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Shark - Le mangeur d'hommes – Critique

Shark - Le Mangeur d'Hommes

Quand un film d’aventures s’avance comme un survival animalier non avoué, le résultat s’annonce mensonger et racoleur. Shark – Le Mangeur d’hommes s’affuble d’une approche scénaristique quelconque et prévisible qui se double d’un ennui permanent. Le concours de Burt Reynolds n’y change rien et ne fait guère oublier la présence éphémère des squales. Une production maladroite, trompeuse, presque caricaturale dans les poncifs qu’elle véhicule.

Publié le 15 Septembre 2020 par Dante_1984 · Voir la fiche de Shark - Le Mangeur d'Hommes

Avant que Les Dents de la mer ne devienne le succès et le chef d’œuvre que tous les cinéphiles connaissent, le survival animalier n’en était qu’à quelques essais embryonnaires, comme le vieillissant The Legend of Boggy Creek. Mais pour revenir aux films de requins-tueurs, le métrage de Steven Spielberg n’est pas la première production à traiter du sujet. Certes, son approche demeure unique et définit tous les codes qui mineront ensuite la sharksploitation. Dans le domaine, on distingue néanmoins des tentatives qui ne sont guère passées à la postérité, comme le préfigure Shark – Le mangeur d’hommes de Samuel Fuller.

 

En voilà un film qui saoûle !

D’emblée, on devine le titre racoleur qui joue sur l’exploitation outrancière de la thématique, mais surtout de la mort d’un cascadeur en fin de tournage. Le message d’introduction donne le ton et joue sur ce drame pour rameuter une audience maximale. Ce qui vaudra d’ailleurs des dissensions avec le réalisateur lui-même qui renie son œuvre, sans oublier l’abattage promotionnel qui s’ensuit. Pour résumer, le film ne devait pas s’intituler ainsi ni s’afficher comme une production horrifique de seconde zone ; tout statut de précurseur écarté dans le genre du survival animalier. Et pour cause ! Cet aspect s’avère fallacieux et trompeur aux yeux du public.

Le principe est similaire à ce que donnera, vingt ans plus tard, La Nuit des requins de Tonino Ricci. À savoir, un métrage grossièrement dissimulé sous l’image spectaculaire du squale pour minimiser son propos indigent. Dans le cas présent, le résultat n’est pas aussi catastrophique que son homologue, mais laisse libre cours à une narration éparse où de nombreuses séquences se révèlent longues, voire inutiles. L’intrigue s’ancre dans un récit d’aventures bas de gamme, pour ne pas dire fauché au niveau des finances et des idées. Au Soudan, le personnage principal incarné par Burt Reynolds s’avance comme un stéréotype machiste assez marqué.

 

Même les requins tirent une drôle de tête...

Pour autant, ce n’est pas forcément le protagoniste qui pose problème puisqu’il s’intègre dans la mouvance de l’époque et de productions du même acabit. Le grand handicap de Shark – Le mangeur d’hommes réside dans cette attente constante où l’on doit s’en tenir aux frasques d’un médecin alcoolique, d’un sale gosse pot de colle fumeur de clopes et d’un pseudo-couple avare. Ces portraits gravitent autour d’une chasse au trésor dont les aboutissants ne font pas l’ombre d’un mystère, sauf pour les intéressés eux-mêmes. Même le cadre exotique du Soudan n’est guère exploité avec conviction. Il faut se contenter d’environnement restreint ; en intérieur, comme en extérieur.

Contrairement à ce que le titre laisse présager, il ne s’agit pas d’un requin unique. Les spécimens affichent une taille standard et s’insinuent trop tardivement dans le scénario. Si l’idée de filmer de véritables requins sans les malmener reste louable, les plans sous-marins manquent de lisibilité dans leur grande majorité. Les attaques sont tout aussi sporadiques et la violence n’est que trop peu représentée. Tout juste nous suggère-t-on un danger sous-marin latent sans faire état de la voracité des squales. L’approche est standardisée et clairement secondaire au sein du récit. La réaction du réalisateur est donc nettement compréhensible au vu du résultat obtenu.

 

Rien de tel qu'un instant bronzette nocturne

Au final, Shark – Le mangeur d’hommes est un film d’aventures qui joue sur l’exploitation du requin-tueur six années avant Les Dents de la mer. Sans sombrer dans l’amateurisme, l’ensemble demeure décevant. Ce n’est pas forcément la mise en scène désuète ou la présentation trop discrète des requins qui minent cette production, mais plutôt un scénario prétexte à la confrontation d’intervenants perclus de clichés en tout genre. Il en ressort une succession de séquences guère entraînantes qui ne parviennent même pas à retranscrire l’aspect distrayant et exotique d’un tel périple sur le littoral soudanais.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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