Festival de Gérardmer 2015 - Compte-Rendu

 

Nous nous sommes une nouvelle fois rendus au festival de Gérardmer, dont le jury était cette année présidé par l’érudit Christophe Gans, réalisateur de Crying Freeman, Le Pacte des loups, ou plus récemment La belle et la bête, relecture du chef-d’œuvre de Jean Cocteau. Retour sur les films découverts à l’occasion de notre rapide passage sur place.

 

La sélection était incontestablement meilleure que l’an dernier, bien que nous ayons raté certains des long-métrages récompensés, tels que The Voices, la dernière œuvre de Marjane Satrapi, ou Ex Mchina, mis en scène par Alex Garland, romancier et scénariste des films de Danny Boyle tels que 28 jours plus tard ou Sunshine.

It Follows, de David Robert Mitchell, mérite largement son Grand Prix. Variation à partir du cinéma fantastique des années 1980, en premier lieu Halloween de John Carpenter, It Follows, narre les aventures d’une adolescente poursuivie par une obscure malédiction transmise, sexuellement, par son boyfriend. Jouant sur la suggestion davantage que sur le dévoilement, David Robert Mitchell use de la mise en scène (superbe composition des cadres, ralentis esthétiques au moment de la confrontation avec la créature) pour provoquer une peur latente, sourde, en évitant les jump scares qui pullulent dans le cinéma d’horreur contemporain. La bande-originale, qui n’est pas sans rappeler celle de John Carpenter sur Christine, participe largement à la réussite du film. It Follows, sorti dans les salles françaises le mercredi 4 février dernier, est à découvrir de toute urgence.

Honeymoon, de Leigh Janiak, est un premier long-métrage de grande qualité, influencé, comme la réalisatrice le souligne dans de nombreuses interviews, par Rosemary’s Baby de Roman Polanski et L’invasion des profanateurs de sépultures, le chef-d’œuvre de Don Siegel. Paul et Béa forment un couple en parfaite osmose. Tous deux choisissent de passer leur lune de miel dans une vieille bâtisse, près d’un étang, dans une région que Bea connaît bien pour y avoir passé ses vacances, durant son enfance. Une nuit, alors qu’un étrange faisceau de lumière semble venir de la forêt, Paul retrouve sa femme, nue, dans la forêt, en pleine confusion. Dès le lendemain, le corps de Bea est marqué par d’obscures éruptions cutanées. Grâce au talent de la réalisatrice, qui joue brillamment de la lumière tombante et du crépuscule, et d’un script simple mais efficace, Honeymoon est une première œuvre d’une grande maturité, à la lisière entre le body snatcher pur et dur et l’évocation d’un couple en crise. Tout comme David Robert Mitchell sur It follows, Leigh Janiak évite les artifices faciles et construit un film qui prend son temps pour instiller une tension croissante à l’intérieur du couple. Il faut souligner la belle interprétation de l’actrice britannique Rose Leslie (connue pour ses rôles dans les séries Downtown Abbey et surtout Games of Thrones, dans laquelle elle incarne la sauvageonne amoureuse de Jon Snow), qui donne au personnage de Bea une réelle intensité dramatique.

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