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Dracula 3D – Critique

Dracula

Un Dracula qui n'apporte rien de nouveau et qui confirme malheureusement la déchéance artistique du cinéma de Dario Argento

Publié le 24 Décembre 2013 par Oeilsansvisage · Voir la fiche de Dracula

L'adaptation entreprise par Dario Argento pour le grand écran du célèbre roman de Bram Stoker est un ratage quasi complet. C'est un constat qu'il faut faire d'emblé si l'on veut pouvoir en tirer un peu de satisfaction, refusant d'accepter totalement le bourbier progressif dans lequel, celui que l'on nomma autrefois "le maître de l'horreur", s'empêtre plus profondément avec chacun de ses derniers films.

Si Mother of Tears (2007) et Giallo (2009) ont fait couler beaucoup d'encre en raison des défauts qu'ils accumulent, Dracula enfonce sévèrement le clou. Le film sort sur les écrans français plus d'un an et demi après avoir été projeté pour la première fois en France, lors du Festival de Cannes 2012, pour lequel il faisait parti de la sélection officiel mais présenté hors-compétition comme le rappelle un carton au début du film. Cette sortie tardive et confidentielle montre la triste réalité qui s'abat désormais sur les films du cinéaste italien. On peut néanmoins se réjouir d'une distribution en salle (et en 3D pour certaines) alors que Giallo était sorti directement en vidéo sur le territoire hexagonale.

Mais qu'est ce qui fait donc de ce Dracula cuvée 2013 un si mauvais film ? Il reprend globalement l'histoire du comte des Carpates, déjà adaptée maintes fois au cinéma, avec un scénario sans surprise et occultant, budget oblige, les parties du récit original se déroulant à Londres. La force des films d'Argento n'a jamais vraiment résidé dans leurs scénarios mais plutôt dans leur esthétique et dans cette maîtrise si particulière de la mise en scène. Outre son déroulement narratif schématique et convenu, ce qui pèse le plus lourd sur ce Dracula, est sa laideur formelle. Cela commence dès le générique qui s'inscrit en caractères gothiques rouge sang, copiant misérablement le style du mythique Horror of Dracula (1958) de Terence Fisher. Le plan d'ouverture illustre de façon emblématique les choix artistiques fait par Argento et son équipe : la caméra adopte le point de vue subjectif d'un volatile qui surplombe un village d'architecture médiévale. Le tout est entièrement créé en images numériques dont les textures sont dignes d'une cinématique de jeu vidéo des années 1990. Les rangées de tuiles sur les toits dans maisons s'affichent avec un aliasing prononcé qui, montré au travers des tournoiement aériens, donne la nausée. A l'heure où les consoles de salon dernière génération affichent une netteté et une précision remarquable, cette introduction passe pour un travail d'amateur faisant peine à voir. Le ton est donné et, malheureusement, les autres effets-spéciaux numériques désastreux venant ponctuer le récit ratent systématiquement leurs objectifs. Ils interviennent pour représenter les différentes créatures en lesquelles se transforment le comte vampire et les blessures qu'il inflige à ses victimes. Il est tantôt une chouette, un rat, un loup, un essaim de mouches et même une mante religieuse géante ! En plus de proposer des effets spéciaux d'une qualité médiocre, le film d'Argento se permet de montrer les créatures en gros plan, ce qui a pour effet d'accentuer l'artificialité des images numériques. Le film est intégralement tourné en 3D, sûrement pour jouer sur ces effets spéciaux, mais le résultat fait l'effet d'un pétard mouillé. Le summum du ridicule est atteint avec la mante religieuse qui s'affiche tout entière et en pleine lumière, tombant dans la vulgarité d'une monstration intégrale, annulant du même coup tout sentiment de terreur, pour ne laisser place qu'à la consternation.

Le pire, c'est qu'au-delà de ces éléments de compositions grotesques, c'est l'esthétique même de la photographie, en particulier l'éclairage, qui empêche toute immersion dans l'univers proposé. Si il y a bien un domaine dans lequel les films d'Argento se sont illustrés, c'est celui de l'éclairage. Il suffit de revoir Suspiria (1977) et Inferno (1980) pour en être convaincu. C'est pourtant Luciano Tovoli, chef opérateur sur Suspiria, qui est au commande. Ici, une lumière diffuse inonde tout malgré des bougies aussi omniprésentes qu'inutiles, reléguées au rang de bibelots décoratifs.

Les performances des acteurs sont peu convaincantes et laissent penser qu'ils étaient aussi enthousiastes à l'idée de tourner cet énième film basé sur Dracula, que les spectateurs à aller le voir. Dario fait tourner sa fille Asia, nue dans plusieurs scènes, ce qui (re)pose la question de la pathologie incestueuse semblant unir les deux individus. Seul le charismatique Rutger Hauer parvient à incarner le professeur Van Helsing avec dignité, malgré quelques gros plans insistants sur son visage, cherchant maladroitement à en tirer de l'émotion. Décidément, le metteur en scène ne contrôle plus rien : qu'est-il arrivé à sa maîtrise légendaire du découpage de l'action?

Que reste-il alors qui puisse rattraper un tel désastre ? On retient de jolis costumes et une direction artistique relativement soignée malgré la platitude de la mise en scène qui donne aux décors et à l'action de l'arrière plan, la teneur d'un téléfilm de Lamberto Bava, type La Caverne à la rose d'or. Quelques très rares moments de grâce viennent égayer ce triste cauchemar : la bibliothèque de Dracula, que Jonathan Harker doit ordonner, rappelle un peu celle de l'alchimiste dans Inferno et l'église offre la seule scène où la lumière est traitée de façon intéressante. Un seul effet numérique réussi là où les autres échouent, lorsque Dracula se personnifie à partir d'une nuée de mouches et que les dernières bestioles se fondent subtilement dans son visage.

Si ce Dracula restera peut être dans les mémoires, ce sera pour se rappeler l'échec qu'il traduit. Il faut espérer que le cinéaste retrouve un peu de son panache dans une prochaine production, mais les déclarations qu'il fait autour de son film ne semble pas indiquer qu'il ait conscience de la tragédie que ses derniers travaux représentent aux yeux des fans. On préférera revoir le film de Francis Ford Coppola sorti vingt ans plus tôt, qui reste une des plus belles adaptations du roman de Stoker.

Oeilsansvisage
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