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La Fiancée de Dracula – Critique

La Fiancée de Dracula

Quid de Jean Rollin, le Maître du fantastique vampirique à la française, à travers sa première confrontation avec le plus célèbre vampire de tous les temps : Dracula !

Publié le 1 Janvier 2008 par GORE MANIAC · Voir la fiche de La Fiancée de Dracula

De nos jours, un étrange professeur (émule vieillissant du célèbre Van Helsing), et son assistant, traque Dracula dans Paris. Celui-ci est en quête de sa promise, gardée précieusement dans un monastère.

Cinéaste à part dans l'univers du cinéma français, unique véritable spécialiste du fantastique, qu'il a plus ou moins associé à l'érotisme pour diverses raisons (obligations financières pour certains tournages ou choix artistique dans d'autres cas), Jean Rollin a au moins le mérite de ne laisser personne indifférent, entre ceux qui lui vouent un culte et ceux qui l'exècrent, purement et simplement. On peut aussi se situer entre ces deux courants radicaux, en tentant d'analyser plus en détail l'univers de Rollin, qui présente déjà la caractéristique d'être cohérent, de son début de carrière (dès la fin des années 60) à aujourd'hui (son prochain film mettra en vedette l'ex-hardeuse Ovidie). La plupart des critiques snobent surtout Rollin depuis son passage dans le milieu du X, mais cette période prouve aussi la fidélité du réalisateur pour un cinéma Bis qui lui doit quelques perles, avec Brigitte Lahaie en muse diaphane. Surtout apprécié durant les années 70, où il livra certains films fascinants (Les Démoniaques, Fascination), il tomba dans l'oubli durant les années 80, avant de revenir au goût du jour il y a une dizaine d'années, restant fidèle à sa thématique de prédilection : le vampirisme lesbien (Les Deux Orphelines Vampires). Mais revenons en à cette version du Dracula de Stoker par Rollin.

Il semblait logique qu'un jour ou l'autre, Rollin, amoureux des femmes vampires dénudées, adapte le roman sanglant mais, à bien des égards, charnel, de Stoker. De tout temps, les femmes avouent être terrorisées mais aussi séduites par le personnage de Dracula (cf la période faste du Prince des Ténèbres, avec Lugosi dans les années 30 puis Lee dans les années 60, avant que Coppola lui redonne une seconde vie sous les traits d'Oldman). Pourtant, plutôt que de nous proposer une banale nouvelle mouture du roman si souvent remanié pour le Septième Art, Rollin préfère passer le personnage principal au second plan, préférant privilégier un contexte surréaliste qui, de nos jours, déstabilisera plus d'un spectateur. Car Rollin offre à Dracula de nouveaux décors : une plage, un monastère, la mer, afin de rendre Dracula plus abordable, voire plus humain... D'ailleurs, le jeu du comédien qui l'incarne y est il volontairement modeste en ce sens ?

Rollin nous dévoile aussi une galerie de personnages secondaires forts savoureux, issus autant des contes pour enfants (l'ogresse) que des oeuvres plus picaresques (le nain, les nonnes dépravées). Devant la caméra, on retrouvera avec plaisir Brigitte Lahaie (dans un petit rôle satanique), et Magalie Aguado, ogresse libidineuse et mystérieuse, à des années lumière de son rôle le plus connu (celui d'Annette dans la série pour ados Premiers Baisers, au début des années 90). Malgré cette ambiance posée avec originalité, Rollin n'excelle pas toujours derrière la caméra.

Certaines scènes, fortement décalées (surtout dans le monastère), ne parviennent pas à faire oublier certaines lenteurs et bizarreries. Le duel entre le professeur (Christopher Lee aurait excellé dans ce rôle) et Dracula ne tient pas toutes ses promesses, étant finalement mois importante que l'aspect visuel et poétique du vampirisme selon Rollin, éternel mauvais fils du cinéma français, à l'instar d'un Max Pecas dans la comédie.

En résumé, ce métrage résume assez bien l'univers de Rollin, sans aucun doute le seul réprésentant digne d'intérêt du cinéma fantastique français. Peuplée de créatures aussi étranges que perverses, la poésie décalée de Rollin offre une vision aujourd'hui quelque peu fânée, mais toujours intéressante, du fantastique baroque, tel que la Hammer l'avait rendu célèbre, l'aspect rêveur en plus pour un Rollin qui restera donc toujours fidèle à lui-même, à travers sa filmographie, qu'il est de bon ton de ne pas dénigrer pour tout amateur de cinéma de série B qui se respecte, votre serviteur en premier lieu !

GORE MANIAC
À propos de l’auteur : GORE MANIAC

J'essaie de partager ma passion pour un cinéma méconnu, mais qui mérite incontestablement qu'on s'y arrête !

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