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Délivrance – Critique

Délivrance

Un très bon film, initiateur du survival qui n'a que très peu vieilli.

Publié le 25 Octobre 2014 par AqME · Voir la fiche de Délivrance

Il fut un temps où le cinéma était innovant, et où les scénaristes, tout comme les réalisateurs avaient de grandes ambitions pour faire avancer le septième art. On se souvient encore de 2000 maniacs !, premier film gore sorti en 1963 sous la direction de Herschell Gordon Lewis et qui a initié et inspiré un bon nombre de cinéastes aujourd'hui encore. John Boorman, le papa d'Excalibur et de Zardoz, va quant à lui initier un nouveau genre qui est le survival. Alors il faut savoir ce qu'est le survival : des gens sympathiques sont immergés dans la nature. Alors soit ils font du sport, soit ils ont un accident, mais quoiqu'il en soit, ils sont paumés dans la cambrousse. Puis arrivent des gens par forcément gentils qui vont leur faire des misères comme des viols, des meurtres, du cannibalisme, bref, tout un programme. Et ces jeunes gens vont essayer de survivre dans la nature sauvage et d'échapper aux sauvages. Idée géniale pour l'époque, mais surtout montrant du doigt une Amérique profonde, Boorman livre le socle de base d'un genre qui va partir dans tous les sens au fil des années. Remontons en 1972 et voyons ce que ça donnait.

La question que l'on peut se poser, c'est pourquoi ce film est-il devenu un monument du genre ? C'est vrai que lorsque l'on regarde le scénario, c'est assez simpliste comme idée de départ. On va suivre quatre hommes, issus de la classe moyenne américaine, qui décident de se rendre en Georgie pour descendre une rivière sauvage qui va bientôt disparaître à cause de l'industrialisation. Sur place, nos compagnons vont rencontrer des autochtones un poil consanguins, mais assez avenants. Ils commencent à descendre la rivière, jusqu'au moment où un groupe se détache et va se balader dans les bois. Surgissent alors deux types pas très nets qui vont leur fait passer un sale quart d'heure. Sauf que lorsque nos héros tue l'un d'eux, ils se retrouvent confronter au dilemme de dire le meurtre à la police ou de cacher le corps. Seulement, ils n'avaient pas prévu que le second bonhomme les poursuivrait pour leur faire la peau. Avec ce scénario, on peut rigoler aujourd'hui, mais en le remettant dans le contexte de l'époque, c'était sûrement assez choquant.

D'autant plus que Boorman ne s'intéresse pas uniquement à l'horreur que vont vivre les personnages, puisqu'il va montrer les dangers de la nature et démontrer une certaine misère sociale et un écart incroyable entre les habitants de la ville et ceux des campagnes. Alors si le film a connu un tel succès et qu'il est devenu mythique de nos jours, c'est aussi grâce à une réalisation exemplaire et deux scènes cultes. Mais je reviendrai dessus un plus loin. Parce qu'avant, j'aimerai dire trois mots sur l'ambiance globale de ce métrage. Car sans toutefois être un film d'horreur, il arrive à osciller entre deux genres distincts avec un brio certain et cela on le doit à l'atmosphère oppressante et la sensation permanente de danger. En effet, la rivière sauvage est déjà un danger perpétuel, mais avec les rapides et les rochers, elle devient un ennemi à part entière, sans compter sur la forêt oppressante par sa densité, son omniprésence et par ce qu'elle peut y cacher, et il faut rajouter à cela un dérangé du bulbe qui suit avec une carabine nos compères. Tout cela mis ensemble forme une pression constante et pose une ambiance lourde et suffocante.



Mais le film ne serait rien sans la présence de quatre acteurs vraiment convaincants. Le tournage a été très difficile et Boorman a tout fait pour ne pas saccager la nature environnante, ce qui fait que les acteurs étaient vraiment dans des conditions optimales pour faire leurs personnages. En tête de liste, nous avons le fameux Jon Voight qui joue le héros du film, mais qui se découvre au fil de l'aventure. Il interprète son rôle à merveille et développe une grande empathie envers le spectateur, car on peut s'identifier très rapidement à lui. A ses côtés, on a le célèbre Burt Reynolds, qui joue le mec sûr de lui, très sportif, salvateur, mais qui va être le maillon faible au bout d’un moment. Toujours excellent, il campe son rôle avec finesse et justesse.

Les deux autres personnages sont vraiment très bons aussi, ayant chacun un rôle différent, entre le bien portant un peu manche, mais qui va être une aide précieuse et qui va se réveiller au bout d'un moment, puis le bon ami qui croit en la loi et qui part en vrille lors du premier meurtre. Les interprétations sont excellentes et les personnages sont très attachants. Malheureusement, le film accumule quelques longueurs, surtout vers la fin et le film perd un peu en force dans ce moment-là. Mais il faut reconnaître que deux scènes sont exceptionnelles et l'une d'elle est vraiment choquante. Je parle bien entendu de la scène du viol. Scène viscérale, filmée en gros plan sur les visages et qui met vraiment mal à l'aise, même aujourd'hui ! L'autre scène culte est le duel de banjo, qui va nous poursuivre tout le film et qui est un passage à la fois drôle, attachant, mais donnant une impression de malaise. Certainement l'une des scènes les plus connus du cinéma ! Les amateurs de gore passeront leur chemin, car le film est plus un métrage d'aventure qu'un film d'horreur.

Au final, Délivrance est un très bon film, initiateur d'un genre qui va devenir redondant et dont les rejetons seront de qualité inégales, avec du très bons, comme du très mauvais. En attendant, il s'agit d'un film qui n'a pas trop vieilli et qui vous prend aux tripes. Dénonçant une Amérique profonde esseulée et les dangers immuables de la nature, Délivrance est le socle commun à tous les survival d'aujourd'hui. Bref, un film culte sans pour autant être exceptionnel, mais que tout amateur de cinéma de genre se doit d’avoir vu au mois une fois.

AqME
À propos de l’auteur : AqME

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