Voir la fiche complète du film : Shiki (Tetsuro Amino - 2010)

Shiki – Critique

Shiki
Sur fond de folklore japonais, Shiki est un anime qui propose un traitement intéressant du mythe vampirique. Cependant, il se perd dans une redite perpétuelle d’attaques et de morts inexplicables, quitte à enliser son récit dans un rythme à la répétitivité constante. Il en ressort un aspect routinier qui sous-tend la prévisibilité des aboutissants. Eux-mêmes sont expédiés dans la précipitation. Une approche perfectible dont l’ambiance soignée rattrape difficilement les errances de la narration.
Publié le 6 Décembre 2020 par Dante_1984 · Voir la fiche de Shiki

À l’instar du mort-vivant, la figure mythique du vampire a été représentée à maintes reprises et sous toutes les coutures. Du serial-lover aux dents longues à la bête assoiffée de sang, on touche à de nombreux sujets autres que la mort et le romantisme gothique. La profusion des approches et des productions laisse donc peu de marge de manœuvre à l’innovation. Cela vaut également pour les mangas et les animes avec des œuvres telles que Vampire Knight, Hellblade ou encore Dance in the Vampire Bund. Dès lors, Shiki semble être une énième redite qui n’apporte que peu de choses au genre. Un constat qui va se vérifier au gré des épisodes, du moins en partie.

 

L’entame prend place dans un modeste village provincial de la campagne nipponne. Tout comme l’approche, le cadre se veut traditionnel, un rien ancré dans les superstitions des générations précédentes. Le contexte est donc particulièrement intéressant pour développer l’intrigue sur deux angles aux antipodes : le surnaturel et le rationnel. Les phénomènes étranges et la multiplicité des décès inexpliqués trouvent une résonnance particulière en évoquant une possible épidémie. Symptômes, mode de contamination, points communs des victimes, morts fulgurantes… L’ensemble reste bien amené pour entretenir le mystère du point de vue des protagonistes.

Seulement, on se heurte très vite à des problèmes de rythme où la gestion narrative se veut redondante au possible. En cause ? Un nombre effarant de personnages principaux et secondaires. La profusion est tel que l’on a droit régulièrement à une légende pour rappel l’identité et le rôle de chaque intervenant. Lorsque ce n’est pas le cas, ce sont des flashbacks qui les remettent en condition. Cet aspect didactique a beau être essentiel, il alourdit néanmoins l’évolution de l’intrigue. Certes, cela permet d’avoir un aperçu exhaustif de la situation. En dépit d’une caractérisation diversifiée et fouillée, on ressasse néanmoins une structure répétitive au possible.

 

C’est bien simple, près des trois quarts des épisodes se cantonnent à exposer des faits similaires dans un intervalle de 3 à 4 mois. On constate alors l’impuissance et la frustration du médecin local, le fatalisme du bonze et l’apathie de la population. Les révélations ou les évènements clefs censés accéder à un nouveau stade de compréhension sont sporadiques et prévisibles. On a parfois droit à des retours en arrière inopinés, des passages précipités et d’autres séquences nettement plus contemplatives où la teneur des échanges laisse perplexes sur leur intérêt. De même, il paraît difficile d’apporter une évolution pertinente pour chaque personnage présenté.

Dès lors, le dénouement s’écartèle sur un massacre de plusieurs épisodes. L’idée est bonne pour inverser les rôles ; proies et victimes, comportements humains et monstrueux. Pourtant, cette violence gratuite s’appesantit plus que de rigueur. Paradoxalement, cette sensation de longueur se heurte à deux derniers épisodes réalisés dans la précipitation. Les différentes confrontations finales sont décevantes, l’épilogue inexistant et les retournements de situation inopinés perdent en crédibilité. Ce n’est pas le manque d’explications qui prévaut, mais l’absence d’une véritable conclusion. Un constat d’autant plus frustrant que l’intrigue est bel et bien censée se terminer de la sorte pour l’anime.

 

Au final, Shiki demeure un manga relativement moyen qui souffre surtout de gros problèmes de rythme et d’une structure narrative mal maîtrisée. La sensation de redondance est permanente et vient gâcher une atmosphère pourtant intéressante, car elle permet d’observer un contraste entre des conceptions archaïques et modernes. Le clivage est également correctement développé entre croyances religieuses, superstitions, science et pragmatisme sociétal de façade. Quant à la bande-son, certains morceaux appuient parfaitement la tonalité glauque du sujet, mais ils sont trop vite expédiés et pas assez mis en valeur. Une œuvre qui manque de « finitions » pour véritablement se démarquer de la profusion d’histoires sur les vampires.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

Autres critiques

Les Portes du Temps

Les Portes du Temps

Une belle affiche, un pitch très excitant, un trailer qui donne fichtrement envie de voir le film et pour finir, le toujours excellent Christopher Eccleston en grand méchant, bref tous les ingrédients étaient réunis pour obtenir un grand film. C'est donc avec confiance et impatience que l'on aborde cette adaptation du roman de Susan Cooper mais après 1h30 il nous faut malheureusement...
Last of the Living

Last of the Living

Quand on s’attaque à un thème aussi exploité que les morts-vivants ou la comédie de zombies en l’occurrence, il faut avoir un minimum d’idées et un scénario potable pour se lancer dans l’aventure. Faire un film sans imagination et surtout sans apporter un petit quelque chose au genre, c’est un peu comme suivre le troupeau de moutons qui saute de la falaise. Autrement...
The Last Sharknado : It's About Time

The Last Sharknado : It's About Time

Depuis 2013, Sharknado est devenu un phénomène aussi inexplicable qu’incongru. Malgré sa débilité clairement affichée, une équipe au rabais et un concept fauché en rase-mottes, Anthony C. Ferrante a réussi le pari hautement improbable de rendre «culte» un étron du septième art. Comme évoqué dans les critiques des précédents volets, la nullité s’est avérée un standard de...
Penance

Penance

Depuis Saw et Hostel , le torture-porn s’est largement démocratisé avec quelques sympathiques surprises ( The collector , Grotesque …), mais également pas mal d’étrons imbuvables ( Scar 3D , Broken …). En parallèle de cette évolution chaotique, le faux documentaire semble avoir suivi la même courbe avec une baisse qualitative encore plus flagrante. Aussi, le mélange des genres peut parfois...
Deadly Cargo

Deadly Cargo

Qu’il s’agisse d’horreur ou de thriller, l’océan est un lieu particulièrement propice à développer des atmosphères oppressantes. Une vaste étendue d’eau confère un isolement similaire à des espaces restreints où s’épanouissent les huis clos. En cela, le sujet possède d’indéniables qualités retranscrites dans des productions telles que Calme blanc ou Un...