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Razorback – Critique

Razorback

Considéré comme une œuvre culte, Razorback ne démérite pas pour imposer son style viscéral à travers une plongée inéluctable dans l’outback australien. La qualité du métrage tient autant à sa créature monstrueuse qu’à ses idées de mise en scène pour développer une atmosphère singulière, voire anxiogène dans ce qu’elle suggère. En dépit de quelques points formels désuets, un film qui vieillit bien.

Publié le 10 Novembre 2019 par Dante_1984 · Voir la fiche de Razorback

Comme bien d’autres sous-genres du cinéma horrifique, le survival animalier a gagné ses lettres de noblesse au cours des années1970 - 1980. Des requins aux crocodiles, en passant par les araignées ou même les hominidés, le bestiaire se focalise essentiellement sur les prédateurs. En revanche, centrer l’intrigue autour d’un sanglier géant reste une première quand Razorback pointe le bout de son groin en 1984. Passé à la postérité et auréolé d’une excellente réputation auprès des amateurs de bestioles belliqueuses, il s’agit également du long-métrage qui a propulsé la carrière de Russell Mulcahy à l’international. 35 ans plus tard, Razorback parvient-il à préserver son statut culte?

Dès les premières images, le film impose une ambiance particulière. Servies par une bande-son éthérée, les scènes se parent de jeux d’ombre et d’effets de lumière qui détonne dans l’outback australien. Au vu de la suite des évènements, l’entame se veut implacable, presque viscérale dans ce qu’elle inspire. L’intrigue développe un contexte où l’isolement constitue l’un des facteurs de vulnérabilité des protagonistes. Cela passe par l’impossibilité de trouver du secours, mais aussi par le gabarit «imposant» du sanglier, capable de dévaster une habitation sur une simple charge. Bien que la violence reste suggestive, la mise en condition s’avère percutante à bien des égards.

Malgré l’aspect désertique de l’environnement, on remarque également un effort notable pour varier le cadre et les situations. Certaines idées rappellent une autre référence horrifique. Le duo des frères Baker et leurs activités de braconnage renvoient à Massacre à la tronçonneuse. Cela passe aussi par la conserverie Petpack, lieu qui évoque l’enclavement de la ferme des Sawyer. On songe aussi à la chaleur suffocante ou encore aux environs qui possèdent quelques points communs avec le Texas de Tobe Hooper. À ce titre, le désert occupe une importance spécifique pour appuyer, de temps à autre, le côté halluciné de cette traque hors du commun.

Victime de visions et d’une errance presque désespérée, la traversée de Carl Winters en est un exemple frappant. Tout comme le lien qui se tisse entre Jake Cullen et le sanglier. L’analogie avec Moby Dick est évidente, car elle est similaire à ce qu’éprouve le capitaine Achab en pourchassant la baleineblanche : une obsession dévorante soumise à l’incrédulité de l’entourage. En cela, on apprécie le travail de fond où les relations et la caractérisation se basent sur des éléments tangibles où l’évolution reste cohérente. Certes, le scénario en lui-même a beau se montrer simpliste et linéaire dans ses fondamentaux. Il n’en demeure pas moins intéressant dans son rapport à la bestialité.

Cette dernière notion se traduit par le sanglier géant, mais aussi par la sauvagerie humaine. Là encore, les frères Baker sont représentatifs d’une absence de scrupules et d’empathie vis-à-vis des animaux ou de leurs semblables. Preuve en est avec la tentative de viol au beau milieu d’un «No man’s land» ou la cruauté dont ils font preuve pendant leur chasse aux kangourous. On déplore néanmoins quelques approximations et raccourcis narratifs. Si le récit va à l’essentiel, plusieurs passages manquent d’explications et paraissent trop alambiqués. Par exemple, l’abandon de Carl dans le désert, la nuit de surcroît, ou le fait que sa femme se lance dans une exploration solitaire dans un paysage hostile.

Étrangement, ce n’est pas les trucages propres au sanglier qui vieillissent à minima le film. Les animatroniques et les angles soigneusement choisis exposent rarement la bête dans son ensemble, à moins qu’il ne s’agisse de plans larges. On se fait toutefois une bonne idée de sa stature et sa dangerosité. Même quand elle n’est guère présente à l’écran, sa présence est souvent suggérée, à la manière d’une menace latente et néanmoins perceptible. L’aspect brutal des confrontations reste hors cadre pour mieux susciter l’effroi. Cela fonctionne généralement bien, même si l’on a droit à quelques effets éculés, comme les arrêts sur image avec les cris en guise d’écho.

Au final, Razorback demeure un film essentiel dans le domaine du survival animalier. Cette incursion remarquée de Russell Mulcahy se distingue par une photographie de qualité et une atmosphère anxiogène, notamment en ce qui concerne l’exploration et l’appropriation du désert. En dépit de quelques maladresses sur le plan du montage et du scénario, l’intrigue préserve toute sa force. Elle ne se concentre pas uniquement sur la traque en elle-même, mais sur les conséquences sociales et existentielles qui gravitent autour d’elle. Bref, on a droit à une œuvre inspirée, dynamique et qui ne manque pas d’allant pour faire progresser son histoire dont les tenants sont pourtant basiques. Une valeur sûre.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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