Voir la fiche complète du film : La Malédiction D'Arkham (Roger Corman - 1963)

La malédiction d'Arkham

Entre deux adaptations de Poe, Roger Corman réalise l’une des meilleures figures cinématographiques du panthéon Lovecraftien. Une œuvre sombre et passionnante que n’aurait pas reniée le maître de Providence…
Publié le 30 Janvier 2017 par Dante_1984Voir la fiche de La Malédiction D'Arkham
8

Si Lovecraft est considéré comme l’un des plus grands écrivains du XXe siècle, son succès n’a pas toujours été constant, voire tardif. Une influence posthume qui, au début des années1960, n’en était encore qu’à ses balbutiements. Alors que Roger Corman multipliait les réussites commerciales avec les adaptations de l’univers de Poe (La chute de la maison Usher, La chambre des tortures...), il s’apprêtait à se pencher sur le poème The Haunted Palace. Néanmoins, le script n’était pas prêt. Il fallut donc modifier la tournure du film avec une nouvelle de Lovecraft (L’affaire Charles Dexter Ward) tout en conservant une infime partie du matériau d’origine (des citations), ainsi que son titre (Edgar Poe’s The Haunted Palace).

Un séjour dans une petite ville si tranquille...

Ceci étant, l’œuvre de Lovecraft est difficilement transposable à l’écran. Elle aura rarement donné des résultats convaincants. Pourtant, La malédiction d’Akham jouit d’une excellente réputation. Ce n’est pas tant la trame qui s’arroge certaines libertés temporelles et contextuelles avec l’histoire de base qui importe. Arkham (Le monstre sur le seuil, La couleur tombée du ciel) prend la place de Providence et le XXe siècle devient le XIXe, sans doute pour davantage coller à une ambiance gothique qui n’est pas sans rappeler certaines productions américaines et britanniques de l’époque. Malgré ces écarts, il n’en demeure pas moins que le fond et les enjeux restent les mêmes.

L’occultisme est facilement assimilable aux affaires de sorcellerie du XVIIe siècle. Preuve en est avec l’introduction typique qui s’impose comme principale justification pour la suite des événements. Dès lors, tout le matériel relatif à la mythologie Lovecraftienne et celle des Grands Anciens s’insinuent dans la trame. Outre L’affaire Charles Dexter Ward qui occupe la majeure partie du présent métrage, on songe également à L’abomination de Dunwich par certaines séquences au cœur du village d’Arkham. Invocation maléfique oblige, le Necronomicon a son importance dans les rituels infâmes que commet Joseph Curwen. En somme, le lecteur averti de Lovecraft y retrouvera les éléments principaux qui ont forgé son œuvre.

Avec une population accueillante

Mais la grande force de La malédiction d’Arkham (pour une fois que le titre français est plus évocateur que l’original) se trouve dans son atmosphère, foncièrement axée sur ce qui est caché et les non-dits. Cette approche psychologique contribue à distiller une sensation de malaise, loin des habituels frissons suggérés par les fantômes et autres spectres hantant de lugubres châteaux. Un choix d’autant plus judicieux que les maquillages restent assez grossiers, même pour une production de plus d’un demi-siècle. Les malformations des villageois révèlent des prothèses disposées avec maladresse, à la limite du grotesque. Constat identique pour le dénouement puisqu’on donne un visage à la créature invoquée (Yog-Sothoth?).

Ces artifices ont beau mal vieillir, le film de Roger Corman repose en grande partie sur le charisme et la prestation de l’immense Vincent Price. Sa simple présence à l’écran suffit à crédibiliser cette sombre affaire. Preuve en est avec des nuances d’interprétation quand il incarne le sémillant Charles Dexter Ward ou quand l’esprit de son ancêtre le possède. Le contraste est stupéfiant, mais joue davantage sur l’expressionnisme (dureté du visage, gestuelle modifiée...) que sur des comportements assez évidents (le dédain à l’encontre des villageois ou la violence envers sa femme). Pour lui donner le change, le reste du casting offre lui aussi une excellente composition. Qu’il s’agisse de l’éclatante Debra Paget ou de l’inquiétant Lon Chaney Jr, on a droit des acteurs clairement impliqués.

Et un peu de lecture pour les soirs au coin du feu

Au final, La malédiction d’Arkham n’a pas usurpé sa réputation. En dépit de quelques divergences avec la nouvelle de Lovecraft, le film de Roger Corman parvient à retranscrire l’ambiance qui la caractérise en y incorporant les grandes lignes de son œuvre (Necronomicon, Grands Anciens...). Malgré quelques aspects graphiques vieillissants (principalement les maquillages), le ton gothique du cadre, l’interprétation de haute volée et l’histoire en elle-même n’ont rien perdu de leurs attraits. Il en ressort une vision relativement fidèle et travaillée, bien consciente que la vraie terreur se suggère. Un classique du genre et sans doute la meilleure adaptation d’un récit de Lovecraft à l’écran.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Echap
Depuis l'avènement des caméras numériques, je ne vous apprends rien, il est devenu beaucoup plus simple pour n'importe quel cinéaste amateur de mettre en images ses créations. Cela étant, s'il sont bourrés d'idées, ces réalisateurs en herbe n'ont souvent pas les moyens de leurs ambitions. C'est ainsi qu'une profusion de films au budget rachitique ont vu le jour ces...
Détour Mortel 5: Les Liens du Sang
Jusqu'ici, la saga Detour Mortel avait su conserver un niveau qualitatif très honorable compte tenu de son budget et de ses chapitres formatés pour le DTV. Un exploit quand on la compare à d'autres franchises qui ont sombré bien plus vite qu'elle dans la médiocrité (au hasard, les Hellraiser ). Mais cette fois ça y est, mes bons amis, Détour Mortel 5 est l'épisode qu'il ne...
Jack Brooks : Tueur de Monstres
Comment résister à un film intitulé Jack Brooks: Tueur de Monstres avec, en tête d'affiche, ce bon vieux Robert Englund et dont la jaquette proclame, je cite: "Quand Super Mario rencontre Evil Dead !". Impossible, pour l'amateur de série B en quête de divertissement facile, de passer à côté. Alors quand, en plus, cette même jaquette a le bon goût d'être très attrayante, il...
La Mutante des Mers
La Mutante des Mers se présente comme le remake d'un film de monstre de 1956 : The She-Creature d' Edward L. Cahn . N'ayant pas vu cet antique témoin d'un cinéma populaire à base de Craignos Monsters en latex, c'est donc vierge de tout apriori que j'ai entamé le visionnage du film de Sebastian Gutierrez . Et puisque j'en suis aux confidences, sachez que j'ai...
Bad Kids go to Hell
Le slasher est un genre qui fut répandu durant les années 2000, largement remis au goût du jour grâce au Scream de Wes Craven et décliné sous plusieurs emballages : Souviens-Toi l'été Dernier , Urban Legend , Cherry Falls ... Malgré des meurtres différents, des lieux différents, des mobiles différents, tous ces films semblaient semblables. Ce genre, qui plaisait fortement aux adolescents de l'...