dernière minute dans cette impasse. Choix d'autant plus discutable que la finalité n'est absolument pas crédible au vu du travail amorcé.

Certes, le scénario tente d'apporter un tant soit peu d'originalité au pays des démons. On songe notamment à l'esprit issu des croyances judaïques. Là encore, le sujet aurait gagné à être développé. On ne retient que les grandes lignes de leurs pratiques et une brève incursion des rabbins. C'est bien peu, surtout que cela aurait pu se faire au détriment du point suscité précédemment. En dehors de cela, pas de surprise ébouriffante à l'horizon. Les passages disposent d'un bel enrobage, mais la trame narrative est assez convenue. Le récit se heurte à l'incrédulité des personnages et à des investigations rapidement menées, comme si l'intérêt premier du film était la famille et non la possession. En ce cas, il aurait fallu changer Possédée de catégorie (le drame par exemple).


Et la lumière fut !

Protagonistes qui, au demeurant, s'avèrent classiques. Le père accro à son travail, la mère qui s'acoquine du dentiste et les deux filles prises sous le feu du divorce. Quant au jeune rabbin, il n'a rien de bien marquant. Il s'implique et fait preuve d'abnégation, mais il survient dans l'histoire trop tardivement. Dommage, car l'interprétation ne suit pas forcément ce constat. En tête de gondole, Jeffrey Dean Morgan (qui ressemble étrangement à Javier Bardem) campe son rôle avec talent. Kyra Sedgwick s'avère également une mère tiraillée entre son passé et la réalité de son quotidien. Pour le reste, la jeune Natasha Calis est crédible en possédée, mais nullement inquiétante. La faute à un manque de charisme flagrant. Quant à Madison Davenport, elle fait office de second couteau peu présent à l'écran. Un peu comme Grant Show.

Au final, Possédée est un film non exempt de qualité, mais se retrouve minée par d'incessantes longueurs et un scénario sans surprise. Malgré la réalisation et l'enrobage de premier ordre, l'atmosphère joue les montagnes russes en alternants passages saisissants et monotones. Il en ressort une histoire inégale où les bonnes idées côtoient des maladresses qui auraient pu être éludées. Ole Bornedal hésite constamment dans ses choix et ne pose que trop tardivement l'aspect judaïque (seule originalité au tableau) au sein de son intrigue. Un film d'exorcisme correct, mais qui ne deviendra pas une référence en la matière.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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