Voir la fiche complète du film : Slice (Kongkiat Khomsiri - 2009)

Slice

Slice, un thriller thaïlandais prometteur qui, au final, s’avérera une déception. La faute à de constants retours en arrière qui casse une ambiance soignée et un scénario intrigant. Une approche trop mélodramatique et nombriliste pour que l'histoire dégage pleinement son potentiel. On retiendra principalement une photographie superbe et une introduction maîtrisée. Malheureusement, on déchante sitôt la demi-heure de film écoulée pour s’appesantir sur les mièvreries pseudo-dramatiques qui rompt avec une première amorce séduisante.
Publié le 24 Mars 2011 par Dante_1984Voir la fiche de Slice
6
Tueur en série
À Bangkok, un serial killer sévit dans les rues les plus sordides de la ville. Il abandonne les cadavres atrocement mutilés de ses victimes dans une valise rouge. Devant le manque d’indices et son impuissance à arrêter le tueur, la police décide de relâcher un prisonnier pour l’aider dans son enquête. S’il permet la résolution de ses meurtres, il sera à nouveau libre.

Kongkiat Khomsiri est un cinéaste thaïlandais plus connu pour ses scénarios (Bang rajan, Sema the warrior…) que pour son travail de mise en scène. Pourtant, il a officié sur la saga Art of the devil (deuxième et troisième opus) en tant que coréalisateur, ainsi qu’une ghost story (The unseeable) dans la grande tradition du genre. Mais avant tout, Slice s'apparente à un autre projet qui lui tenait à cœur : Boxers. Film d’action aux relents dramatiques où le destin tragique de trois amis se croisait et se séparait au gré de l’intrigue. De prime abord, le scénario de Slice nous fait songer à un thriller similaire à Seven dans un style purement asiatique.


La mer n’est pas une poubelle, n’y jetons pas les ordures.

L’introduction nous conforte dans cette impression. Cadre délétère, contexte aussi sordide qu’intolérable, aucun doute, l’histoire nous promet une plongée sans concession dans le monde impitoyable des rues grouillantes des mégalopoles asiatiques. L’entrée en matière par le biais d’un meurtre violent et de la découverte du premier corps aux abords d’un quai dans une valise rouge confirme cette première amorce. Le générique de début finit de nous séduire avec un test de Rorschach sanglant absolument somptueux, original.


Une découverte glauque des plus ragoutantes.

Le ton est donné, tout se déroulait pour le mieux pendant la première demi-heure lorsque survient la libération de Taï pour contrecarrer les plans machiavéliques du tueur. À ce stade de l’intrigue, le film prend une tout autre tournure qui interpelle le spectateur. Outre une touche de lyrisme dans les meurtres suivants qui ne parvient pas à convaincre compte tenu de l’atmosphère glauque ambiante, le cinéaste se permet de laisser « respirer » son public par le biais de séquences bucoliques dans la campagne thaïlandaise. Les rues crasseuses et étriquées de Bangkok cèdent la place à des flash-back confus et difficile à cerner, du moins dans un premier temps.


Un cadre prompt à la violence et aux exactions d’un serial killer.

De fait, cette histoire secondaire nous interpelle sur le passé de Taï, même si l’on ne saisit pas d’emblée ce qu’il en découle et sa réelle utilité. On l’on vient à penser que cela ne sert qu’à combler un vide scénaristique ou un manque d’idées. Car, il faut une demi-heure supplémentaire pour que la justification de ces retours en arrière s'invite. Cela casse l’ambiance poisseuse si soigneusement installée. On se retrouve alors avec deux niveaux de narration aux antipodes. L’un qui avance dans les investigations pour démêler le nœud de l’affaire (le plus intéressant et maîtrisé), l’autre qui progresse dans des souvenirs nébuleux mélodramatiques aux relations ambiguës (maladroit et confus).


Le petit chaperon rouge ou le grand méchant loup ?

Il paraît donc inévitable que le film en pâtisse dans son ensemble. La structure narrative alterne entre l’enquête, une brève incursion dans le milieu carcéral et la recherche d’un passé mystérieux pour mener à l’élucidation tant attendue. Un rythme cahoteux brinquebalant jusqu’au dénouement qui débouche sur une quête d’identité ambivalente et peu convaincante. On remarque que les incursions dans le passé se ponctuent de temps à autre d’une musique bon enfant mièvre et absolument hors de propos (harmonica et consorts) avec l'action principale, comme si le cinéaste disait « c’était le bon temps, on se battait, nos parents nous battaient et l’on n’arrêtait pas de se faire harceler par les caïds du coin. »


Fumer tue. La décoloration, pas encore.

Les excellentes intentions de départ se diluent dans un foisonnement de maladresses aussi incompréhensibles qu’évidentes. Ce genre de thriller se doit d’entretenir un rythme soutenu pour tenir en haleine le public. A contrario, les flash-back impliquent une histoire plus posée, prompte à une réflexion davantage contemplative que cérébrale. Un passé qui entraîne irrémédiablement un lien avec notre protagoniste, mais qui anéantit le suspense de l’intrigue. On connaît alors l’identité du tueur, même si celui-ci demeure introuvable et que l’on nous octroie un rebondissement de dernière minute téléphoné et davantage risible que tragique.


La campagne thaïlandaise ou comment rompre avec un climat délétère.

Malgré un départ sur les chapeaux de roue immersif et prenant au possible, Slice déçoit de par une approche très, voire trop différentes d’un contexte qui appelle une plongée infernale sans le moindre temps mort et sans la possibilité de revenir en arrière. Dans le cas présent, il advient que l’ambiance glauque s'entrecoupe de flash-back aussi vains qu’agaçants. Certes, ils permettent de mieux comprendre la folie meurtrière du tueur (après nombre d’explications), mais ils desservent davantage l’intrigue qu’ils ne la mettent en valeur. On ne sait pas trop où veut en venir le réalisateur. Tantôt en train de justifier ses actes avec fatalisme, comme si son destin tragique ne pouvait que déboucher sur la violence et la souffrance. Tantôt rejetant ses mêmes actions en faisant déferler l’hémoglobine et les coups de rasoir avec fébrilité et incertitude pour le déshumaniser.
A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Confession d'un Cannibale
Inspiré de l’histoire vraie d’Armin Meiwes, Grimm love s’attache à décrire avec précision et objectivité ce fait divers incroyable et abominable qui a défrayé la chronique au-delà des frontières allemande en 2001. Petit rappel des faits : Armin, informaticien perturbé par la mort de sa mère, se réfugie sur le net. Là, il y découvre un forum de cannibalisme où il poste une...
L'asile
Les films à sketches permettent généralement de faire vivre de petites histoires qui ne nécessitent pas de s’étendre outre mesure. À la manière de courts-métrages, elles doivent se montrer brèves et rentrer dans le vif du sujet sans perdre de temps. Une thématique spécifique, une durée à respecter pour chaque segment, sans compter un fil commun qui relie l’ensemble de façon crédible...
A Serbian Film
Milos est un acteur de porno qui peine à subvenir aux besoins de sa famille. Une ancienne « collègue » reprend contact et lui propose de tourner dans un film très particulier contre un salaire mirobolant. Milos accepte sans trop savoir ce qui l'attend... La réputation d'un film le précède parfois. En général, il s'agit d'une manoeuvre marketing fallacieuse injustifiée...
Bait 3D
Il est difficile de se renouveler quand on parle de requins au cinéma sans en faire un film d'horreur moisi. Les productions Asylum sont là pour en attester avec leurs pléthores de films aux squales pixélisés ou ayant subi des mutations dégueulasses. Néanmoins, tous ces films de requins que l'on trouve médiocres ne le seraient peut-être pas si Les Dents de la Mer n'avait pas existé...
Bait 3D
Il est difficile de se renouveler quand on parle de requins au cinéma sans en faire un film d'horreur moisi. Les productions Asylum sont là pour en attester avec leurs pléthores de films aux squales pixélisés ou ayant subi des mutations dégueulasses. Néanmoins, tous ces films de requins que l'on trouve médiocres ne le seraient peut-être pas si Les Dents de la Mer n'avait pas existé...