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La Belle & la Bête – Critique

La Belle & la Bête

Cette remise au goût du jour du célèbre conte est une réussite pour Christophe Gans qu'on n'avait plus vu au cinéma depuis Silent Hill en 2006. Très abouti sur le plan esthétique, le film est un régal pour les amateurs de fantastique à la française.

Publié le 9 Mars 2014 par Oeilsansvisage · Voir la fiche de La Belle & la Bête

Cela faisait huit ans que Christophe Gans n’avait plus réalisé de film pour le cinéma. Il revient au meilleur de sa forme avec une mise au goût du jour de La belle et la bête, un projet ambitieux qui aura nécessité un long travail. Alors que Silent Hill, son film précédent, était une commande américaine inspiré d’un jeu-vidéo japonais (par ailleurs peut-être la meilleure adaptation de ce type sortie à ce jour ?), la volonté du cinéaste de s’attaquer au classique qu’est La belle et la bête montre qu’il tient à inscrire son œuvre dans l’héritage culturel de son pays d’origine. La production de cinéma fantastique en France n’étant pas très répandue, on ne peut que saluer la démarche de Gans qui avait déjà su s’imposer en 2001 avec Le Pacte des loups. Cette nouvelle adaptation du conte parvient-elle à satisfaire les attentes que son seul titre à le pouvoir de provoquer ?

En regardant ce nouveau film, on ne peut s’empêcher de le comparer au magnifique film de Jean Cocteau sortit il y a près de 70 ans, dans lequel Jean Marais livrait une de ses performances les plus mémorables. Loin de se contenter d’en faire un remake, l’idée de Christophe Gans relève autant de l’hommage que de la création originale. Il n’est pas surprenant que ce cinéphile passionné (il dirige notamment la boîte d’édition HK Video) se soit réapproprié cette histoire de monstre et d’univers merveilleux.
La belle et la bête est un conte universel et ancestral dont l’origine reste inconnue. La forme qu’on lui connaît aujourd’hui fut initialement couchée sur papier par Gabrielle-Suzanne de Villeneuve en 1740 après qu’elle l’est entendue racontée oralement. Christophe Gans se base sur ce texte tout en étoffant les péripéties pour ajouter au spectacle. On pense par exemple au sort des bandits qui ayant pénétré dans le royaume de la bête, finissent écrasés par des géants de pierre !


Le domaine de la bête est gardé par des individus plutôt inattendus

Prenons donc ce film pour ce qu’il est, sans trop considérer le traditionnel dilemme engendré par les adaptations qui veut que les plus ouverts acclament les libertés prises par le cinéaste et que les puristes crient au scandale. Un des aspects les plus marquants du film réside dans les décors où l’action prend place. De nombreux environnements différents se succèdent, offrant un vaste éventail de paysages somptueux où le traitement de l’image accentue le côté féérique. Le domaine de la bête est le plus réussi de ce point de vue : les jardins et le château sont dotés d’une atmosphère purement merveilleuse - magique et colorée - dans laquelle les personnages évoluent comme au sein d’un rêve. Le travail sur la direction artistique est remarquable et les costumes sont aussi flamboyants que les décors. La séparation du récit en deux temporalités permet d’apprécier la différence entre deux époques : une première se situant au XIXème siècle pour le principal de l’action et une seconde début Renaissance, montrant le passée du prince devenu un être monstrueux.


Belle découvre son nouveau lieu de vie, plutôt sympa non?

Ce cadre regorgeant de détails permet au spectateur de s’immerger dans l’univers du conte et aux deux personnages principaux de déployer leurs atouts respectifs. C’est Vincent Cassel, déjà vu en méchant dans Le Pacte de loup, qui incarne le prince et la bête. Il remplit son rôle de façon convaincante en confirmant ses capacités à jouer des personnages sombres et violents comme ceux qu'il interprétait dans Dobermann (1997) ou Sheïtan (2006) pour ne citer qu’eux. Son maquillage semble être le fait d’images numériques et rappelle un peu l’apparence de celui de Jean Marais dans le film de Cocteau, bien que les traits de la créature campée par Cassel soient plus agressifs. Son attitude l’est également : la bête bondit, rugit et fait preuve d’une vigueur décuplée en comparaison des autres adaptations du conte.
Qui d’autre que Léa Seydoux, incontestable coqueluche du moment, pour incarner Belle ? A ce propos, il n'est pas anodin de faire remarquer que le film est distribué par Pathé, dont le directeur n'est autre que Jérôme Seydoux, le grand-père de Léa. Le contraste que son personnage représente face à ceux de ses deux soeurs irritantes, lui permet de trouver une certaine force et de ne pas se cantonner exclusivement dans le rôle de la beauté naïve et innocente. Elle tient fièrement tête à son hôte jusqu'à une résolution sans surprise mais intelligemment amenée par la mise en scène.


Mieux vaut ne pas trop contrarier une telle créature

Finalement, c’est un véritable film d’aventure qu’a réalisé Christophe Gans. Il a su insuffler une énergie qui donne à son adaptation de La belle et la bête la qualité des films fantastiques les plus réussis de ces dernières années. Cette volonté de vouloir jouer dans la cours des grands provoque en même temps une surenchère d’effets spéciaux qui ont tendance à prendre le dessus sur la relation qui lie les personnages. En cela, le film de Christophe Gans ne parvient pas nécessairement à surpasser la poésie du classique de Jean Cocteau. Il n’en reste pas moins un superbe film, très abouti sur le plan esthétique, qui aura peut-être le pouvoir de réconcilier les spectateurs les plus réfractaires au cinéma fantastique et au cinéma français.

Oeilsansvisage
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