Voir la fiche complète du film : And now the screaming starts! (Roy Ward Baker - 1973)

And now the screaming starts

Une ghost-story gothique qui occulte l’esthétisme d’un genre à part entière tout en négligeant son intrigue et l’impact sur le spectateur. Parfois incohérent, souvent frustrant. Un film bancal qui n’exploite guère le potentiel d’une telle histoire au XVIIIe siècle.
Publié le 28 Mai 2017 par Dante_1984Voir la fiche de And now the screaming starts!
4

L’âge d’or de la Hammer s’est étalé du milieu des années1950 vers le début des seventies. La firme britannique déploie une impressionnante collection de films de genre allant du chef d’œuvre à la production anecdotique. Alors en concurrence directe, Amicus joue davantage sur un registre moderne, sans pour autant délaisser une signature toute british dans ses longs-métrages. And Now The Screaming Starts! tente une incursion dans le cinéma gothique. On s’attend à une esthétique évidente tant dans la réalisation que dans l’intrigue. Le raffinement aristocratique du XVIIIe siècle est-il au rendez-vous?

Ça, c'est pas de la nature morte !

On reproche parfois à de nombreux films d’épouvante (ou dans d’autres genres horrifiques) de s’éterniser en palabres inutiles. Une surexposition des protagonistes, du contexte, un développement déséquilibré de l’ambiance, un rythme anarchique... Mais l’on suit généralement une trame parfaitement établie qui tend à susciter l’effroi en montant crescendo dans l’angoisse. Enfin, quand l’alchimie fonctionne. Or, le présent métrage fait exactement l’inverse. Il démarre sur les chapeaux de roues en ne laissant guère de temps à l’intrigue ou aux différents intervenants de dévoiler toutes leurs subtilités. Dès les premières minutes, l’on est témoin de phénomènes paranormaux.

En soi, ce ne serait pas un mal si l’histoire tenait la route sur la longueur sans se perdre dans une facilité toute lénifiante. L’on ne s’ennuie guère, mais imposer d’emblée tant d’éléments majeurs fait s’essouffler bien vite l’intérêt même du récit. D’une part, il n’y a aucune tension psychologique. On demeure dans une approche démonstrative pas forcément adéquate pour une ghost-story qui souhaite s’intégrer dans un registre traditionnel. D’autre part, les interventions spectrales apparaissent comme inopportunes et peu propices à mettre en valeur lesdites séquences. Là où certaines productions se parent d’un certain cachet et se bonifient avec le temps, celle-ci pâtit d’effets spéciaux vieillissants.

La mariée était en blanc (et armée)

Les subterfuges sont faciles (tableaux qui tremblent, portes qui claquent...) et l’interprétation par trop insistante de certains acteurs enlève le peu de crédit qu’on aurait pu leur apporter. Des gestes trop rigides, des comportements décalés ou pas forcément dans le ton. Ce n’est pas récurrent, mais la réalisation un rien désuète accentue cette impression qui survient à intervalles irréguliers. En particulier, quand les personnages sont soumis à de fortes tensions. Et c’est sûrement sur ce point que le film de Roy Ward Baker déçoit. Il ne communique rien. Aucune émotion; pas plus d’empathie ni d’effroi. Si l’on peut y voir un début d’explications avec les raisons précédentes, la seconde partie ne fait que le confirmer.

Car à force de tout déployer d’une manière relativement maladroite et convenue, And Now The Screaming Starts! n’a presque plus rien à raconter. Il faut l’intervention tardive de Peter Cushing pour enquêter. Malgré sa prestance, les révélations d’une malédiction n’ont que peu d’effets sur la suite des événements puisqu’il est déjà trop tard pour les empêcher. C’est comme si l’on présentait le problème à l’envers, mais qu’au final, les conséquences surviennent avant les causes. Et ce n’est pas le portrait familial qui parvient à inverser la tendance. Tout juste a-t-on droit à une pale resucée du Chien des Baskerville quant à la justification de la hantise.

L'amour rend aveugle... et manchot

Si l’enrobage peut révéler quelques atours d’un classique du cinéma gothique, And Now The Screaming Starts! n’en possède que les apparats. Après un démarrage précipité, l’intrigue ballotte cahin-caha entre un rythme inégal et une atmosphère peu immersive. L’approche trop explicite et maladroite fait se succéder les scènes sans générer la moindre subtilité psychologique quant à l’aspect fantastique de l’histoire. On occulte même quelques explications essentielles tout en exploitant sans conviction les artifices à disposition. Les tableaux, la main coupée, sans oublier l’importance de l’héritage du spectre qui relève presque de l’imposture. Globalement décevant, tant dans ses ambitions que dans le résultat final.

A propos de l'auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Five Girls
Ron Perlman est vraiment un faire valoir dans beaucoup de ses films. Tournant aussi bien dans de grandes productions comme Le nom de la rose , Hellboy ou encore Drive que dans des films à l'intérêt plus limité comme Désolation , The Devil's Tomb ou encore ce Five Girls . Le film s'axe ici sur un internat de greluches assez bizarre et sur la sorcellerie et les esprits. Le métrage fait ainsi penser...
Seoul Station
À bien des égards, le cinéma asiatique se définit par son originalité. Son côté audacieux se solde parfois par des délires assumés ou de sombres fresques sociales. En cela, la Corée du Sud excelle dans la critique de ses propres travers, souvent par le biais de polar âpre et sans concessions. Moins connus et moins bien distribués que les productions japonaises, les films d’animation coréens...
Hannibal
Si l'on demande à des lecteurs ou des cinéphiles de citer des tueurs en série qui les ont frappés, il y a de fortes chances pour qu'Hannibal Lecter figure dans leur top 5 auprès de Charles Manson et consorts. Tout comme Sherlock Holmes, il marque la culture populaire d'une empreinte au fer rouge. Un constat qui perdura dans le temps au point peut-être de le confondre avec de réels sociopathes...
Doom
La saga Doom est connue de tous les fans de jeux vidéo pour avoir popularisé tout un genre : le FPS (First Person Shooter). Certes, il y avait bien Wolfenstein , mais Doom était tellement novateur et supérieur à son aîné de seulement un an qu'on lui donna son nom pour caractériser les jeux de tirs à la première personne, soit "Doom-like". Des couloirs labyrinthiques, des beuglements...
Zombillenium
Occupés par une majorité de productions américaines, les films d’animation qui sortent sur grand écran aiment de temps à autre rendre un hommage au cinéma de genre. Ainsi, on concilie deux publics où les histoires sont parsemées de références en pagaille. Monstres contre Aliens, Monster House, L’étrange pouvoir de Norman ou encore Hôtel Transylvanie ... Autant d’exemples...

Sur Horreur.net