Voir la fiche complète du film : Le Redoutable Homme des Neiges (Val Guest - 1957)

Le redoutable homme des neiges

Un survival animalier qui relève plus du film d’aventures dont le discours tranche avec les considérations binaires actuelles. Une production Hammer qui augure du succès de la firme britannique et reste, à ce jour, l’un des meilleurs films sur le yéti qui, soit dit en passant, n’est pas si abominable ou redoutable.
Publié le 22 Décembre 2018 par Dante_1984Voir la fiche de Le Redoutable Homme des Neiges
7
Primate

Pour le cinéma de genre, les années1950 sont marquées par de nombreuses productions de science-fiction. Entre les préoccupations scientifiques d’une vie extraterrestre et une parabole avec l’envahisseur communiste en période de guerre froide, les métrages de ce style se sont multipliés. Cela a notamment laissé le champ libre aux initiatives horrifiques qui, quelque peu en retrait depuis l’âge d’or des monstres d’Universal, peinaient à se renouveler. L’époque est également marquée par l’émergence d’une société de production britannique encore modeste: la Hammer. En 1957, celle-ci est bien loin de sa renommée future et de ses histoires gothiques.

Un yéti qui a la dent dure ?

Le redoutable homme des neiges n’est pourtant pas un coup d’essai. On peut évoquer Frankenstein s’est échappé et, du même cinéaste que le présent film, La marque et Le monstre. Progressivement, la Hammer pose les jalons de son succès à venir. À commencer par une économie de moyens proportionnelle à la capacité de les exploiter de manière inventive et efficace. La majeure partie du métrage a été tournée en studio. Certains plans larges, eux, ont été pris dans les chaînes pyrénéennes. La reconstitution de la lamaserie et de l’environnement fait illusion. Sans doute est-ce dû à la qualité de la réalisation ou au cachet si particulier du noir et blanc, toujours est-il que l’immersion est au rendez-vous.

La confrontation avec la communauté tibétaine contribue à un dépaysement de circonstances, mettant en exergue le clivage entre les Occidentaux et les peuples d’Extrême-Orient. On songe à la complaisance et la condescendance des premiers face à la sagesse et à l’indifférence toute déférente des seconds. D’ailleurs, on apprécie le contraste entre la soif de savoir sur une rigueur toute scientifique et la méconnaissance ethnique qui résulte de l’ignorance et des rumeurs. Il est toutefois à regretter que les notions patriarcales prennent le pas sur la complémentarité des protagonistes. C’est notamment le cas pour le rôle de second plan de Maureen Connell ou le statut de faire-valoir des porteurs et des moines locaux.

Chausseriez-vous du 60 ?

S’il est avancé comme un film d’horreur ou un survival animalier avant l’heure, Le redoutable homme des neiges s’avance plus comme un récit d’aventures. L’expédition en elle-même recèle sa part de mystères et d’attente en de telles circonstances. De découvertes en promesses de gloire, la progression se fait en comité restreint. Ce groupe d’hommes étant soumis aux aléas climatiques de l’Himalaya et les dangers de la montagne. Le blizzard, le froid glacial, le risque d’avalanche, les reliefs escarpés propices à une chute malencontreuse... Exception faite d’une sensation de vertige absente, autant de menaces qui sont intégrées à l’intrigue pour en faire une donnée essentielle, peut-être plus importante que le yéti lui-même.

En ce qui concerne ce dernier, sa présence relève de la suggestion. Les classiques empreintes démesurées dans la neige, des sons rauques qui se propagent entre les sommets, des ombres à peine définissables... Tout cela concourt à développer un climat de suspicion, proche de la paranoïa. Et c’est sur ce point que le film de Val Guest s’avère étonnant. Le spectateur n’assiste pas à un massacre en règle, comme il est généralement admis pour le genre. Non, la véritable menace vient de la perception des protagonistes au regard de leur environnement et, par extension, de la créature. Les drames et les morts qui surviennent sont uniquement la conséquence indirecte de ce point de vue biaisé. Un traitement remarquable qui met en avant le tempérament néfaste de l’homme envers lui-même.

Un "abominable" homme des neiges qui préfère rester dans l'ombre...

Au final, Le redoutable homme des neiges est un film étonnant dans le sens où il ne se cantonne pas à un style prédéfini. Mélangeant les genres et les sources d’inspiration, il s’éloigne sensiblement des séries B de l’époque, comme The Snow Creature. Il en résulte une approche réellement convaincante qui se pare d’un message sous-jacent inattendu sur la relation de l’homme à la nature et du regard que porte celui-ci sur ses contemporains étrangers. Ce traitement assez sensible use de cet aspect émotionnel pour détourner le véritable danger qui sommeille dans les montagnes de l’Himalaya. Si ce n’est l’irruption de certains trucages passablement désuets, et néanmoins assez rares, le film de Val Guest a très bien vieilli.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Amityville : The Awakening
Depuis les années 1970, l’affaire Amityville n’a eu de cesse de défrayer la chronique. À partir du fait divers original et du livre, les films qui ont suivi nous ont donné du classique (les deux premiers volets), du correct et du mauvais, proche du nanard, comme la troisième itération. Vu de l’hexagone, on pourrait croire que la saga s’en soit tenue au remake. Or, la...
Casper
Ah! Casper le gentil fantôme ! Un chouette petit dessin animé sans prétentions qui a bercé l’enfance de pas mal d’entre nous. La transposition en film ne paraissait pas devoir poser trop de problèmes au vu des possibilités offertes, mais on sait tous comment ça peut se terminer avec les adaptations sur grand écran… Un look très "Burtonnien" pour l'intérieur de la...
Poltergeist
Quatrième long-métrage tourné par Tobe Hooper pour le cinéma, Poltergeist représente un sommet dans la carrière du réalisateur de Massacre à la tronçonneuse . Produit et scénarisé par Steven Spielberg, Poltergeist marque une certaine rupture de ton avec les précédents films de son réalisateur, tout en restant dans le registre de l’horreur et de l’épouvante. L’action se déroule dans une banlieue...
Jurassic World : Fallen Kingdom
Jamais un film n’aurait aussi bien porté son nom : ce Jurassic World 2 incarne parfaitement la chute du mythe de cette série devenue culte dans le temps. Si tout n’est pas mauvais, de nombreuses faiblesses viennent malheureusement plomber l’enthousiasme du fan de la première heure. Cela fait maintenant trois ans que les dinosaures se sont échappés de leurs enclos et ont détruit...
Resurrection
Un groupe d’amis part en week-end dans de vertes contrées pour s’aérer la tête et faire du quad. Sur place, un endroit complètement retiré des plaisirs et du tumulte de la civilisation, ils vont tomber sur une communauté pour le moins inhospitalière. Le survival est un genre similaire au slasher. Chaque film traite, à quelques détails prêts, de la même thématique à travers un panel de...