Voir la fiche complète du film : La Morte-Vivante (Jean Rollin - 1982)

La Morte-Vivante

Chargés de se débarrasser de futs toxiques, trois hommes réveillent une jeune femme morte. On regrette ce manque de profondeur d'un scénario qui aurait mérité plus d'intensité, ruinant quelque peu la portée de ce film.
Publié le 24 Juin 2010 par GORE MANIACVoir la fiche de La Morte-Vivante
4

**Attention, cette critique contient quelques spoilers.**

Chargés de se débarrasser de futs toxiques, trois hommes réveillent une jeune femme morte depuis deux ans, dans les catacombes d'un château.

Unique cinéaste français pouvant se targuer d'être resté fidèle durant toute sa carrière au cinéma fantastique, dès la fin des années 60, Jean Rollin s'attaquait dès le début des années 80 au film de zombie, après s'être fait une spécialité du film de vampire lesbien.

La Morte-Vivante nous conte l'histoire de Catherine, morte depuis quelques années mais ramenée à la vie à cause de pilleurs de tombes peu habiles.

D'emblée, Rollin pose son univers spécifique avec cette crypte filmée en décor naturel (une gageure de nos jours). La menace toxique, fait souvent évoqué à l'époque au cinéma, sert d'explication à la résurrection de l'héroïne, et permet ainsi à Rollin d'explorer un nouveau personnage horrifique : le mort-vivant.
En effet, depuis son premier métrage, Le Viol du Vampire (1968), qui avait fait grand bruit à sa sortie, Rollin avait surtout centralisé son oeuvre autour de la femme vampire. La Rose de Fer dénotait néanmoins déjà une volonté chez Rollin d'élargir son panel fantastique, qu'il assumera pleinement avec Les Raisins de la Mort.

Il est vrai que George Romero avait changé le visage du monstre de film d'horreur dès 1968, avec La Nuit des Morts-Vivants. Toutefois, il y a de grandes différences entre le zombie de Romero et celui de Rollin.
En effet, cinéaste surréaliste par excellence, Rollin ne pouvait donner qu'une vision personnelle décalée du mythe de zombie. Une fois ressuscitée, La Morte-Vivante s'avère surtout être une jeune femme sans repères, isolée dans un quotidien qui l'a rejeté depuis longtemps, sorte d'Alice au pays des horreurs.

D'ailleurs, il aurait été jubilatoire de voir une version d'Alice par Rollin, qui se serait probablement rapproché de la vision de Chabrol (Alice ou la Dernière Fugue). Tout amateur de la peinture rolliniste se délectera des détails savoureusement kitsch mis à sa disposition durant tout le métrage.

Toutefois, force est de constater que le film peine à trouver son rythme, tel un zombie en quête de chair humaine. Ainsi, la résurgence des souvenirs de Catherine, nécessaire à l'histoire, n'engendrera toutefois pas une grande excitation intellectuelle chez le spectateur.
De plus, ce métrage n'est pas friand de corps dénudés, la beauté des actrices étant, il est vrai, assez peu évident, même si Marina Pierro accroche bien l'oeil de la caméra.

En fait, Rollin signe avec ce film l'un de ses métrages les plus gores, logique pour décrire les meurtres d'une femme zombie. Au départ, l'héroïne se contente du sang de ses victimes. Ses longs ongles et son visage blafard la font d'ailleurs ressembler davantage à un vampire, preuve que le suceur de sang n'est jamais très éloigné de l'oeuvre du cinéaste.
L'arrivée d'Hélène, l'amie d'enfance de Catherine, semble lancer un peu le film. Hélène, comprenant l'état de son amie, décide de prendre soin d'elle et de l'aider à se nourrir, devenant ainsi sa complice. Catherine, à l'instar d'un Martin ou plus tard du héros pitoyable de Moi, Zombie : Chronique de la Douleur, est démontrée avant tout comme une victime.

A mesure qu'Hélène fera preuve de déviance et de cruauté, on s'attachera au destin tragique de l'héroïne, Rollin restant ainsi encore en marge d'un cinéma conventionnel qui ne l'a de toute manière jamais reconnu, paria volontaire du cinéma français. Les décors et l'ambiance champêtre du métrage entretiendront cet aspect marginal jusqu'à un épilogue assez suffocant.

Conformément à une promesse faite durant leur enfance, les deux jeunes femmes ne devaient jamais se quitter, même dans la mort. Sauvée d'une noyage salutaire, Catherine dévorera son sauveur et bourreau dans une scène macabre et symbolique, acceptant enfin son état de zombie dans un fatras d'hémoglobine et de chair filmé dans la douceur de la nuit.

Ne pouvant être considéré comme l'un des films majeurs du cinéaste, à cause d'un casting peu marquant et d'un manque de rythme assez criant, La Morte-Vivante reste un film intéressant proposant une vision différente du zombie.
On regrette néanmoins ce manque de profondeur d'un scénario qui aurait mérité plus d'intensité, ruinant quelque peu la portée de ce film.

A propos de l'auteur : GORE MANIAC
Portrait de GORE MANIAC

J'essaie de partager ma passion pour un cinéma méconnu, mais qui mérite incontestablement qu'on s'y arrête !

Autres critiques

Milo sur Mars
Adapté d'un livre pour enfants de Berkeley Breathed , ce nouveau film du réalisateur de la sous-estimée Machine à explorer le temps version 2002 se présentait sous les meilleurs auspices: une histoire intéressante, un budget de 150.000.000$ pour la porter à l'écran, un réalisateur habitué à l'animation, le talent du studio de Robert Zemeckis ImageMovers Digital , et des acteurs sympathiques...
Masters of Horror 23 - Le Chat Noir
L'écrivain Edgar Poe tente, tant bien que mal, de subvenir aux besoins de son épouse, la jeune Virginia, gravement malade, en publiant ses poèmes et contes. Mais les ennuis s'accumulent suite à la présence toujours plus envahissante du chat du couple, Pluton. S'inspirant rarement de nouvelles ou de romans, la série Masters Of Horror faisait ici exception en adaptant, pour l'un des épisodes de la...
Dragonball : Evolution
Dire que cette adaptation live du manga culte d’ Akira Toriyama s’est faite désirer est un doux euphémisme. En effet, cela faisait presque une dizaine d'années que des rumeurs couraient sur un possible long métrage et que des légions de fans s’excitaient à la moindre image "fake" débarquant sur le net. L’annonce officielle par la FOX de la mise en chantier du projet a donc logiquement attisé l’...
Priest
Dans un avenir proche, un prêtre se met en tête de sauver sa nièce des canines acérées d'une horde de vampires. Après l'imparfait et mésestimé Légion , Scott Stewart poursuit dans le thème de la religion et de la spiritualité avec Priest . Comme son précédent film, Priest pâtit d'une piètre réputation envers son public. Si les suceurs de sang ont subi maints revers depuis quelque temps, il n'en...
Incidents de Parcours
Suite à un accident, un sportif accompli devient tétraplégique. Un ami scientifique lui propose alors l'aide d'une guenon très intelligente, Ella. Mais cette dernière, sujet d'expérimentations sordides, va rapidement devenir incontrôlable. Décédé en 2017 alors qu'il venait tout juste d'annoncer la mise en chantier d'un septième film de zombies, George A. Romero est surtout...